— Je te quitte.

C'est trois malheureux mots suffirent à embraser le sang déjà flamboyant de la belle Faustine.

Son visage d'ordinaire pâle, ses belles boucles noires et ses yeux brillants d'une lueur sauvage et permanente s'imprimèrent comme à l'encre indélébile dans mon cerveau pendant qu'elle hurlait et s'agitait dans tous les sens. Comme un feu follet, elle semblait tourner autour de moi pour mieux me cerner et surtout pour m'empêcher de partir.

La pauvre ne comprenait pas que ce serait la dernière fois qu'elle me verrait.

Mon air impassible et rêveur dû l'agacer parce que d'un pas furieux elle s'approcha de moi pour planter son doigt à intervalles régulier sur mon torse.

Si elle savait. Si seulement elle savait quelle chanceuse elle était. Ce n'est pas tout le monde qui a la possibilité de toucher une divinité bien que mineur. Plongé dans mon brouillard céleste, je remarquais à peine que ces cris devenaient vociférations et que dans ses yeux noirs, les larmes commençaient à s'agglutiner.

Non, non, moi j'étais ailleurs maudissant intérieurement les olympiens qui, à cause d'une seule petite erreur, m'interdisaient de rester sur terre pour m'amuser un peu plus longtemps.

Quand la larme unique coula sur ses joues fardées, je ne puis résister à l'envie de l'essuyer avec mes lèvres.

Elle se figeait, je m'en souviens encore, sous la délicate caresse, elle fermait les yeux et savourait autant qu'elle put cet adieu.

— Pourquoi, demandait-elle avec une voix chevrotante

Pendant que moi, j'imaginais sans peine avec la gorge serrée, le chagrin l'envahissant et la paralysant. Je me détachais d'elle et encore une fois je l'observais. Ma belle Faustine.

— Parce que toi et moi, ça ne peut pas marcher…

— Mais Priape…

Elle me suppliait désormais et malgré le fait que je ne comptais que m'amuser, je ne puis que souffrir de la vision de son visage tordu par le chagrin.

Cependant je l'arrêtais bien vite, j'aurai aimé entendre encore quelques instants sa voix de velours, sa voix autoritaire de matrone. J'aurai aimé l'enlacer et avec mes petits pouvoirs de dieu mineur, je l'aurais couverte de cadeau mais non, le devoir m'appelait et il m'appelle toujours.

— Rien que cela, tu n'aurais jamais dû le savoir, je n'aurais jamais dû te donner mon nom, nous n'appartenons pas au même monde, il vaut mieux pour toi que tout s'arrête là entre nous.

Je la vois encore s'apprêter à me jeter à la figure le fond de sa pensée avant de se raviser, les épaules basses, le menton tremblotant, luttant contre ses larmes. Je l'entends encore murmurer ses mots, qui malheureusement pour elle, n'appelleront qu'une réponse dure et destructrice.

— Est-ce qu'au moins tu m'as aimé ? Dis-moi qu'entre nous ce n'était pas juste de… juste du… des étreintes ?

— Tu ne mérites pas cela, Faustine, tu mérites un gars bien.

Je me rappelle que je suis parti quand elle s'est mise à pleurer, je suis peut-être immortel mais pas sans cœur. Et je savais que je n'aurai pu supporter sa souffrance.

Je ne sais même pas pourquoi je me remémore cela, elle n'a été qu'une parmi tant d'autres.

**Lexique**

Priape est le fils d'Aphrodite et de Dionysos. C'est le dieu des jardins, des vergers et des plaisirs de la chair ; il présidait à la fécondité des champs et à la prospérité des troupeaux. Il a été exclu de l'Olympe après avoir agressé ou une nymphe ou la déesse Déméter. Les sources divergent.