NB : Bienvenue, bienvenue, je sais que vous me détestez ! Mais voici un nouvel Omegaverse, j'ai hâte de savoir ce que vous en pensez ! Je m'éparpille mais la suite arrive ! Comme vous l'avez vu, CVS a été mis à jour, normalement, j'ai réduit le nombre d'anomalies... PDT va continuer, bien sûr ! Et toutes les autres !

Pour cette fiction, j'ai fait quelque chose de très stéréotypé je pense ? Mais j'espère en faire ressortir quelque chose d'un peu différent et original.


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CHAPITRE 01

[ISAAC]

Where is Audray ?

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Il fait nuit lorsque j'arrive devant l'immeuble d'Audray, observant l'adresse sur le morceau de papier chiffonné que je tiens dans ma main. Cela ne fait qu'une heure que je suis en ville et je ressens déjà la fatigue. Pourtant, il est si tard que je n'ai croisé personne et l'épreuve sera insurmontable au matin, avec tous ces gens occupés.

Je vérifie encore que je suis au bon endroit et regarde l'interphone, cherchant dans les noms le mien, et donc celui de ma sœur. D'un doigt pensif, j'effleure l'étiquette qui commence à se décoller. Elle habite ici depuis combien de temps ?

Avec un soupir, j'appuie sur le bouton en face de mon nom, posant mon sac au sol. Elle est au deuxième étage, je ne sais pas si je vais pouvoir rejoindre son balcon d'ici. Si au moins je savais de quel appartement il s'agit de l'extérieur. Je peux toujours m'introduire dans un appartement du rez-de-chaussée et prendre la porte. Les gens laissent souvent les clés dans la serrure, pour se sentir à l'abri.

C'est sûr que de cette façon, personne ne peut forcer la serrure.

J'attends peut-être dix minutes, sonnant à intervalle régulier, et j'arrête lorsque je vois une ombre derrière la vitre, dans le hall d'entrée. Quelqu'un va venir m'ouvrir. Est-ce que c'est elle ? Quelqu'un arrive et je me recule, prenant mon sac, pour ne pas être cogné par la porte s'ouvrant un peu trop énergiquement.

Une femme Alpha dont les phéromones énervées me percutent sans que je ne cille ou ne vacille m'observe de haut en bas, détaillant mon pull trop large, l'écharpe fine autour de mon cou et mon jean troué.

— Pourquoi n'arrêtez-vous pas de sonner ?! Vous avez vu l'heure qu'il est ? m'accueille-t-elle avec un froncement de sourcil.

Il ne s'agit pas d'Audray, je peux le dire.

Après m'avoir reluqué, elle revient à mon visage et je lui fais un sourire hésitant. Ses yeux s'agrandissent lorsqu'elle me reconnait. Pas qu'on se soit déjà rencontrés, non, mais plutôt qu'Audray est ma sœur jumelle et qu'il n'y a pas grand-chose de différent entre nous, sinon notre premier sexe.

Comme je ne dis rien, elle reprend contenance et soupire, s'effaçant pour me laisser entrer. C'est la dernière porte qu'elle me tient, lorsque je la suis dans les escaliers jusqu'au second étage. L'immeuble est vieux mais propre et il y a un ascenseur qui ne retient pas notre attention. Il faut être fou pour enfermer un Oméga et un Alpha ensemble dans un espace aussi restreint.

Au deuxième étage, nous prenons à gauche et passons de nombreux tapis colorés. Ses phéromones me parviennent, avec une émotion que j'ai du mal à définir, alors qu'elle me précède, ne vérifiant même pas que je la suis.

Elle finit par parler :

— Audray n'est pas là depuis plus d'une semaine, j'espère que tu as un double des clés. C'est ma voisine directe et les murs sont très fins, alors j'ai entendu la sonnerie, ronchonne-t-elle avec agacement. Tu as de la chance que ce ne soit pas Sarah qui est descendue.

Elle me tutoie naturellement, comme le font souvent les Alphas avec les Omégas. Ils ont toujours été du genre à se croire au-dessus de tout le monde et ça ne s'arrange pas maintenant que la société leur donne raison. Depuis que je suis enfant, je n'ai jamais vu autre chose qu'un Alpha occuper le siège de président et le dernier Beta à l'avoir fait était Gaston Frenin et il doit être mort aujourd'hui. Nous, Omégas, que pouvons-nous faire ? Dans cette société animale, nous ne sommes que des animaux de reproduction, comme les femmes il y a de ça des centaines d'années.

Enfin, j'imagine que je dramatise : ce n'est pas si mal. Et la situation est loin d'être vraiment ainsi.

Elle me guide à la porte d'Audray et je la regarde. A présent, il faut que j'arrive à me débarrasser d'elle sans qu'elle se doute que je n'ai pas les clés, mais elle n'a pas l'air de vouloir partir. Elle se déporte sur son autre pied et je me demande qui elle est.

— Est-ce que… Audray va bien ? finit-elle par demander, croisant ses bras sous sa poitrine.

Anxieuse. Elle est anxieuse. Ses phéromones me hurlent son inquiétude et j'essaie de ne pas les laisser encourager les miennes. Je ne dois surtout pas me laisser aller à ce sentiment.

— Je n'en sais rien, à vrai dire, soupiré-je en décidant de m'accroupir près de mon sac pour fouiller à l'intérieur, cherchant mes outils. Avez-vous remarqué quelque chose d'étrange et d'inhabituel, chez elle, avant qu'elle ne disparaisse ?

Je sors ma petite boite à outils orange et noire et je l'ouvre, dévoilant les outils de précision à l'intérieur.

— Pas vraiment, Audray a toujours été étrange et secrète, alors je ne saurais dire… Il nous arrivait de prendre le café ensemble, parfois, et elle me demandait de l'amener à la gare… Elle n'avait pas le permis, ajoute-elle, bien consciente que ça ne doit pas m'aider. Que fais-tu ? finit-elle par demander, fronçant les sourcils.

C'est bluffant comme les gens qui ont du pouvoir n'estiment pas utile de camoufler leurs émotions. En tout cas, Audray semble incapable de le faire.

— Parlez moins fort, dis-je en essayant d'être doux, nous ne voulons pas réveiller Sarah…

Je suis concentré sur ce que je fais et je ne peux m'empêcher de sourire joyeusement lorsque le « clic » reconnaissable se fait entendre. Ça y est. Bon, bien entendu, c'est inquiétant que la porte de ma sœur soit aussi facile à forcer, mais je me dis que le vrai danger, c'est ceux qui cassent les portes en entrant, et pas ceux qui se font inviter à l'intérieur de l'immeuble par la voisine Alpha.

Alpha dont je ne connais toujours pas le nom.

— Au fait, je m'appelle Isaac, dis-je en la regardant après qu'on ait observé l'intérieur plongé dans le noir tous les deux dans un silence circonspect.

Je ne sens rien de particulier et je suis quelque peu soulagé. L'expression de l'Alpha près de moi est semblable à la mienne : au moins, ma sœur n'est pas morte là-dedans depuis une semaine sans personne pour s'en rendre compte.

— Tracy, Tracy Ellis, se présente-elle ensuite, avec ce petit mouvement de sourcils qui signifie que ce nom est censé me rappeler quelque chose.

Seigneur, les Alphas !

Je suis désolé de vous avouer qu'on ne vous connait pas et que vous n'êtes pas si célèbres que ça. Son nom m'inspire un néant qui doit se voir car elle parait une seconde contrariée avant de finalement sourire discrètement, rendant les armes. Peut-être qu'Audray était aussi perdue que moi lorsqu'elles se sont rencontrées ?

Pour moi, les Alphas connus ne vivent pas dans un immeuble comme celui-là.

Je prends mon sac, par terre, après avoir rangé mes outils dedans, ne souhaitant pas m'éterniser plus longtemps, et je fais un pas dans l'appartement.

— Désolé de vous avoir dérangée, Tracy. Merci de m'avoir ouvert, dis-je en espérant clore la conversation.

Elle ouvre la bouche, sûrement pour rester un peu plus longtemps, fourrer son nez dans nos affaires, mais elle finit par pincer les lèvres, ce qui doit être l'équivalent de baisser les yeux en langage alpha, et elle hoche la tête.

— Essaie de trouver des clés. Ou alors de te pointer à une heure raisonnable, la prochaine fois. Et si tu as besoin d'aide ou quoi…

C'est bien ma sœur, ça. Réussir à faire amie-amie avec l'Alpha du coin… ! Comme si on avait besoin de ça. Je me rends compte que je ne connais rien de la vie de ma sœur, alors que je referme la porte consciencieusement derrière moi, et, si ça ne m'attriste pas, ça me tracasse : comment suis-je censé la retrouver si elle ne m'a pas tout dit ?

Ce n'est pas vraiment de sa faute mais de la mienne : après mon déménagement, quatre ans auparavant, je ne viens que rarement dans le coin et nous nous voyons chez mes parents, à des réunions de famille ennuyantes où nous sommes tous les deux bien habillés et parlons correctement. Pour nos parents, nous avons réussi, des enfants parfaits. Le seul défaut que nous nous autorisons à leur montrer, c'est celui de ne pas avoir trouvé chaussure à notre pied, quoiqu'ils ont changé. Certainement que depuis que mon grand frère s'est marié et ne nous donne plus aucune nouvelle, ils ont revu à la baisse leur idée du mariage.

Je trouve l'interrupteur et essaie de ne pas me focaliser sur l'absence de vie dans l'appartement.

Je me passe une main sur la nuque, des vagues d'angoisse se succédant en moi, faisant trembler mes mains alors que je fouille dans le meuble à tiroirs près de l'entrée pour trouver une clé ou quelque chose. Je finis par tomber sur un trousseau et une des clés me permet de fermer la porte derrière moi. Par contre, aucun badge : je crois que je n'ai pas fini de sonner chez Tracy pour entrer dans l'immeuble.

Cette pensée me fait sourire.

En silence, comme si le moindre bruit pouvait briser l'équilibre de l'appartement, Je retire mes chaussures bien trop sales pour le sol propre et je l'explore, passant dans la petite cuisine, puis le salon, et enfin la chambre. Comme attendu, ma sœur n'est pas là. En ouvrant le frigidaire, je découvre qu'elle n'avait pas prévu de partir, les aliments périmés restés là, sans être mangés par qui que ce soit. Je cherche ce qui n'est pas encore périmé mais va l'être bientôt, histoire de manger quelque chose, pensivement.

Que fait Tracy, une Alpha, dans un immeuble pareil ? L'appartement d'Audray est simple, la peinture est défraichie et le tout correspond au niveau de vie auquel nous pouvons prétendre tous les deux, et je peux deviner que tous les appartements ici sont les mêmes. Mon propre lieu de résidence est plus grand simplement parce que j'ai accepté de m'éloigner du centre de la ville.

La voisine de ma sœur est assez mystérieuse, peut-être pourrais-je chercher des informations sur elle ?

Alors que je trie le contenu de son frigidaire, jetant ce qui ne peut être mangé, j'essaie de nouveau d'appeler ma sœur. Encore une fois, je tombe directement sur son répondeur.

— Hey, Audray, c'est encore moi, dis-je avec un petit soupir, refermant la porte du réfrigérateur après avoir posé une courgette et du fromage râpé sur le plan de travail, me demandant bien ce que je vais pouvoir faire avec ça. C'est la millième fois que je t'appelle mais ce n'est que le second message vocal que je te laisse, pour laisser de la place aux autres… Je ne sais pas où tu es ni ce que tu fais, je ne sais pas comment on en est arrivé là.

Mon reflet dans la vitre au-dessus de l'évier me surprend et je m'observe. La qualité de l'image avec la nuit dehors ne me permet pas de me différencier tant que ça de ma sœur : ça aurait pu être elle, là, debout devant son évier, le téléphone entre l'oreille et l'épaule, à laver sa courgette. Ça aurait dû être elle.

Ma gorge se serre de tristesse.

— J'espère que tu vas bien, où que tu sois. Nous avons toujours été capable de savoir quand l'autre avait des ennuis, avant, mais maintenant, je ne sens plus rien. Et je regrette d'être parti, de t'avoir laissée. Peut-être que les choses auraient été différentes aujourd'hui si j'étais resté près de toi. Il y a tellement de choses que je voudrais te dire… Tu n'auras peut-être jamais ce message et ce n'est pas grave, j'attends de pouvoir tout te dire en face. Je t'aime.

Je raccroche, après avoir essuyé mes mains sur un torchon, portant ensuite ma main à mon cœur. Dans ce monde où les phéromones sont capables de lier des personnes entre elles, les relations entre membres d'une même famille sont tout aussi complexes. Jusqu'à ce qu'on se décide à former une nouvelle famille. Pour un Oméga, l'Alpha est le tout, le lien créé avec l'un d'eux ne peut être brisé. Incapable de ressentir la chaleur de quelqu'un d'autre. Incapable d'aller à l'encontre de sa volonté. Incapable de s'éloigner de trop.

Ils disent que pour que le lien se crée, il faut l'accord de l'Oméga, qu'il ne peut rien se passer tant qu'il ne s'est pas ouvert à l'autre. Qu'il ne l'a pas accepté.

Je passe ma main sur ma gorge, observant la courgette qui attend son sort sagement. J'ai l'estomac noué, je n'ai plus faim. Je relève lentement les yeux, croisant mon regard dans la vitre.

Où es-tu, Audray ?

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Ce sont des coups contre ma porte qui me réveillent, le lendemain matin. J'ai replié les draps de ma sœur et en ai pris des nouveaux, au cas où de l'ADN resterait dessus. De l'ADN de quelqu'un d'autre, peut-être ? Me baser sur les séries policières que je regarde le soir n'est pas forcément le plus sage mais je me dis que ça ne fait pas de mal de faire attention au maximum. J'ai donc dormi dans son lit et dans de nouveaux draps, aussi bien que possible, c'est-à-dire très peu.

Avec un certain nombre de grognements, je finis par trouver de quoi m'habiller et je rejoins la porte, l'ouvrant sans me poser de questions. C'est Tracy. Je finis de mettre mon écharpe sous son regard scrutateur. Oui, les vêtements troués, c'est un peu la norme, chez moi.

— Toujours là ? demande-t-elle, haussant un sourcil.

Visiblement, oui. Je m'appuie dans l'encadrement, croisant mes bras sur ma poitrine, avec un petit soupir. Si j'avais su que cette femme serait une plaie…

Elle semble habillée pour le travail et je regarde l'heure à ma montre. Elle doit être rentrée pour la pause déjeuner. Je la remercie intérieurement de ne pas m'avoir levé ce matin.

— Bonjour, Tracy, dis-je en me frottant les yeux avec un bâillement, me rappelant qu'il fallait que je fasse des recherches sur elle.

— Demain, c'est le dernier jour pour payer le loyer, dit-elle en croisant les bras à son tour. Connaissant Audray, elle ne l'a pas encore fait.

Vous voyez, une plaie. Mais je ne peux qu'être d'accord avec elle, Audray n'a sûrement pas payé le loyer.

— Je suppose que je vais devoir payer pour elle… ? demandé-je, dépité.

Tracy hausse alors un sourcil et penche la tête sur le côté, déséquilibrant son carré plongeant blond.

— Tu dois appeler la police et signaler la disparition de ta sœur, Isaac, dit-elle lentement, comme parlant à un enfant récalcitrant (ou idiot). Maintenant, ajoute-elle, avec une autorité naturelle dans son ton.

Je me passe une main sur le visage, ne sachant que faire. Est-ce que la police prendra en considération le sort d'une vulgaire Oméga ? Et si ça finit par me retomber dessus ?

— Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ? demandé-je alors, interrogateur.

Son visage me parait alors soudainement illisible. Je me demande si elle s'est rendu compte que ses phéromones n'ont pas d'effet sur moi. Elles ne font que me donner des informations, sans me soumettre, comme elles devraient le faire.

— Je n'étais pas sûre, il peut lui arriver de partir et de ne pas rentrer plusieurs soirs de suite. Je ne suis que sa voisine, tu sais…

Audray est toujours très indépendante et très secrète dans ses déplacements, au point où mes parents étaient presque soulagés lorsqu'elle a fini par trouver un autre endroit où vivre : ils n'avaient plus alors à attendre d'entendre ses pas dans les escaliers anxieusement à toute heure de la nuit et du jour. Je ne sais pas pourquoi elle avait toujours ce besoin, celui d'aller à l'encontre de ce que les autres attendent d'elle.

Je ne sais pas si je lui ressemble à ce sujet.

C'est peut-être pour ça que je suis réticent à appeler la police : qui sait dans quelle merde elle se trouve aujourd'hui ? Et si c'était elle qui finissait derrière les barreaux au terme de tout ça ?

« Tu la préfères où, Isaac ? Disparue quelque part et seule, peut-être morte, ou en prison, à attendre les heures de visite pour te voir, bien sagement ? » songé-je alors qu'une de mes mains viennent nerveusement entourer ma gorge. Je la laisse serrer et relâcher discrètement, geste que j'ai l'habitude de faire lorsque je me sens stressé.

Les Omégas sont faibles face aux émotions, c'est en quelque sorte dans nos gênes. Nous pleurons facilement, nous aimons facilement, nous souffrons facilement. La plupart d'entre nous embrassons cette situation, simplement parce que l'autre solution est bien plus douloureuse, mais aussi parce qu'il y a toujours une épaule contre laquelle on peut se reposer. Une épaule plus solide. Mon médecin avait l'habitude de dire que sans les Omégas, les liens sociaux n'existeraient pas. Il n'y aurait alors que des gens, sans âmes, cherchant à se protéger. Egoïstement.

Je ne suis pas certain que ce soit vrai, alors que je regarde Tracy, ses yeux bruns posés sur moi, interrogateurs. Les Alphas ont le choix, contrairement à nous, et ça a toujours été ainsi.

— Tu ne ressembles pas à un Oméga, dit-elle, interrompant mes pensées.

Je dois faire un centimètre de plus qu'elle, assez grand pour un Oméga, mes traits beaux et un brin androgynes, augmentant encore mes chances d'être confondu avec Audray, me font plus ressembler à un esprit de la nature qu'à un ange, néanmoins. Mon travail a rendu mes mains plus rêches que douces, abimées, il a musclé mon corps fin pour me permettre de porter de lourdes charges et a réussi à brûler ma peau par de trop longues expositions au soleil. Et il y a les taches de rousseur, partout, sur mon visage, sur mes bras, sur ma nuque… Sur la peau blanche de ma sœur, elles ressortent bien plus, mais elles sont moins nombreuses, alors je ne peux pas trop m'en plaindre.

Je souris amèrement, frustré de le ressentir comme un compliment. Ce n'est pas un compliment, ça ne devrait pas en être un. Je suis un Oméga, chaque parcelle de mon corps me le dit, me le crie, alors que je ressens cette envie de pleurer dans ma gorge. Il ne faut juste pas penser. Pas penser à la fragilité de ma sœur, à ses grands yeux aussi noirs que les miens, avec une naïveté qui demeurait toujours, tapie.

— Audray est fragile, dit Tracy en avisant l'heure, elle n'est pas aussi forte que toi, Isaac. Elle a besoin d'aide. Appelle la police.

Tracy se détourne de moi, soudainement, et se dirige vers la sortie, sans me laisser le temps de dire quoique ce soit.

De lui dire que je ne suis pas fort. Que moi aussi j'ai besoin d'aide.

Pourquoi ai-je l'impression que l'Alpha se repose sur moi ?

C'est le monde à l'envers. J'aurais pu lui dire qu'elle ne ressemble en rien à une Alpha. Et peut-être essayer de faire sonner ça comme un compliment ?

Je suis sur le point d'appeler la police, observant le numéro que je viens de taper sur mon téléphone pour me donner le courage nécessaire, lorsque la porte s'ouvre brutalement derrière moi. J'ai oublié de fermer à clé après le départ de Tracy. Je n'ai pas le temps de regretter, tombant dans l'inconscience lorsque le sac dans lequel ils ont mis ma tête ne me permet plus de respirer.

Ma première pensée va vers Tracy, ma dernière vers Audray.

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Lorsque je reprends connaissance, je suis allongé sur un sol en moquette, sur le flanc, une corde enroulée autour du haut de mon corps, et j'entends une voix, véhémente, au loin. J'ouvre doucement les yeux, la vision trouble, et j'aperçois alors la pièce. Je suis tourné vers le dos d'un canapé, me permettant de voir les chaussures des personnes présentes dans la pièce : elles sont au moins trois.

Presque contre le mur dans mon dos, j'ai tout le mal du monde à décoller ma tête du sol pour essayer d'en apprendre un peu plus.

Je roule pour me mettre sur le ventre, levant la tête pour regarder, et je vois un meuble en bois, contenant plein de… CD ? Qui écoute encore des CD ? J'essaie de voir s'il y a d'autres choses mais il semble n'y avoir que ça.

— -mander de l'amener ici, pas de lui mettre un sac sur la tête et de l'asphyxier ! Et c'est pourtant évident qu'il ne s'agit pas d'Audray Laurence, c'est un homme, dit la voix, perdant au fur et à mesure de sa fureur pour devenir froide, me rappelant alors comment je suis arrivé ici.

Audray ! Je réunis mes jambes sous moi, remarquant qu'ils les ont attachées ensemble, elles aussi, au niveau des pieds néanmoins.

— Je sais que c'est comme ça que mon oncle vous a appris à faire les choses mais je ne veux pas être responsable de ce genre de manières. Vous vous croyez dans un film ou quoi ? soupire la voix.

Excellente question, douce voix ! Je suis parfaitement d'accord, j'ai vraiment l'impression d'être dans un film, actuellement. Je me soulève pour me mettre à genoux et, sans m'en rendre compte ni l'avoir calculé, je me retrouve la tête dépassant du dossier du canapé. Je les vois alors, ils sont trois.

Enfin, eux aussi me voient.

Un est debout, les deux autres assis sur un autre fauteuil qui fait face à celui derrière lequel j'étais caché. Celui qui est debout se tourne alors pour me regarder et ça me frappe, juste dans l'estomac. L'odeur de ses phéromones. Il a dû les disperser partout dans la pièce sous la colère et je me suis réveillé avec cette odeur, cette lourdeur dans l'air, mais lorsqu'il me voit, tout disparait, créant un vide.

Et alors je suis capable de dire qu'il sentait l'amande et le miel, simplement parce que leur absence me laisse ce goût sur la langue.

Miel comme ses prunelles actuellement, deux lacs d'or en fusion posés sur moi. Il doit avoir mon âge, mais alors que je semble bien jeune, à cause de mes traits adoucis par les taches de rousseur, lui parait dur et mature. Un Alpha.

Il vient à moi en quelques enjambées rapides, faisant le tour du canapé en y posant sa main, possessive, montrant bien que ça lui appartient. Il m'attrape par le bras avec cette même main, juste sous l'épaule, et je me demande si ça signifie que je lui appartiens aussi.

Avec simplicité et force, il me met sur mes pieds et me tire, me faisant presque chavirer.

— Je… j'ai les pieds attachés, je ne peux pas marcher ! dis-je lorsqu'il me jette un regard agacé, ses phéromones venant piquer ma peau comme des aiguilles.

Il a laissé son regard sur moi, à présent, m'observant avec attention, et je peux alors voir distinctement la houle s'apaiser dans ses prunelles, jusqu'à disparaître, pour ne laisser qu'un ciel bleu. Les Alphas puissants ont parfois leurs yeux qui changent de couleur sous l'emprise d'émotions fortes, ce qui donnerait une information sur leur état d'esprit s'il n'y avait pas déjà les phéromones. Généralement, quand les yeux changent de couleur, il est déjà trop tard.

— Comment t'appelles-tu et que faisais-tu chez Audray ? demande-t-il alors, me soutenant pour me remettre droit sur mes pieds.

Je sens son toucher à travers mes vêtements et ça me noue l'estomac.

— Je suis le frère d'Audray, Isaac Laurence. Je la cherche.

J'aimerais regarder plus autour de moi lorsqu'il s'approche pour me détacher. Comme par exemple le visage de mes deux agresseurs ou alors de quel côté se trouve la porte, mais il y a quelque chose dans le mouvement de ses mains qui dénouent qui me fascine.

— Je l'aurais deviné, tu lui ressembles trait pour trait, dit-il de sa voix calme et profonde.

Douce.

— Hayden, ce n'est pas prudent…

La tension réapparait presque aussitôt dans le regard du dénommé Hayden et, malgré mon immunité, je ressens l'envie de m'immobiliser ou de me cacher pour qu'il ne reporte pas sa colère sur moi. Envie que je combats facilement en me débarrassant des liens qu'il vient de défaire. Sa colère ne se déverse pas, néanmoins, il continue de me détacher. Lorsque ses doigts caressent mes poignets pour vérifier qu'il n'y a pas de trace sur la peau, je sens encore ce serrement d'estomac, un mélange de dégoût et de plaisir.

Cet Alpha est dangereux.

— Retire les liens à tes pieds maintenant, fait-il en étirant son dos, pour être bien droit.

Il est plus grand que moi, comme la plupart des Alphas. Sauf Tracy… J'espère pouvoir la revoir et ne pas la laisser encore sans nouvelle. Quoiqu'elle appellerait sûrement la police cette fois.

Je fais une moue, pourtant, alors que je m'accroupis pour faire ce qu'il me dit. A quoi devais-je m'attendre ? Un Alpha ne se mettra jamais à genou devant un Oméga.

Il m'observe un long moment et je sens l'arrière de ma nuque brûler sous l'intensité de son regard, n'arrivant à me concentrer sur ce que je fais que lorsqu'il se détourne pour observer les deux autres. Il y a alors une distorsion dans l'air, violente, et je les entends presque s'étouffer, brièvement, alors que je me concentre pour garder un souffle égal.

— Sortez et ne laissez personne autre que moi entrer ou sortir par cette porte, ordonne-t-il de sa voix toujours aussi douce.

Mielleuse.

Personnellement, je reste accroupi un peu plus longtemps, sachant que ça m'épargnera l'odeur puissante.

— Oui, monsieur Bennet…

Je me redresse pour les regarder partir, sentant mes mains devenir moites à l'entente de ce nom.

Si je ne sais pas qui est Tracy Ellis, je connais les Bennet. Grande famille d'Alphas, ils ont une grosse partie des hôtels du pays mais aussi des centres commerciaux, les possessions familiales suivant les envies des nouvelles générations et des nouveaux enfants. Quant à qui est Hayden Bennet, eh bien, c'est un peu le vilain petit canard de la famille. Aujourd'hui, il n'apparait plus nulle part, complètement disparu du dessous des projecteurs, pour ne rester que dans les pages « L'Alpha le plus sexy de l'année » des magazines people.

Bien que je sois perdu au milieu de nulle part, j'ai eu le temps et les occasions de suivre ses périples.

— Ils vous mettront un coup de poignard dans le dos à la première occasion, vous auriez peut-être dû être plus doux. Ils ne m'ont pas fait de mal, dis-je alors et nous nous regardons, tous les deux surpris par ce que je viens d'oser dire.

Un silence gêné s'ensuit alors que je le fixe, guère habitué à baisser les yeux lorsque je le devrais.

— Assieds-toi, ne me fais pas regretter qu'ils ne t'aient « rien » fait, finit-il par soupirer, faisant le tour du canapé de nouveau, pour s'y asseoir. Et dis-moi, où est Audray ?

Si seulement je le savais !

Avec lenteur, je vais m'asseoir sur le canapé en face de lui, estimant que la distance nous séparant est suffisante. Alors que je m'apprête à me morfondre en réalisant que je viens de lui obéir, il poursuit, sans me laisser le temps de répondre :

— Elle m'a volé quelque chose d'important et si je ne le récupère pas bientôt, ce sera à toi d'en payer le prix.

Eh merde.

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FIN DU CHAPITRE 01