NB : ET LE CHAPITRE 02

Hey n'hésitez pas à commenter, hein. Je veux savoir à quoi vous pensez !


.

.

CHAPITRE 02

[Isaac]

Rejet

.

.

.


— Elle m'a volé quelque chose d'important et si je ne le récupère pas bientôt, ce sera à toi d'en payer le prix. Et je pense qu'il faudra vendre son corps bien une année pour réunir cette somme, même pour un Oméga comme toi.

Ma main se porte à ma gorge et je sens son regard qui suit le mouvement de mon tic nerveux. Je regrette presque la présence des deux autres, l'attention de Hayden est lourde à porter et sa voix est si calme et douce, presque tendre, alors qu'il me menace. Quel genre de serpent est cet homme ?

Ses yeux bleus semblent prêts à basculer dans l'or à tout instant.

— « Un Omega comme moi »… ? répété-je, pinçant les lèvres ensuite.

J'ai un travail, je suis payé et je gagne correctement ma vie. Je n'attends pourtant pas qu'il approfondisse ce qu'il entend par là, croisant les bras sur ma poitrine, le regardant :

— Et ma sœur n'est pas une voleuse, vous n'avez aucune preuve de ce que vous racontez.

Il soupire et sort son téléphone. « Il n'est même pas décontenancé, réalisé-je, qu'est-ce que tu as fait, Audray ? » Bien sûr, ma sœur a un caractère rebelle, mais jamais elle n'a volé quoique ce soit. Pourquoi faut-il que ça m'arrive, à moi ? Si elle est vraiment coupable, il va falloir qu'on en parle lorsque je l'aurais retrouvée.

La voix d'Audray sort alors du téléphone d'Hayden et je sens les larmes dans le tremblement de sa voix. Je me lève aussitôt sur mes pieds pour lui prendre l'appareil. Il attend d'ailleurs que ma prise soit ferme pour me le laisser.

Il s'agit d'une vidéo où ma sœur est agenouillée sur le sol, cette même moquette contre laquelle je me suis réveillé, son chemisier dont les boutons ont été arrachés dévoilant son sous-vêtement bleu ciel, joliment courbé par son sein, les larmes glissant de ses yeux aussi noirs que les miens. Ses poignets sont noués dans son dos, ne lui laissant aucune opportunité de son épaule outrageusement dénudée. Sa fragilité.

La colère est comme un poignard glacé qui s'enfonce près de mon cœur alors que j'ouvre de grands yeux, la voyant pleurer sans pouvoir rien faire. C'est dans le passé, c'est acté, et aujourd'hui, qui sait où elle se trouve et ce qu'elle fait ?

« — Je suis désolée, je ne savais pas… Elle est chez mon ami(e), supplie-t-elle, je vous la rapporte demain… Je vous en prie… »

La voix d'Hayden me parvient alors, déshumanisée par l'appareil, et la caméra se centre sur son visage où une trace rouge apparait. L'enculé a frappé ma sœur.

« — Tu pensais vraiment que je ne te retrouverais pas ? Ton odeur flotte dans tout mon appartement et tu as osé revenir pour demander encore quelque chose, » disait-il, froid, distant.

Un monstre. Un Alpha, tout simplement.

« — Et tu persistes à me mentir…

— Demain, demain, je vous rends la chevalière, je vous le promets… Laissez-moi partir, je vous en prie… »

Elle se recroqueville comme elle peut et pleure, ses larmes mouillant le sol devant elle, ses longs cheveux légèrement ondulés tombant devant elle en vague entre le châtain et le roux.

C'est cruel de découvrir que sa sœur qui est pourtant celle qui a fait de votre vie un enfer enfant peut supplier de cette façon, sans fierté. Il l'a forcée à renoncer à tout ce qui fait d'elle Audray et maintenant, il me force à regarder. Je lève mon regard brûlant de colère vers l'Alpha.

Ce dernier me prend le téléphone lorsque l'image se fige, visiblement inconscient de ma haine, plus inquiet sûrement que je le fasse tomber.

— Et la suite, tu la devines, elle n'est jamais revenue…

Ma main se referme sur son col, n'osant toucher directement sa gorge, et je le pousse de toutes mes forces contre le dossier du canapé. Je tremble. Ma prise est devenue un poing qui appuie sans pitié sur sa gorge, sous sa pomme d'Adam.

— Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! Pourquoi était-elle comme ça ?! Espèce d'enflure, vous pensez que c'est une preuve ? asséné-je avec toute la colère dont je peux faire preuve, bien que je sois sous le choc. Elle aurait avoué n'importe quoi, c'est une Oméga et vous le saviez, même un tribunal corrompu n'en voudrait pas, de votre vidéo ! Ça ressemble juste à un début de porno malsain et je vous promets… !

Aucun de nous ne sait le sort que j'allais lui promettre, sûrement quelque chose avec beaucoup de sang et de douleur, impliquant une ablation des testicules, et je me sens soudainement repoussé comme si j'étais aussi léger qu'un chaton et l'air quitte mes poumons lorsque mon dos rencontre le sol. Heureusement n'y a-t-il pas de table basse. Mes doigts sont toujours agrippés fermement à son vêtement et il est au-dessus de moi, sa main glissant de l'arrière de ma tête pour un nouvel appui et ainsi se soulever complètement, sa main droite venant retirer les miennes, affaiblies, de son col.

— Pour ce que ça vaut, je n'ai rien fait à ta sœur, me dit-il calmement, bien que je sois incapable de répondre.

Je n'arrive pas à reprendre mon souffle, mon dos douloureux, envoyant des signaux paniqués à mon cerveau. J'essaie de me mettre sur le flanc pour une position fœtale rassurante et meilleure pour ma respiration, mais je ne peux pas, mes jambes de chaque côté de ses hanches. Alors que je me tortille, les yeux remplis de larmes de souffrance qui ne coulent pas, je sens le bas de son ventre appuyer contre le mien pour m'immobiliser.

Mon estomac se retourne et ses lèvres se collent à mon oreille, ma mâchoire maintenue dans sa poigne de fer.

— Nous allons retrouver Audray Laurence et, pour cela, tu as besoin de moi. Lorsque nous l'aurons retrouvée, elle me rendra ce qui est à moi et alors nous verrons qui mentait. Si tu ne coopères pas, tu te tourneras vers la police, ta sœur ira en prison, parce que je pense qu'elle n'est pas aussi immaculée que tu sembles le croire, et t'iras la voir le mardi, le mercredi et le samedi, entre quatorze et seize heures, tu verras son corps se couvrir de bleus et les piqures fleurir à l'intérieur de ses coudes, sans même pouvoir la toucher, murmure alors Hayden, avec une froideur douloureuse qui ne laisse aucun doute sur le fait qu'il sait de quoi il parle.

Il reste silencieux une longue seconde, réfléchissant, guère gêné par ma respiration tremblante et mes mains plaquées contre son torse pour le repousser. Il est une espèce de prédateur couché sur sa proie et je ne sais pas ce qui m'empêche de le frapper, mais tout est flou, son corps me révulse et me brûle.

Lui ne bouge pas d'un centimètre, se riant de mes efforts.

— Tu pourrais t'échapper et chercher ta sœur seul, mais… Aussi certain que je retrouverais Audray, je te retrouverais, fait-il et je sens son sourire.

D'une simple pression de sa main, il m'invite à tourner la tête sur le côté et je le fais, sans pouvoir résister. Je sens son nez se presser dans l'espace entre mon écharpe que je n'ai pas quittée et ma peau brûlante. Il inspire profondément, contre ma peau.

— Tu sens si bon, je pense que je peux te reconnaître dans une foule d'Oméga en chaleur… Amande et miel, mmh ?

La douleur fleurit, à la fois dans mon ventre et près de mon cœur, et tout devient rouge. Puis le noir rassurant recouvre ma vue.

.

.

.

J'ouvre les yeux pour la troisième fois aujourd'hui et une lumière forte m'agresse, me forçant à les refermer aussitôt. Où suis-je, cette fois ? Je me laisse soupirer profondément, guère prêt à affronter encore une situation plus compliquée. Pas tant que je ne me souviens pas de tout.

Une voix chante, tout près de moi, et j'entends des bruits d'objets qui se cognent, comme si quelqu'un rangeait des fioles ou des verres sur une étagère. J'essaie de me rappeler de tout et j'ai l'impression de sentir l'odeur d'Hayden autour de moi, me donnant envie de crier de frustration. Cela ne fait qu'un jour que je suis en ville et je me sens déjà épuisé, brisé par autant de nouvelles.

Je revois le regard perdu d'Audray et mes mains se crispent sur les draps froids. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle me ressemble tellement ? Dans sa détresse, j'ai vu la mienne.

Ce connard de Hayden. Comment avait-il pu la toucher et la faire pleurer ? Est-ce qu'il l'a caressée… ? Je ne peux pas l'imaginer. Je ne veux pas l'imaginer. C'est ma soeur, tout de même ! Puis j'ai perdu connaissance, comme ça. Enfin, « comme ça »... Je tourne la tête sur le côté et ouvre les yeux pour voir une personne dos à moi, dans une blouse. Un médecin ? Hayden m'a conduit chez un médecin ? Pourquoi ai-je l'impression que ses actions n'ont aucun sens ?

Ses cheveux d'une couleur étonnamment blonde platine, presque blanche, sont rassemblés en une queue de cheval et ils s'agitent joyeusement alors que le médecin secoue doucement la tête alors qu'il chante.

Sa peau est d'un brun caramel soyeux et je la sais bien plus douce qu'elle n'en a l'air.

— Docteur Elijah ? hésité-je, retrouvant ma voix râpeuse et brisée.

L'homme me fait face, sans sursauter, et remonte ses lunettes d'un rouge cerise sur ses yeux bleus, avec un sourire reconnaissable entre tous. J'écarquille les yeux alors qu'il s'approche avec la même douceur que dans mon souvenir, son doigt venant tapoter le bout de son nez d'un air de réprimande.

— Tu es revenu en ville hier et te voici déjà dans un lit de draps blancs, kiddo, s'amuse Elijah de sa voix douce et chantante. Ne peux-tu pas rester tranquille deux minutes, mmh ?

Je fronce le nez, essayant de ne pas pleurer de soulagement devant un visage connu. Est-ce qu'il croit que je le fais exprès ? Je ne peux m'empêcher d'agir comme un enfant près de lui, ça a toujours été comme ça. Après tout, il a été ma bouée lorsque l'on m'a jeté à l'eau, avec un boulet accroché à mon pied. Cela fait quatre ans que je ne l'ai pas vu mais il n'a pas changé, éternellement jeune. A notre rencontre, j'avais seize ans et lui vingt-cinq, notre écart d'âge était donc évident, mais aujourd'hui, j'ai l'impression d'être le seul à avoir vieilli.

Avant de me réjouir, je dois demander :

— Hayden...

Le regard bleu se fait pensif et le médecin écarte doucement mes cheveux de mon visage.

— Il est parti il y a une heure, il avait du travail.

Je ferme les yeux, soulagé. Je n'ai pas la force de l'affronter, mais quelle heure est-il ? Il doit être près de dix-sept heures, si j'en crois la luminosité. J'ai passé ma journée évanoui, on dirait, et j'en suis éreinté. Si au moins le monde pouvait arrêter de tourner le temps que je dorme, mais chaque heure qui passe réduit mes chances de retrouver ma sœur.

Mon expression se crispe alors que j'essaie de repousser les larmes provoquées par le soulagement et la panique face à ma situation. Sa main serre la mienne avec force et ce contact est si pur que je ne ressens aucun dégoût.

— J'ai perdu Audray, Elijah. Est-ce que tu sais où elle peut être ?

— Tu sais très bien que je n'ai jamais eu de contact avec elle, ce n'est pas elle qui venait me voir, dit-il raisonnablement.

Non, c'était moi son patient. Audray n'avait pas voulu prendre le même médecin, trouvant cela bizarre et, à l'époque, je lui en avais été reconnaissant. A présent, je regrette de ne pas avoir créé plus de liens entre nous, aussi idiots soient-ils.

Sa main caresse doucement mes cheveux, laissant quelques larmes couler de mes yeux lorsque je les ferme. Au moins y a-t-il quelqu'un ici qui ne me veut pas de mal.

— Qu'est-ce qu'il m'est arrivé ? demandé-je enfin, incertain de vouloir savoir.

— Je crois que tu as fait un rejet, me dit Elijah en lâchant ma main.

J'ouvre les yeux, observant le médecin qui a tiré un tabouret sur lequel s'asseoir pour me regarder. Il lie ses mains sur son genou, croisant ses longues jambes fines et sensuelles.

— Un rejet... De Hayden ? J'ai perdu connaissance, Elijah, ça me parait extrême pour un rejet, ce n'est pas comme s'il avait...

Je rougis, ne souhaitant pas finir cette phrase, et je sens le regard fasciné d'Elijah sur moi. Je n'ai jamais vu rougir cet homme, sûrement à cause de sa peau, mais au-delà des rougissements, je ne l'ai jamais vu gêné par quoique ce soit. C'est un médecin spécialisé en sexualité, après tout. Oméga, Alpha, Beta, il les traite tous, bien qu'il ait une attention particulière pour les Omégas, plus fragiles et plus nécessiteux en terme de médicamentation.

De ce que je sais, les rejets vont jusqu'aux vomissements, parfois le corps se met à saigner… Une fois, des plaques rouges sont apparues là où on m'avait touché, mais jamais je n'avais perdu connaissance avant.

— Tu as eu des moments difficiles et épuisants, ton cerveau n'a juste pas pu supporter ça en plus, Isaac. Ce n'est pas grave, c'est normal. Et ça ne dépend pas du toucher, mais de la façon dont tu accueilles le toucher, m'explique-t-il en regardant ses mains, perdu dans ses pensées. Si une personne stimule ton plaisir et ta bête, sexuellement parlant, le rejet se mettra en place.

Je le sais mais... Je ne suis pas certain qu'Hayden ait fait quoique ce soit d'ambigu... Je me souviens alors de son nez contre ma nuque, de son poids contre moi, m'écrasant contre la moquette. Le fait qu'il soit tout à fait mon style d'homme n'a pas dû aider : le genre brun aux yeux clairs.

Je porte ma main à mon cou, me rendant compte que mon écharpe n'est plus à sa place. Quand l'ai-je perdue ? Avant ou après le départ de Hayden ? Je m'asseois soudainement, essayant de repousser le mal de tête que ça m'occasionne. Mon regard de biche effrayée se pose sur le médecin.

— Est-ce que Hayden...? demandé-je précipitamment, ma main posée sur ma nuque.

Posée sur la marque de dents qui y apparait, pulsant contre ma paume. Dégoutante. La honte me serre la gorge alors que le regard d'Elijah répond à ma question. Mon souffle m'échappe et je sens mon corps qui commence à trembler, mes ongles se plantent dans ma peau alors que ma vue se trouble, par manque d'oxygène sûrement. J'ai le temps de voir Elijah sauter au bas de son tabouret pour venir me plaquer dans le lit, sur le dos.

— Isaac, dit-il précipitamment, visiblement aussi surpris que moi face à ce qui est en train de se passer. Tu dois te calmer, tout va bien... Ce n'est pas grave...

Elijah est fort mais pas autant que moi et il a tout le mal du monde à me tenir immobile alors que je tremble. Mes ongles essaient de déchirer ma peau au niveau de ma gorge, la griffant sans que je sente la douleur, et je l'entends crier quelque chose brièvement, les mots se mélangeant, puis je sens deux grandes mains se rajouter aux siennes.

— Il faut tenir ses mains, faites doucement, je vous en prie...

Je sens ensuite sa main dans mes cheveux, parlant doucement pour me rassurer, assez bas sûrement pour éviter que l'inconnu n'en sache trop :

— Il savait déjà, Isaac, tu es immunisé contre les phéromones, il s'en est rendu compte, il le sait déjà... Il sait que ce n'est pas de ta faute, il ne t'en veut pas, Isaac. Hayden ne t'en veut pas.

Et Elijah répète, jusqu'à ce que je me calme. Les grandes mains me lâchent et j'entrouvre mes yeux remplis de larmes pour voir de qui il s'agit. Pour essayer de le remercier, peut-être ? Mais Elijah le fait avant moi :

— Merci de votre aide, monsieur Millers.

Puis il se tourne vers moi, prenant ma main entre les siennes. Son regard est triste. Nous restons ainsi un long moment, jusqu'à ce que je retire ma main des siennes pour appuyer mes poings contre mes yeux, frustré au possible. Je sais très bien ce qu'il se passe et je n'aime pas ça, pas ça du tout.

Lui aussi le sait mais nous ne le disons pas à voix haute, ça pourrait devenir trop vrai, et alors je ne pourrais tenter de l'ignorer.

Tenter d'ignorer que Hayden est ma putain d'âme-sœur.

.

.

.

Ma crise passée, nous décidons tacitement de ne plus parler ni d'elle, ni de ce qu'elle implique. Je veux chercher ma sœur, la retrouver, la remettre dans son appartement avec Tracy en voisine, en sécurité, et rentrer chez moi pour reprendre mon travail. L'odeur du bois me manque, se mélangeant avec la douceur de sa texture… En dessiner les nœuds avec mes doigts avait un effet thérapeutique sur mon esprit maltraité et j'en ai cruellement besoin actuellement.

Bien que Hayden et moi sommes compatibles - très compatibles - cela ne change rien à la situation. Mon corps le rejettera éternellement à cause de mon lien avec quelqu'un d'autre, un lien impossible à briser. Un lien qui me permet de résister aux phéromones des autres mais aussi empêche quiconque de sentir les miennes et d'être attiré par elles. Un lien qui m'empêche d'avoir des relations sexuelles les autres, mon corps réagissant violemment à toute tentative. Jusqu'à me faire perdre connaissance et me laisser sans défense entre les mains d'un Alpha.

Je suis un être brisé.

Elijah me prescrit mes suppresseurs tout de même et je ne fais pas de commentaire, devinant que ça a un lien avec Hayden. Les âmes sœurs sont difficiles à trouver et parfois, on ne sait pas qu'on est avec la nôtre avant de l'avoir imprégnée. C'est généralement une bonne surprise. Normalement, je n'aurais pas dû la reconnaître : la marque m'empêche de regarder quelqu'un d'autre, mais cela fait sept ans que je n'ai pas vu « mon Alpha » alors peut-être que le lien est fané ? J'essaie de ne pas trop espérer, mais ce serait logique qu'il s'efface avec le temps, lorsqu'elle n'est pas renouvelée. Même sept ans, ça me parait trop long.

Je ne peux juste pas me permettre d'avoir mes chaleurs près de Hayden. Dans le meilleur des cas, ça se passerait comme avec n'importe quel Alpha, mes phéromones ne feraient rien d'autre que de le déranger un peu par l'odeur, dans le pire des cas… Nous souffririons tous les deux.

Mon seul espoir, c'est que Hayden ignore ce que nous sommes. Théoriquement incapable de sentir intégralement mes phéromones, il doit vraiment n'avoir aucune idée de ce qui nous lie et c'est très bien ainsi. Pourquoi lui ? songé-je avec un brin de désespoir. Il est celui qui menace ma soeur et qui a une vidéo d'elle où elle admet avoir volé une chevalière d'une valeur telle qu'il faudrait une année entière de prostitution pour un « Omega comme moi » pour la rembourser !

Je ressens la brutale envie de m'arracher les cheveux.

Pourquoi moi ?

Et qu'entendait-il par « un Oméga comme moi » ? Pourquoi n'ai-je pas posé plus de questions quand je le pouvais ? Il m'aurait répondu, il est tellement sûr de lui, ce petit salopard...

— Hayden m'a donné ce téléphone pour toi, c'est le tien ? m'interrompt Elijah dans mes pensées.

Il me donne un téléphone qui ressemble au mien, en effet. Je le déverrouille rapidement, vérifiant que je n'ai pas un appel en absence, mais rien. Audray est toujours aussi disparue que possible et je n'ai toujours pas prévenu la police. Je regarde Elijah qui est de nouveau face à son ordinateur pour remplir mon dossier, avec la cruelle envie de lui demander ce que je dois faire.

— Je t'ai prescrit des vitamines, tu vas en prendre le matin, après avoir dormi, si possible. Essaie de te reposer, Isaac, dit-il en me regardant du coin de l'œil, sans cesser de taper sur son clavier.

Il fait tourner son siège de bureau pour me faire face et me tendre un post-it.

— En haut, c'est le numéro d'Hayden, il m'a demandé de te le donner. Tu n'es pas obligé d'appeler si tu ne le veux pas, dit-il, alors que mon regard se tourne vers le soleil presque couché dehors.

Il ne sait pas que je n'ai pas le choix, Hayden a dû me déposer avec un air inquiet et je ne sais pas quelle version de l'histoire il lui a raconté mais Elijah ne semble pas un instant méfiant au sujet de l'inconnu. Qui s'avère être mon âme-soeur. GOSH ! Je deviens fou !

C'est quoi, une âme-soeur, de toute façon ? Si c'est un imbécile, eh bien, je dois pouvoir aller au-delà de mon instinct, non... ? Ne suis-je qu'un animal ?

— Et en dessous, je t'ai écrit le nom de l'infusion que je bois en ce moment, elle est vraiment agréable et elle t'aidera à dormir. Enfin, une fois que tu auras uriné tout ton soul, bien entendu, ajoute-il avec cette expression amusée qui m'a tant manquée.

Je hoche sagement la tête, regrettant de ne pas pouvoir jeter le numéro de Hayden, puisque mon médecin préféré a inscrit autre chose sur le papier. Peut-être que si j'arrive à déchirer le post-it...? Je me dirige vers la porte du cabinet et je l'ouvre, sursautant en voyant quelqu'un assis sur le sol. Je le reconnais sans mal comme étant mon sauveur, un certain Millers.

— Vous attendiez pour voir le docteur ? soufflé-je, désolé.

Je suis resté si longtemps, j'ai complètement oublié qu'il devait avoir d'autres rendez-vous... Je regarde à l'intérieur, le docteur qui fronce les sourcils en me voyant hésiter. Il se lève et vient voir, son visage montrant de la perplexité.

— Monsieur Millers ? Je... Je croyais avoir annulé tous mes rendez-vous d'après seize heures ? hésite Elijah.

Le médecin me donne l'écharpe que j'ai failli oublié et je la noue rapidement autour de ma gorge, camouflant ma fêlure.

— Je me suis dit que je pourrais raccompagner le petit, fait la voix profonde et grave de l'homme qui se lève du sol sur lequel il était assis, sans particulièrement nous regarder.

Je dois lever la tête pour apercevoir ses yeux et il me parait alors effrayant. Peut-être à cause de la brûlure qui semble avoir avalé une partie de son visage, s'étirant sur sa joue et le coin de ses lèvres, le bas de son oreille. Il a des yeux bruns tirant déjà sur le doré et je devine l'Alpha dans sa posture. Mon regard tombe sur ses mains qui sont de chaque côté de son corps, des grandes mains qu'il a posées sur moi pour m'immobiliser.

Pas étonnant qu'il ait réussi à me maîtriser aussi vite.

Je n'avais alors rien ressenti de particulier.

Est-ce que l'esprit est aussi puissant que le pense le médecin ? Comme cet homme n'avait aucune intention sexuelle, je n'avais pas réagi… ? Mais alors pourquoi n'ai-je pas le droit de me débarrasser de l'imprégnation ? Ce lien, je ne l'ai pas voulu, n'est-ce pas ?

Elijah me regarde, m'interrogeant silencieusement. C'est à moi de l'interroger, c'est qui ce type ?

—Hum... Je m'appelle Isaac...? tenté-je en rangeant le téléphone et le post-il dans la poche kangourou de mon sweat large.

L'homme reste silencieux avant de hocher la tête.

— Remi Millers, enchanté. Je suis un patient du docteur Mac-Adam.

Je hoche la tête et je vois Elijah sourire, paisiblement. Je ne sais pas si mon médecin a déjà eu peur de quelqu'un, il ne m'a jamais rien montré de tel, mais après tout, je ne l'ai jamais vu ailleurs que dans son cabinet, avec ses clients, un monde qu'il connait bien et dans lequel il est roi.

— Merci, mais ne vous sentez pas forcé de me ramener, dis-je, mal à l'aise.

— Ne te sens pas obligé d'accepter, surtout, répond alors Remi Millers, avec une expression interrogative.

Je hoche la tête, pesant le pour et le contre, avant d'accepter. Je ne suis pas certain de ce qui m'arriverait sur le chemin si je rentrais par mes propres moyens, vue la chance que j'ai en ce moment. Et si cet homme est un dangereux psychopathe, eh bien, je reviendrais hanter Elijah jusqu'à sa mort.

Je prends le chemin des escaliers, suivi par le grand homme qui marche derrière moi sans me presser.

— A bientôt kiddo ! Merci, agent Millers, fait alors la voix douce et joueuse d'Elijah dans mon dos.

Juste avant qu'il ne referme la porte.

Je me suis figé, trébuchant presque dans les escaliers, rattrapé par la large main de l'homme.

— Dé-Désole, dis-je précipitamment en reprenant ma route, cachant ma panique.

AGENT ? Comme dans... Agent de police ?!

EH MERDE ! Je déteste la ville !

.

.

.


FIN