RESUME : Pendant les préparatifs de la Fête du Printemps, une démoniaque Femme de Feu jaillit du Volcan Vilmir et fond sans pitié sur la cité de Talmor, ville la plus septentrionale du Royaume de Lergrand. Avec elle resurgit le souvenir des légendes anciennes, des légendes qui parlent d'une guerrière des glaces ancestrales, seule rempart contre cette démone de feu, mais ce n'est qu'une légende, à moins que...

Bonne Lecture !


LA GUERRIÈRE DES GLACES

Chapitre 2 : Le réveil de Fédorande

Kalex tourna un regard intrigué à son père

- De quoi ? Mais si ce n'est pas une éruption, qu'est-ce que…

Le jeune homme ne termina pas sa phrase. A cet instant ce ne fut pas de la lave et des scories qui jaillirent du cœur de Vilmir, mais des éclairs rouges et jaunes. Le jeune homme recula de deux pas.

- Par les Grands Dieux quel est ce maléfice ?

Son père se retourna vers lui.

- Vite va chercher Morgana !

- Mais…

- Pour une fois, fais ce que je te dis Kalex ! Va chercher Morgana et quittez la ville au plus vite en passant par la poterne sud ! Vite ! La vie de ta sœur est en jeu !

Cette fois le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Il hocha la tête et partit en courant à l'intérieur. Zarmor se fraya un chemin à travers les habitants de son village.

- Rentrez chez vous ! Vite !

Les éclairs accrurent leur puissance et une boule d'énergie jaillit à son tour du volcan. Elle se dissipa en partie et une silhouette se dessina. Devant les yeux ébahis des talmoriens apparut une femme à la beauté parfaite. Elle avait de longs cheveux rouges et une robe de la même couleur. Son regard vert transperça jusqu'au cœur les étourdis qui la fixèrent droit dans les yeux. Nimbé par une aura lumineuse, elle lévita jusqu'au bas du volcan.

Les gardes tentèrent de prendre leurs lances pour repousser cette étrange apparition, mais elles leurs échappèrent des mains et se retournèrent contre eux. Les soldats n'eurent pas le temps de faire une geste et ils s'effondrèrent sur le sol, morts. La femme aux cheveux rouges eut un sourire en coin qui laissa présager de ses mauvaises intentions et resta en suspension au dessus de la place centrale. Elle fixa les talmoriens.

- Tremblez habitants de Talmor ! Je suis Fédorande, la femme de feu ! Depuis cinq cent ans j'attends ma revanche sur votre village et ses alliés. Je veux le médaillon ! Vous m'entendez ! Je suis prête à vous tuer tous pour avoir ce médaillon !

...

De son côté, Kalex entra en courant dans la chambre de sa sœur. Morgana se trouvait toujours à sa fenêtre. Son frère l'empoigna par un bras la forçant à rentrer.

- Qu'est ce que tu fais ? Ferme !

Le jeune homme claqua la fenêtre brutalement et Morgana le regarda avec un air effaré.

- Tu as vu cette femme ?

- Quelle femme ?

- Celle avec les cheveux rouges !

- Quoi !

Intrigué, Kalex jeta un coup d'œil par la fenêtre et vit que sa sœur avait raison. Au milieu de la place, quasiment à hauteur des fenêtres de sa chambre, se trouvait une femme aux cheveux rouges. Son père avait raison, ce n'était pas une éruption ! C'était pire ! Et soudain, il le vit… C'était son père. Epée à la main il s'approchait de la femme de feu.

- Non… père… murmura le jeune homme.

Morgana se rapprocha de lui pour découvrir à son tour la scène.

- Par les Grands Dieux ! Que fait-il ? Il est fou !

...

Seul au milieu de la place Zarmor, s'approcha de la démone.

- Tu fais erreur Fédorande ! Il n'y a rien pour toi ici !

- Tiens donc ! Tu oses t'adresser à moi ! Et tu brandis une épée en plus ! ! Allons ! Tu ne sais même pas t'en servir !

Zarmor fixa la femme de feu dans les yeux sans crainte et fit tournoyer son épée dans sa main avant de se mettre en garde.

- Je serais toi ! Je ne ferais pas ce pari !

Fédorande le dévisagea avec un air carnassier.

- Tu sais manier l'épée ! Tu appartiens à la famille des gardiens ! Pauvre fou ! Je n'aurais même pas à te chercher ! Tu vas me dire où se trouve le médaillon !

- N'y compte pas !

- C'est ce que nous allons voir !

Zarmor savait qu'il n'aurait qu'une seule chance et il fonça sur la femme de feu en criant. Il prit appui sur une table du banquet et se propulsa dans les airs. Surprise par sa prompte réaction la femme de feu se fit légèrement surprendre et la lame de l'épée de Zarmor lui égratigna la joue. Des gouttes de sang tombèrent sur le sol. Avec une roulade, l'homme atterrit lestement sur ses pieds et se redressa prés à en découdre de nouveau. Mais il savait déjà au fond de lui que c'était trop tard. Il l'avait surprise une fois, mais elle se ne laisserait pas avoir de nouveau. Elle avait plus de réflexes qu'il le pensait. Pourvu que Kalex ait déjà emmené loin d'ici Morgana ! Fédorande fit elle aussi volte face pour se trouver face à Zarmor. De ses doigts, elle essuya son sang.

- Tu viens de faire une grossière erreur ! Crois-moi ! Tu vas bientôt le regretter !

- Je n'ai pas peur de toi ! Tu es vaincu à chaque fois ! Cette fois là ne sera pas différente !

- Pauvre fou ! Tu vas regretter ton impertinence ! Prépare-toi à mourir ! !

La femme de feu leva les mains devant elle et de grandes boules d'énergie se formèrent autours de ses doigts.

...

Dans la maison, Morgana se mit à crier.

- Non ! Père ! Mais que fait-il et que se passe-t-il ?

- Viens ! Ne restons pas ici ! Lui cria son frère en tentant de l'éloigner de la fenêtre.

Mais la jeune fille était figée sur le spectacle. Elle ne pouvait pas laisser son père affronter ce monstre.

...

Au dehors, Fédorande cria.

- Dernière chance ! Où est le médaillon ?

- Quand tu le sauras il sera trop tard !

- Si tu ne veux rien me dire tu ne m'es d'aucune utilité ! Meurs !

Elle lança ses éclairs sur Zarmor, mais il parvint à les éviter en plongeant sur le côté. Il se redressa d'un bond, tentant de passer à l'attaque, mais ne put échapper à la deuxième décharge. Il fut touché au bas du dos et propulsé de l'autre côté de la place. Zarmor heurta lourdement un mur et s'effondra au sol.

...

Morgana fit un bond.

- Père !

Elle échappa aux bras de son frère et courut aux escaliers. Kalex tenta de la retenir.

- Non ! Morgana !

Conscient du danger qu'elle risquait, il partit sur ses talons pour la rattraper.

...

Fédorande ricana et s'approcha de l'homme étendu sur le sol.

- Je crois que tu as perdu sinistre avorton ! Maintenant tu vas mourir !

Elle s'apprêtait à mettre sa menace à exécution quand, jaillissant de la maison, Morgana se précipita dans leur direction en criant.

- Père ! Père !

Reconnaissant la voix de sa fille, Zarmor se redressa sur un coude.

- Morgana… non… murmura-t-il.

En quelques secondes, la jeune femme fut au chevet de son père et, se moquant bien de la sorcière démoniaque qui la regardait fixement, elle se pencha et prit son père par les épaules.

- Père ! Je suis là !

- Morgana ! Va t'en !

- Non !

- Vite ! Sauve-toi ne reste pas là !

- Mais… père…

- Vite !

Fédorande continuait de fixer la jeune fille qui venait d'oser braver le danger en se jetant sur son père et soudain un sourire illumina son visage. Cette chaîne qui pendait à son cou… elle se redressa.

- Le médaillon ! Tu portes le médaillon ! Donne-le-moi !

Morgana se figea et pour la première fois porta son attention sur la sorcière. Puis, elle baissa les yeux vers le médaillon qui pendait à son cou, le médaillon de sa mère… Elle se leva et serra ses doigts autours de son pendentif.

- Jamais je ne vous le donnerais ! Il était à ma mère !

- Tu te trompes ! Il est à moi ! Donne-le-moi !

- Jamais !

- Ta résistance est divertissante jeune fille, mais cela suffit ! Donne-le-moi ou prépare-toi à mourir !

- Je préfère mourir !

Fédorande sourit.

- Alors si c'est ton souhait !

Elle brandit les bras devant elle et les boules d'énergie se formèrent de nouveau autours de ses mains, mais cette fois elle n'eut pas le temps de les lancer. Surgissant derrière elle Kalex bouscula la sorcière la faisant rouler au sol avec lui. Leste comme un chat, il se redressa le premier et courut vers sa famille. Avec le choc, Fédorande avait été étourdie et il fallait en profiter. Il aida son père à se relever.

- Dépêchons-nous !

- Non ! Les enfants ! Vite ! Fuyez !

- Viens avec nous ! Lui dit Morgana.

- Je ne peux pas ! Je dois avoir une hanche de fêlée. Je vous ralentirais !

- Aucune importance ! Je vais t'aider ! S'exclama Kalex

- Non ! Vite ! Partez !

- Pas sans toi ! Répliqua Morgana.

- Si ! Faites vite !

- Mais enfin pourquoi ? Lui demanda la jeune fille.

- Quelqu'un doit protéger votre fuite !

- Non, tu n'es pas obligé de faire ça, lui rétorqua Kalex.

- Si… je le suis ! Souviens-toi des histoires de ton grand-père Kalex. Tu sais que c'est notre devoir. Allez emmène ta sœur ! Vite !

Le père et le fils se fixèrent droit dans les yeux. Kalex aurait voulu lui crier qu'il devait venir avec eux mais au fond de lui il savait que c'était son père qui avait raison. Il posa une main sur l'épaule de Morgana.

- Viens !

- Mais non je ne veux pas ! Je…

- Allez ! Partez ! Je vous promets de vous rejoindre.

- Tu me le jures ? Demanda la jeune fille à son père.

Ce dernier hocha la tête en signe d'assentiment. Ce fut à cet instant que Fédorande se redressa.

- Vous allez tous me le payer !

Zarmor poussa ses enfants.

- Allez ! Vite !

Kalex prit Morgana par la main et se mit à courir. La sorcière voulut les suivre, mais Zarmor se planta devant elle.

- Où vas-tu comme ça ? Nous n'en avons pas fini !

- Tu tiens donc tant que ça à mourir aujourd'hui !

...

Kalex et Morgana se frayèrent un rapide chemin à travers le dédale des ruelles de Talmor. Le jeune homme tenait toujours sa sœur par la main.

- Nous n'aurions pas dû le laisser.

- Il a fait son choix.

- Tu crois qu'il va nous rejoindre !

- Je l'espère ! Lui rétorqua son frère en lâchant la main de sa sœur.

Il se dirigea vers une porte et tira dessus pour la secouer. La porte céda. C'était une écurie. Il se tourna vers sa sœur.

- Allez ! En selle !

...

Quelques secondes plus tard, à cheval, le frère et la sœur dévalaient les rues de Talmor. Ils passèrent la porte du village sans ralentir et s'engagèrent sur le chemin en pente raide qui descendait au pied du volcan. Ils devaient rapidement mettre la plus grande distance possible entre eux et cette sorcière. Les chevaux roulèrent sur des scories, mais ne tombèrent pas et ils arrivèrent sans encombre au bas de Vilmir où ils purent se lancer au galop.

Cependant, ce fut à cet instant qu'ils entendirent une énorme explosion. Les deux fuyards stoppèrent leurs montures et se retournèrent. Des énormes flammes jaillissaient de leur village. Les vents leur apportèrent les cris des villageois et le ricanement de Fédorande.

- Non ! Cria Morgana ! Père !

Bouleversée, elle se mit à pleurer.

- Ce n'est pas possible ! Pas aujourd'hui ? Pourquoi ?

Kalex aurait bien voulu répondre à sa sœur, mais pour l'instant tous ses sens lui disaient qu'il ne devait pas rester ici. A chaque seconde le danger grandissait et il ne savait pas exactement contre quoi il allait devoir lutter.

- Nous pleurerons nos morts plus tard ! Vite Morgana ! Nous devons gagner la forêt de la citadelle perdue. Sous son couvert nous pourrons nous dissimuler aux yeux de la sorcière.

- Non ! Je veux retourner là bas !

- Morgana ! Notre père s'est sacrifié pour que cette sorcière ne rentre pas en possession du médaillon et toi tu veux lui ramener ?

Les deux jeunes gens se fixèrent droit dans les yeux et Morgana hocha la tête. D'un revers de la main, elle essuya ses larmes.

- Tu as raison… Je ne peux pas faire ça à notre père !

- Alors vite ! En route !

Et les deux cavaliers partirent au galop à travers les plaines de Mö.