Chapitre 1 : Les débuts d'un héro

L'histoire commence dix ans auparavant. Un terrible incendie se déclara dans la forêt bordant le village d'Ivnor, brûlant bon nombre de maisons et tuant plusieurs habitants. Jack n'avait à cette époque que six ans mais ce drame l'avait profondément marqué, surtout que c'était cette nuit-là que son père avait été retrouvé mort au milieu des arbres calcinés. Le plus étrange dans tout cela était qu'il était parti peu de temps avant que l'incendie ne débute avec un air soucieux. Un habitant affirmait même l'avoir vu entrer seul dans la forêt qui s'est embrasée quelques minutes plus tard.

Cette accusation avait jeté un froid sur tout le village. Tout le monde commença à croire que c'était le père de Jack qui avait allumé ce feu volontairement et qu'il n'avait pas réussi à s'échapper à temps. Ils en étaient arrivés à cette conclusion car il était capable de maîtriser le feu, à même titre que Jack et sa mère. Chaque être humain présent sur la Terre possède en lui un élément tel que le vent, l'eau, l'électricité, le métal et ainsi de suite. Mais la maîtrise de tels pouvoirs n'était rendue possible que par la possession d'une crystorite du même élément, une pierre au pouvoir exceptionnel qui possède l'énergie de million d'années passée sous terre. Mais leurs aptitudes seront vues plus en détail dans la suite de l'histoire.

Après avoir fait le deuil de la perte d'êtres chers, les villageois décidèrent d'exclure Jack et sa mère du village à cause de cette histoire. Ils durent s'installer en périphérie du village, là où la forêt avait brûlé. Ils construisirent leur maison sur les cendres et devaient passer dix minutes à marcher sur la terre noircie pour arriver au village.

Jack était jeune quand cette tragédie survint et cela ne l'embêtait pas plus que cela de ne plus avoir à côtoyer de si près des gens qui de toute façon le regardaient bizarrement lorsqu'il marchait avec sa famille dans la rue. En revanche, sa mère en fût plus impactée. Il l'entendait souvent pleurer le soir quand elle croyait qu'il dormait. Au début, il pensait qu'elle était malheureuse à cause de la perte de son mari mais il s'avéra avec les années que c'était plus compliqué que cela, car son chagrin ne diminuait pas avec le temps.

C'est à cette époque que Jack se fit la promesse de se battre pour protéger les autres, car il ne souhaitait à personne de traverser la peine que sa mère et lui éprouvait depuis la disparition de son père. Mais pour cela, il fallait qu'il devienne plus fort ! Il décida donc de s'entraîner durement pour devenir ce qu'il appelait « un héro ». Quand il en parlait, on se moquait de lui en disant que cette profession n'existait pas et qu'il devrait plutôt penser à trouver un métier réel, comme allumer des feux en hiver quand le village meurt de froid. Mais comment des feux de cheminée allaient faire le bien dans le monde ? Bon, mis-à-part réchauffer et réconforter les gens qui se blottissent autour mais là n'était pas la question.

La principale particularité de Jack était son côté buté. Peu importe ce qu'on pouvait dire à propos de son rêve loufoque, il l'accomplirait coûte que coûte et ne sera satisfait que lorsqu'il aura réussi à apporter un peu de bien dans ce monde. Son autre trait de caractère, en dehors d'être un éternel optimiste un peu rêveur, était de garder sa bonne humeur en toute circonstance. Il remontait ainsi le moral de sa mère, il arrivait même parfois à la faire rire.

Mais revenons à l'histoire actuelle. Dix années se sont écoulées et notre apprenti héro a maintenant quinze ans. Il est de taille moyenne et ses cheveux sont dressés sur sa tête comme des flammes provenant d'un feu, les pointes étant jaunes tandis que les cheveux qu'il a plaqués derrière la tête sont rouges. Il possède à l'orée de ses cheveux une cicatrice qui a la forme de trois griffures parallèles et qui est de couleur rouge sur sa peau et de couleur noir dans ses cheveux. Quant à ses yeux, l'iris est rouge sur le pourtour et devient jaune vers le centre, leur particularité étant de flamboyer quand il se met en colère. Le soleil n'est pas encore levé et Jack dort étalé de tous son long sur son lit, la bouche grande ouverte. Mais le repos n'est que de courte durée, car son réveil ne tarda pas à sonner six heures du matin. Jack se leva d'un seul coup, parfaitement réveillé et en forme pour sa journée d'entrainement.

- Bon, dit-il en prenant une feuille sur son bureau sur laquelle était inscrit l'entraînement sportif qu'il s'était fixé. Aujourd'hui, ce sera course à pied, pompes, abdos et entraînement aux coups de pied. Alors c'est parti !

Il jeta rapidement un coup d'œil sur le papier accroché contre le mur au-dessus de son lit et sur lequel il archivait tous ses résultats sportifs depuis des années. Cela lui permettait de s'améliorer de fois en fois en faisant toujours mieux que l'entraînement précédent. Il avait une fois jeté un œil à ses tous premiers entraînements et n'en revenait pas du chemin parcouru depuis. Il s'était considérablement amélioré du point de vue physique mais le seul bémol était le manque de contrôle de ses pouvoirs. A même titre que son père et sa mère, il était « théoriquement » en mesure de maîtriser le feu, mais cela n'était pas vraiment le cas.

En effet, depuis l'accident de l'incendie de la forêt, on avait confisqué à sa mère et à lui-même leurs crystorites de feu. Or comme déjà mentionné, la maîtrise d'un élément n'est possible que grâce à cette pierre. Le détenteur possède déjà en lui une certaine puissance mais seul une crystorite permet au pouvoir de s'exprimer. En d'autres mots et pour illustrer ce propos, Jack possède déjà en lui la puissance du feu, qui lui permet de repousser ses limites quand il s'entraîne, mais il n'arrive pas à produire de véritables flammes qui pourraient allumer un feu.

Ce manque de pouvoir rendait parfois Jack fou furieux et jaloux de tous les enfants de son âge qui avaient appris à maîtriser leur pouvoir presque à la perfection avec les années. Jack s'obstinait à s'améliorer sur le plan physique sans compter sur son élément mais il lui arrivait de reconnaître qu'il serait bien plus puissant (et un bien meilleur héro), s'il pouvait ne serait-ce que produire des étincelles du bout de ses doigts. Cela rabattrait déjà le caquet aux villageois qui se moquaient de lui.

Il lui arrivait de s'imaginer en train de se pavaner dans les rues de son village devant le regard admiratif des habitants qui avouaient s'être trompés sur son sort et qui reconnaissaient en lui un véritable héro qui faisait la fierté de son village. La dernière image qu'il vit avant de sortir de sa rêverie fût le visage larmoyant de sa mère qui pleurait de joie de le voir ainsi adulé.

Mais revenons-en à l'entrainement du jour qui promettait son lot de peine et de souffrance. Car on ne devient pas héro du jour au lendemain et cela, il l'avait bien compris.

Il s'habilla d'un pull à capuche rouge et jaune, d'un pantalon cargo noir avec une ceinture rouge qui se clip et d'une paire de baskets aux mêmes couleurs que son pull. Il descendit sans faire de bruit l'escalier qui se trouvait devant sa chambre et qui arrivait directement dans la cuisine, prit un morceau de pain et sortit dans la nuit.

L'air était frais, presque glacé. Après tous, l'hiver arrivait à grand pas. Le soleil n'était pas encore levé et il faisait nuit noir. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne neige, ce que Jack détestait. Son élément était le feu et le fait de mourir de froid sous des flocons glacés avait tendance à éteindre littéralement la flamme qui brûlait en lui. Quand cela arrivait, il se sentait plus faible et fatigué que d'habitude. Ses yeux rouges et jaunes passaient aussi de flamboyants à ternes. Mais il était persuadé que de s'entraîner dans des conditions extrêmes qui n'étaient pas sa tasse de thé ne pourrait que le rendurcir. C'est pour cela aussi que les gens qu'il côtoyait le traitaient de fou.

Les cendres des arbres brûlés craquèrent sous ses pas tandis qu'il se mit à courir. Il traversa ainsi à vive allure la clairière noircie qui le séparait du village. Une fois arrivé là-bas, il ralentit un peu l'allure pour observer les maisons qui longeaient la ruelle. Il aimait contempler les alentours et il appréciait plus particulièrement d'avoir le village entier que pour lui. Il faisait d'ailleurs exprès de se lever aussi tôt uniquement pour cela. La vie au village était plutôt paisible et il n'y avait pas grand-chose à faire. Les habitants ne voyaient donc pas la nécessité de se lever à six heures du matin !

Les rayons du soleil commencèrent à percer derrière les montagnes qui se trouvaient de l'autre côté d'un lac encore sombre. Jack sprinta alors pour remonter la ruelle et s'arrêter en haut de la plus haute colline du village. Une fois arrivé, il s'assit dans l'herbe haute pour observer le lever du soleil. Il adorait par-dessus tous ces moments calmes où il pouvait rêver tout à son aise à son avenir de héro. En dehors des levers de soleil, il aimait aussi veiller tard la nuit pour observer la lune brillante, compter les étoiles dans le ciel ou encore faire un vœu dès qu'il voyait une étoile filante.

- Je peux m'asseoir ? lui demanda une voix douce à son oreille.

Il sursauta et se retourna brusquement. C'était Ellen, une fille élancée aux longs cheveux bleus ciels qui lui tombaient en cascade dans le dos. Ses yeux étaient turquoises et en regardant de plus près, il était possible d'observer un va-et-vient des couleurs comme si l'iris était composé d'eau qui faisait des vagues. Elle avait le même âge que Jack, c'est-à-dire quinze ans, et était tellement belle, douce, intelligente, talentueuse, … que Jack en était tombé fou amoureux d'elle dès son plus jeune âge. Mais par peur de briser leur amitié, il ne lui avait bien sûr rien dit. Les amis de Jack se comptaient sur les doigts d'une main, il faisait donc tous son possible pour ne pas en perdre un seul !

Il bredouilla quelques mots avant de se reprendre.

- Bien sûr, pas de problème !

- Merci, répondit-elle en s'asseyant à ses côtés. Pourquoi est-ce que tu es debout si tôt ? Cela fait déjà plusieurs jours que je te voie arriver avant l'aube sur cette colline.

- Oh, c'est juste que… je n'arrive pas à dormir.

Il n'osait pas lui avouer qu'il s'imposait quotidiennement un entraînement rigoureux pour peut-être un jour atteindre son rêve de devenir un héro. Elle le prendrait pour un loufoque qui a des ambitions de carrière un peu spéciales et elle s'éloignerait de lui.

- C'est drôle, moi non plus je n'arrive pas à dormir, lui avoua-t-elle à son tour. Il faut dire qu'avec l'hiver qui arrive, on se fait du souci pour garantir l'eau potable au village et papa est sur les dents. Si l'eau du puits gel, il faudra qu'on trouve une alternative et ce n'est pas gagné d'avance.

Jack se souvint que le père d'Ellen, qui maîtrisait l'eau tout comme elle, était en quelque sorte le responsable pour trouver et fournir l'eau au village. C'était son métier et il le prenait très à cœur. Jack se rappela qu'il y a cinq ans, le village avait connu une grande sécheresse et la rivière dans laquelle ils puisaient leur eau s'était complètement asséchée. Les habitants s'étaient alors tournés vers ceux qui maîtrisaient le pouvoir de l'eau et le père d'Ellen avait réussi à faire jaillir une source souterraine. Un puits et une fontaine furent construits à cet endroit et les villageois le considérèrent comme un héro. On n'entendait plus que cette histoire pendant des semaines, ce qui n'était pas pour déplaire au père d'Ellen. Le puits fût aussi baptisé à son nom. Jack aussi rêvait qu'on nomme un jour un objet d'après lui (mais peut-être quelque chose de plus imposant qu'un puits) et qu'on chante ses louanges à travers tout le pays.

- Je suis sûr que ton père va trouver une solution, surtout qu'on le surnomme le sage des lagons, lui dit Jack.

- Ah oui, c'est vrai qu'on lui avait donné ce surnom ridicule. D'ailleurs de toi à moi, il le déteste ! dit-elle avec un sourire.

Elle bailla légèrement et se mit à frissonner.

- Je ne sais pas comment tu fais pour réussir à sortir de chez toi par un temps pareil, lui demanda-t-elle. Il fait tellement froid que je pourrais geler sur place. En plus, je croyais que le froid n'était pas vraiment ton élément. C'est plutôt celui d'Hector qui a d'ailleurs le même tempérament de glace.

- Je pense que c'est une question de volonté. Tu sais, cela n'a jamais fait de mal à personne de repousser de temps en temps ses limites. Enfin je crois, lui répondit-il en rougissant légèrement.

Elle se mit à le fixer avec une pointe d'admiration dans le regard.

- En tous cas une chose est sûre, c'est que tu n'es pas comme tout le monde, lui dit-elle.

Jack se mit alors à rougir de plus belle et il détourna les yeux. Ellen regarda alors en bas de la colline, là où se trouvait sa maison.

- Je vais devoir te laisser, je vois de la lumière chez moi. Cela veut dire que mon père est aussi réveillé et il voudra sûrement discuter avec moi des possibilités d'eau potable pour le village. Il essaye de m'inclure dans son travail pour que je reprenne le flambeau et devienne à mon tour la gardienne et fournisseuse officielle d'eau potable du village. Ce n'est pas vraiment le travail qui me passionne le plus mais cet important pour le bien-être du village et c'est cela qui me tient à cœur, lui dit-elle tandis qu'elle se levait. Passe une bonne journée !

- Merci, toi aussi ! lui cria-t-il alors qu'elle redescendait la colline en glissant un peu sur le givre qui s'était accumulé sur les herbes hautes.

Jack la regarda s'éloigner dans la lumière du soleil levant avec un sourire niais dont il avait le secret.

- Cette fille est vraiment extraordinaire …, songea-t-il.

Il fût ramené brutalement à la réalité en se souvenant de son entraînement et qu'il s'était arrêté en plein milieu de sa course à pied. Il se releva d'un bond et se mit à courir en bas la colline en prenant garde de ne pas glisser.

Une fois arrivé en bas, il fonça en direction de la forêt, celle qui n'avait pas été ravagée par le feu. Il s'enfonça sous les hauts arbres et se retrouva plongé dans l'obscurité. Il faisait plus froid ici que dans le village mais c'était une zone à l'abri des regards indiscrets. Il continua sa course un bout de temps puis, pensant s'être suffisamment éloigné du village, il s'arrêta enfin, à bout de souffle. Il était arrivé dans une clairière paisible.

C'est à cet endroit qu'il allait poursuivre son entraînement en faisant des pompes et des abdos. Entre deux séries, il se reposait un peu pour ne pas vider complètement son énergie en une fois. Il s'arrêta lorsqu'il eut dépassé son record d'une dizaine de pompes et d'abdos établi il y a quatre jours.

Légèrement frigorifié, il se releva et entreprit de terminer son entraînement par des coups de pieds contre un arbre. Cela lui permettait de renforcer ses jambes en tapant quelque chose de solide. Il se souvint que, quand il avait commencé ses entraînements, il n'avait réussi que trois coups de pieds et il avait tellement mal qu'il avait dû être au repos pendant au moins trois jours. Mais maintenant qu'il avait l'habitude, il arrivait à faire une vingtaine de coups de pieds à la suite sans se faire trop mal. Au contraire, il arrachait même des petits morceaux d'écorce à chaque frappe.

- Je plains très sérieusement le méchant qui osera se frotter à mes coups de pieds dévastateurs ! se disait-il parfois en arborant un sourire satisfait.

Une fois qu'il eut fini, Jack revint au village d'un pas léger, les mains dans la poche avant de son pull. En sortant de la forêt, il fût surpris par le soleil qui était déjà haut dans le ciel. Il dut plisser les yeux pour ne pas être trop ébloui.

Le village venait de se réveiller et il voyait au loin les habitants qui s'activaient. La journée était belle et ensoleillée, quoique un peu fraîche. Jack la passerait à essayer de se rendre utile autant que possible. Il ne pouvait pas utiliser ses flammes mais il était tout à fait capable d'aider à porter quelque chose de lourd ou donner un coup de main à quelqu'un qui en avait besoin. Cela ne le gênait pas d'aider les gens et il était même content de pouvoir rendre service. Et en plus, il mettrait à profit son entraînement pour la bonne cause. Cela lui occupait aussi la journée, vu qu'il n'avait rien d'autre d'utile et de constructif à faire.

Il parcourut les ruelles et aperçut au loin un vieux vendeur qui avait une boutique d'habits. Il déchargeait de lourdes caisses en bois contenant la matière première pour sa boutique et semblait être pris de court par la quantité de boîtes à soulever.

Jack se mit à courir dans sa direction.

- Attendez, je vais vous …

Il fût brusquement jeté au sol par quelqu'un de massif et il tomba lourdement. En relevant la tête, il reconnut la personne qui l'avait volontairement jeté à terre. Il s'agissait de Bruno, un grand crétin de dix-neuf ans qui maîtrisait le pouvoir de la pierre. Jack vit sa crystorite en forme de rocher brun foncé se balancer au bout d'une chaîne qu'il avait accroché à sa ceinture. Bruno était plus baraqué que Jack et il affichait un sourire de défit.

- Dégage de là, le raté. Tu pourras participer à la vie collective du village seulement quand tu auras acquis ne serait-ce qu'une once de pouvoir. Jusque-là, retourne te terrer dans ton trou qui te serre de maison, lui aboya-t-il tout en se détournant.

Bruno s'avança alors vers le vieil homme. Il cogna ses deux poings l'un contre l'autre et une sorte d'armure en pierre se forma autour de ses bras. Cela lui permit de décharger les caisses sans problèmes en en prenant une dans chaque main.

Jack grinçait des dents et il s'était mis à trembler littéralement de rage.

- Laisse tomber, cela ne sert à rien de s'énerver, il n'aura que ce qu'il mérite lorsque je serais devenu un héro mondialement connu…, se répétait-il en boucle pour ne pas exploser dans une colère flamboyante dont il avait le secret.

Il était même sûr que ses yeux s'étaient mis à rougeoyer dangereusement. Il était encore à terre lorsqu'il entendit une voix derrière lui.

- Tu fais un peu pitié. Comment veux-tu devenir un héro capable de protéger les autres si tu n'es même pas capable de te défendre par toi-même ?

Jack se leva d'un bond et se retourna.

Il s'agissait d'Hugo, un garçon mince, de l'âge de Jack et qui avait des cheveux noirs courts plaqués sur la tête. Son regard était tout aussi noir et ses paupières à moitié fermées lui donnaient toujours l'air d'être indifférent à tout. Il était aussi très pâle avec un aspect fantomatique. Il était hautain et n'hésitait pas à l'exprimer en rabaissant sans cesse Jack pour vraiment tout et n'importe quoi. Ce garçon était aussi le plus grand rival de Jack. Ils avaient presque grandi ensembles et ils ne pouvaient pas se supporter, même s'il est vrai qu'ils ne s'étaient encore jamais battus l'un contre l'autre. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui manquait à Jack de lui flanquer une bonne raclée pour le remettre à sa place.

- Mais je ne voulais pas interrompre le court de ta journée, tu avais l'air très occupé à ramasser la poussière qui se trouve par terre et il en reste encore beaucoup, dit Hugo sans sourire.

Il tourna les talons sans attendre une réponse de la part de Jack et s'éloigna à grand pas en direction de la forêt. Jack se retint de lui courir après pour lui faire ravaler les mots qu'il venait de prononcer mais il n'avait pas envie de commencer la journée de cette façon. Il épousseta ses habits pour enlever la poussière collée dessus et s'éloigna jusqu'à être hors de vue de cette rue.

Deux de ses pires ennemis venaient de le ridiculiser en public et ne montraient aucun respect à son égard simplement parce qu'il manquait de pouvoir. Quand il était plus jeune, il avait été beaucoup plus affecté par l'absence de ses pouvoirs mais depuis, il s'était fait une raison. Il était plus facile d'être apprécié lorsqu'on est comme tout le monde mais Jack n'avait jamais réussi à être comme tout le monde. Il avait décidé alors que c'est sa différence qui ferait sa force et avait redoublé d'effort dans ses entraînements.

- Si posséder une crystorite signifie mépriser et être ignoble avec d'autres personnes, alors je n'en veux pas ! pensa-t-il.

Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne vit pas la barre de fer qui vint le frapper lourdement derrière la tête. Il se pencha en avant en se tenant la tête entre ses mains.

- Aïe…mais ce n'est pas vrai, quand est-ce que vous allez arrêter de me persécuter ! dit-il d'une voix forte en se retournant pour voir qui l'avait frappé ainsi.

Il s'agissait d'Arianna, une fille légèrement trapue aux cheveux gris coupés courts et en batailles qui avait dix-sept ans. Ses yeux étaient gris avec des reflets blancs comme si l'iris était composé d'une plaque de métal polie. Elle était très gentille mais tout aussi maladroite.

- Oh mon dieu, je suis tellement désolée, dit-elle en lâchant la barre de métal qu'elle transportait et qui tomba sur le sol dans un grand bruit métallique.

Elle le prit par les épaules et le fit se baisser de force pour qu'elle puisse regarder s'il avait été blessé à la tête.

- Est-ce que ça va ? Tu n'as rien de cassé ? Tu veux que j'aille chercher de la glace pour ta tête ? ….

Jack la repoussa gentiment pour arrêter le flot de questions qu'elle déversait sur lui.

- Non, non, ça va. En fait je n'ai pas vraiment mal, c'est juste que j'ai été surpris, lui répondit-il avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace tandis qu'il essayait de masquer sa douleur.

- Je suis rassurée, dit-elle dans un soupir. Mais c'est aussi un peu ta faute de venir te balader ici alors qu'on transporte des barres de fer, dit-elle sur un ton de reproche.

- J'étais perdu dans mes pensées, je ne t'ai pas vu arriver avec ces satanées barres, se défendit Jack.

- Bon, l'essentiel c'est que tu n'aies rien mais là je dois finir mon travail. Si tu veux, on pourra discuter de tes tracas tout à l'heure.

Elle ramassa la barre de fer et partit.

- Le monde est en train de s'acharner contre moi, mais ce n'est pas grave. Il faut rester positif ! pensa Jack en reprenant sa route.

Au fur et à mesure qu'il avançait, il voyait des groupes de personnes discuter joyeusement entre eux et cela lui manquait de ne pas avoir de véritables amis qui souhaitaient passer du temps avec lui. A chaque fois qu'il essayait de nouer un contact avec quelqu'un de son âge, la personne en question était bien trop occupée pour lui consacrer un peu de temps. En tous cas, c'est ce qu'ils prétextaient à chaque fois. Au final, Jack se retrouvait toujours tous seul à broyer du noir. Comme il n'avait pas de vrai pouvoir, il n'avait pas non plus de vrai métier. Et comme son élément était le feu et qu'il était le seul, en dehors de sa mère, à le posséder, il n'avait pas vraiment de points communs avec les autres habitants du village. Cela compliquait ses relations avec eux, d'autant plus que Jack avait l'impression que tout le monde « l'évitait ». Il se convainquait à chaque fois du contraire pour éviter d'en vouloir au monde entier pour sa solitude mais parfois, certains signes ne manquaient pas. Jack entendait souvent les villageois discuter sur son passage et ils finissaient par s'éloigner quand ils s'apercevaient de sa présence. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé d'être gentil avec eux en les aidant dans leurs tâches quotidiennes mais cela ni changeait rien. Jack était toujours aussi seul.

Jack n'avait plus le cœur à aider qui que ce soit et il s'éloigna à nouveau dans la forêt pour poursuivre son entraînement. Les gens allaient bien finir par reconnaître sa valeur quand il sera devenu un véritable héro. Cette idée lui réchauffa un peu le cœur.

Il continuait de marcher à l'ombre de grands arbres quand quelque chose de froid lui attrapa brutalement la cheville, le faisant trébucher mais pas tomber. Il baissa les yeux sur ce qui venait de le saisir et son cœur s'arrêta. C'était une main putréfiée qui sortait du sol et s'était refermée sur sa cheville. Il poussa un hurlement d'horreur tandis que quelqu'un sortait de derrière un buisson.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Il est formellement interdit de s'approcher de mon clan, dit une voix froide tandis que la main lâchait Jack et retournait se terrer sous le sol.

Jack reprit son sang-froid et regarda qui lui parlait. Il s'agissait à nouveau de ce prétentieux d'Hugo.

- C'est toi qui as donné vie à ce cadavre ? Mais t'es pas un peu malade de faire des trucs pareils ! En plus j'ai failli avoir une attaque, dit Jack d'une voix forte en posant une main sur son cœur qui battait encore la chamade. Je croyais que toi et ton clan n'avaient pas le droit d'utiliser ce genre de pouvoir. Si je te dénonce, tu seras expulsé du village avec toute ta famille !

- Il se trouve que nous avons une dérogation spéciale, rétorqua Hugo en fronçant les sourcils. Nous avons pu prouver que les autres villageois n'étaient pas très à l'aise à l'idée que des gens de mon « espèce » puissent rester au village. Pour des raisons de sécurité, nous avons eu le droit d'installer un système de défense pour qu'il ne nous arrive rien de « fâcheux ».

Il est vrai que le clan d'Hugo a entre autre le pouvoir de posséder des cadavres et cela était une source d'inquiétude pour les autres villageois. Le clan fut alors installé en périphérie du village mais beaucoup ne voyaient pas cela d'un bon œil. Ils voulaient tout simplement que ce clan s'en aille. A même titre que Jack était rejeté parce qu'il ne possédait pas de pouvoir, Hugo était aussi mis à l'écart mais cette fois en raison de ses pouvoirs. Jack ne pouvait qu'éprouver de la pitié pour Hugo, car il ne connaissait que trop bien la solitude qu'il traversait. Mais Hugo semblait préférer être seul et le fait d'être ainsi rejeté ne semblait pas le troubler plus que cela.

- Tu ferais mieux de ne plus revenir dans les alentours car la prochaine fois je ne serais pas aussi clément, dit Hugo d'un ton menaçant tout en s'éloignant.

- Ah ouais, et bien toi tu ferais mieux de tenir tes cadavres en laisse sinon la prochaine fois, je te dénonce et bon vent ! lui rétorqua Jack qui n'appréciait guère qu'Hugo le prenne de haut.

Jack s'éloigna en repensant à ce qu'Hugo venait de lui dire. Le village était constitué de personnes aux pouvoirs disparates qui semblaient s'entendre à merveille. Mais cela n'était qu'une illusion. Jack était l'un des seuls représentants du feu et était mis à l'écart. Hugo venait d'un clan représentant la mort et les ténèbres et il était encore plus mis à l'écart. C'était une réalité qui n'était pas près de changer.

Jack entendit soudain des cris semblant provenir de la lisière de la forêt. Il courut pour voir ce qui se passait et tomba nez-à-nez avec Ellen qui était en train de passer un savon à Hector. Hector était un garçon de seize ans plutôt grand et légèrement voûté. Ses cheveux blancs dressés sur sa tête ressemblaient à un bloc de glace et ses yeux étaient gris clairs avec des reflets irisés semblables aux reflets du soleil sur la glace. Comme la température de son corps était toujours basse, de la glace se formait en permanence sur sa peau et ses habits à cause de l'humidité de l'air. Ellen était en train de lui crier dessus à plein poumon tandis qu'il restait de glace.

- Qu'est-ce qui vous prend de geler tous les points d'eau du village ? Tu n'es pas au courant qu'on a besoin d'eau potable pour vivre ? lui cria-t-elle. Avec mon père on se creuse la tête depuis des semaines pour maintenir une source d'eau viable et vous vous contentez de les geler !

- C'est l'hiver, l'eau est censée geler …, répondit Hector froidement.

Et oui, il n'a jamais été très loquace.

- Mais on n'est pas encore totalement en hiver alors arrêtez de faire ça ! lui rétorqua Ellen, folle de rage. En plus, je te signale qu'on a fait exprès de construire le puits suffisamment profond pour justement maintenir l'eau à une certaine température pour qu'elle ne gèle pas, mais ce n'est pas ce qui est en train de se passer.

- D'accord, très bien …, dit-il en reculant de quelques pas.

- Quoi « d'accord, très bien » ! J'espère que tu vas en toucher un mot aux autres qui maîtrisent la glace pour qu'ils arrêtent !

- Oui …, dit-il avant de partir pour de bon.

Jack s'approcha alors d'Ellen qui fulminait toujours.

- Je suis d'accord que la glace est son élément et qu'ils ADORENT quand tout est gelé. Mais dans ce village, ils ne sont pas tous seuls et ils doivent apprendre à respecter les autres.

- Totalement d'accord, approuva Jack qui voyait là une occasion de se faire bien voir par Ellen. Au fait, tu étais au courant du piège qu'Hugo a mis en place pour protéger son clan ?

- Non, mais ils sont tous tellement flippants que je ne pensais pas qu'ils avaient besoin de ce genre de stratagème pour que les gens ne s'approchent pas d'eux, lui répondit Ellen en fronçant les sourcils. Pourquoi, c'est quoi le piège en question ?

- Oh, ce n'est rien de bien spécial, dit Jack en se donnant un air décontracté.

Il n'appréciait guère Hugo mais ce n'était pas une raison pour divulguer la main cadavérique qu'il cachait sous terre. Ce ne serait plus un piège si tout le monde était au courant de son existence.

- Bon ben, il faut que je rentre pour déjeuner alors à plus ! dit Ellen avec un sourire et en lui faisant signe de la main.

- Oui, à plus, dit Jack.

Le reste de la journée se passa sans encombre. Le soleil commençait à se coucher quand Jack se décida à rentrer chez lui. Plus il avançait à travers les rues du village et plus il faisait sombre. Le soleil, qui avait passé la journée à réchauffer l'atmosphère, manquait désormais cruellement. Avec la nuit qui arrivait, le froid devenait mordant et Jack se mit à grelotter.

C'est alors qu'il fût dépassé à grande vitesse par un éclair jaune qui s'arrêta juste devant lui. Il ouvrit de grands yeux de surprise avant de reconnaître Voltaire. C'était un garçon de seize ans aux cheveux jaunes en épis qui partaient dans tous les sens. Il avait des yeux jaunes électriques qui grésillaient de temps à autre comme si de l'électricité passait dans son iris. Il les protégeait avec des lunettes d'aviateur qu'il mettait quand il courait à la vitesse de l'éclair.

- Qu'est-ce-que-tu-fais-encore-là, je-croyais-que-le-froid-n'était-pas-ton-élément ? demanda Voltaire d'un air taquin. En-plus, il-commence-à-faire-nuit. Fais-attention-de-ne-pas-te-perdre-dans-le-noir. Les-ténèbres-peuvent-être-traîtres-parfois.

Il parlait tellement vite que Jack avait du mal à comprendre ce qu'il disait les trois quart du temps. De toute façon, ce n'est pas comme si Voltaire attendait une réponse de sa part. Il formulait des questions et des réponses avant même que Jack n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche.

- Mais-ne-t'inquiètes-pas, je-vais-y-remédier, dit Voltaire en se mettant à parcourir la rue à la vitesse de la lumière tout en allumant les lampadaires qui la bordaient grâce à son pouvoir électrique.

Arrivé au bout de la rue, il freina aussi sec et releva ses lunettes.

- Et-voilà, vite-fait-bien-fait. Travail-effectué-en-un-éclair ! Il-ne-me-reste-plus-que-trois-rues-à-éclairer-et-la-vie-nocturne-pourra-reprendre !

Il remit ses lunettes et s'éloigna à grande vitesse. C'est alors que Jack lui cria.

- Si jamais je n'ai pas peur du noir, tu n'avais pas besoin de faire ton petit numéro !

La réponse était peut-être un peu tardive, surtout que Voltaire était déjà loin, mais Jack tenait à clarifier la situation. Après tous, de quel droit est-ce que Voltaire osait lui dire de ne pas se perdre dans le noir ? Jack n'était plus un gamin et il savait se débrouiller tout seul. Mais Voltaire avait raison, les ténèbres pouvaient être traîtres parfois. Jack l'apprendra à ses dépens plus tard dans la nuit.

Jack rentra directement chez lui, un peu grognon. Il avançait sur les cendres gelées de la forêt pour atteindre sa maison. Au fur et à mesure qu'il s'éloignait du village, la lumière projetée par les lampadaires s'évanouissait, le laissant dans le noir le plus total. Il entendait encore des exclamations de voix provenant du village. Les gens continuaient à s'amuser alors que lui se retrouvait seul dans le noir.


Hello chers lecteurs et chères lectrices !

J'espère que ce premier chapitre vous a plu. C'est le premier d'une longue lignée. Cela fait un moment que j'avais cette histoire en tête et que je rêvais de la publier, ce qui est chose faite.

Le prochain chapitre promettra d'être riche en émotion pour notre apprenti héro, qui sera témoin du vol d'un objet très puissant. Je vous laisse découvrir de quoi il s'agit dans le chapitre suivant.

A bientôt !