Chapitre 28 : Une chute qui coûte cher

Jack et son équipe étaient enfin arrivés à Mercaglace, enfin plutôt à proximité de cette ville car pour être discrets ils avaient caché le « Pic à Glace » à l'abri d'une forêt située pas très loin.

Ellen avait réussi à ouvrir la porte du wagon donnant sur l'extérieur tandis que Jack et ses amis s'apprêtaient à débarquer pour rejoindre la ville à pied. Elle emmitoufla son visage dans le col montant de sa veste et sauta la première dans la poudreuse immaculée accumulée autour du train. Jack la suivit, puis le reste de l'équipe leur emboîtèrent le pas.

Jack passa alors à la tête du groupe pour tracer un chemin dans la neige que les autres se contentaient de suivre en marchant dans ses pas. Jack n'avait aucun point de repère dans cette étendue blanche dénuée de tout arbre. Il se contenta donc d'aller toujours tout droit en suivant la direction vers laquelle pointait la locomotive car il avait vu sur la carte du tableau de bord que Mercaglace se trouvait juste au bout des rails qui allaient toujours en ligne droite depuis la forêt.

Jack regretta aussitôt de ne pas avoir investi dans des bottes de neige car ses chaussures commençaient déjà à prendre l'eau et à cause de cela, il avait les pieds complètement gelés. Ses jambes n'étaient pas en meilleur état alors qu'il avait de la neige jusqu'aux genoux tandis que son pantalon se recouvrait d'une couche épaisse de neige collante. Jack se mit donc à grelotter de façon incontrôlable tandis que ses pieds et ses jambes le picotaient douloureusement.

- Ils vont nous repérer… avec nos empruntes dans la neige sachant que personne… n'a le droit d'entrer ni de sortir de la ville, fit remarquer John en jetant un coup d'œil derrière lui. Et s'ils les suivent, elles les… conduiront jusqu'au train…

- C'est vrai, je n'avais… pas pensé à cela…, dit Ellen avec inquiétude.

- Je m'en occupe…, annonça aussitôt Hector en se rendant à l'arrière du groupe.

Il passa une main en va-et-vient sur la neige qui se trouvait autour de leurs traces de pas et de la neige s'accumula à l'intérieur jusqu'à remplir complètement le trou, rendant leurs empruntes complètement indétectables.

- Génial, s'exclama Jack en serrant ses crystorites dans ses poches pour se réchauffer les mains. Maintenant que… c'est réglé, on peut continuer d'avancer… car je gèle sur place.

Ils reprirent leur route dans cette neige dense pendant plusieurs minutes jusqu'à apercevoir au loin un mur en pierre qui leur barrait la route.

- J'espère-que-c'est…-Mercaglace, dit Voltaire en serrant ses bras autour de lui. Car-je-ne-sens-plus…-ni-mes-bras, ni-mes-jambes, ni-mon…-nez-et-encore-moins-mes-oreilles.

- C'est un mur de fortification qui entoure la ville…, leur expliqua Hector en continuant d'effacer les traces de leur passage.

- C'est très haut, annonça Arianna en levant les yeux pour observer le sommet du mur. Comment on va faire pour entrer… car je pense que passer par la grande porte… n'est pas une solution envisageable.

- J'en fais… mon affaire, lança John qui soufflait de l'air chaud dans ses deux mains pour réchauffer ses doigts.

Une fois qu'ils furent arrivés à proximité du mur gigantesque, John plaqua une main contre la paroi et des pierres de forme rectangulaire se mirent à sortir légèrement du mur à intervalles réguliers.

- On n'aura qu'à les utiliser… comme prises pour escalader la paroi, leur proposa John. Il faut qu'on s'attache les… uns aux autres pour former une cordée et je me… mettrais devant car j'ai une meilleure adhérence… que vous avec les pierres.

Hugo prit alors la longue corde qu'il avait enroulée autour de lui avant qu'ils ne partent du train et il la passa aux autres qui s'attachèrent soigneusement avec.

- Tout le monde… est bien attaché ? Alors… on va pouvoir y aller, dit John tandis qu'il commençait à grimper le long du mur abrupt avec aisance.

- Ne-va-quand-même…-pas-trop-vite, l'avertit Voltaire tandis qu'il se mettait à grimper à son tour. On-n'est-pas-tous…-des-alpinistes-chevronnés-tu-sais…

Ils grimpèrent ainsi le long de la paroi avec John à l'avant suivi par Voltaire, Hugo, Ellen, Hector, Arianna et Jack qui fermait la marche. Tout se passa bien pendant les premiers mètres mais la fatigue ne se fit pas attendre. En plus, la température glaciale des pierres utilisées comme prises leur gelait les mains, les rendant encore plus engourdies que quand ils se promenaient sous la neige. Jack devait faire un effort inouï pour plier ses doigts et il n'avait plus aucune sensation si bien qu'il ne pouvait pas dire s'il tenait bien sa prise ou non.

- Je vais massacrer Hector qui nous a recommandé de ne pas prendre de gants avec nous, pensa Jack tandis qu'il grimaçait de douleur en tentant de plier ses doigts endoloris.

Ce qui ne rendait pas non plus l'escalade facile était encore une fois de la faute d'Hector. En effet, ce dernier grimpait devant Arianna et Jack et il créait de petits blocs de glace sur chacune des prises qu'ils devaient à leur tour emprunter. Il arriva donc plus d'une fois que Jack ou Arianna aient une main ou un pied qui glissent sur cette glace mais ils arrivaient quand même à se retenir aux trois autres prises pour ne pas tomber dans le vide. Sauf une fois.

Arianna était en train d'essayer d'attraper une pierre un peu éloignée quand son pied gauche glissa, bientôt rejoint par le pied droit. Elle essaya de se rattraper avec la seule main qui tenait encore une prise mais la couche de glace accumulée à sa surface la fit glisser. Elle tomba alors d'un bon mètre en hurlant avant de s'écraser contre le mur, tirant au passage Hector dans sa chute. Mais ce dernier réussit de justesse à former un bloc de glace incrusté au mur autour de ses deux pieds ce qui l'empêcha de tomber. Il n'avait donc que les deux bras qui pendaient dans le vide. Heureusement qu'il avait réussi à se rattraper de cette manière sinon il aurait tiré Ellen en bas, puis Hugo suivi par Voltaire et John aurait eu beaucoup de mal à les retenir tous en même temps.

- Ça va ? demanda Jack à Arianna en grimpant à sa hauteur.

- Oui, ça… a l'air d'aller, lui répondit-elle en grimaçant tandis qu'elle se frottait le bras avec lequel elle avait tapé la paroi de pierre. J'ai juste glissé sur une plaque de… glace et j'ai perdu prise…

- Si tu veux, je peux… passer devant, lui proposa Jack en l'aidant à trouver des pierres auxquelles s'accrocher. Je pense qu'en utilisant… mes crystorites de feu, j'arriverais à faire fondre… un peu la glace en surface et on aura… une meilleure prise.

Arianna accepta d'un signe de tête. Jack sortit alors deux petits morceaux de sa crystorite cassée de ses poches. Il en plaça un dans chaque paume de ses mains et passa devant Arianna pour lui créer un passage praticable. En dehors du fait qu'il avait du mal de grimper en maintenant ses deux crystorites en place en même temps, le plan de Jack fonctionnait plutôt bien. Ses crystorites produisaient suffisamment de chaleur pour dissiper rapidement la couche de glace glissante.

Ils purent alors reprendre leur montée. Après quelques minutes de grimpe des plus pénibles, ils atteignirent finalement le sommet du mur. Ils passèrent par-dessus un muret et se retrouvèrent sur un chemin en pierre encadré par deux murets relativement hauts. Des tours étaient réparties de façon régulière sur le mur et servaient de postes pour observer les étendues désertiques encerclant la ville.

Ils s'assurèrent d'abord que personne ne se trouvait sur cette muraille avant de se faufiler le long du chemin sans bruit. Ils se cachèrent à l'ombre d'une tour pour se remettre de leur escalade périlleuse.

- Aaaaaahhhhhh ! murmura Voltaire avec une grimage de douleur en tenant ses mains bleues devant lui. Je-ne-les-sens…-plus-du-tout, je-n'arrive-même-plus-à-plier…-les-doigts. Je-suis-sûr-qu'ils…-vont-finir-par-tomber…

- Mais non, lui dit Jack en fouillant dans sa poche. Tiens… prends-ça.

Il fourra un morceau de sa crystorite dans les mains de Voltaire et passa les autres éclats au reste de l'équipe sauf à Hector qui n'en avait pas besoin. Jack n'en garda même pas un morceau pour lui car il avait réussi à se réchauffer un peu les mains en tenant sa crystorite lorsqu'il créait un passage de grimpe viable pour Arianna.

- Aaaaaahhhhh ! recommença Voltaire en tentant de fermer ses doigts autour de la pierre brûlante. J'ai-l'impression-d'avoir…-des-pics-qui-me-transpercent…-la-peau !

- Arrête un peu… de te plaindre, lui lança Ellen en jetant son propre morceau de crystorite d'une main à l'autre. On est arrivé, c'est… l'essentiel.

Une fois qu'ils se furent tous un peu réchauffés, ils rendirent ses crystorites à Jack qui les rangea dans sa poche. Puis ils se détachèrent de la corde qui les reliait et se dirigèrent à pas furtifs vers le rebord de la muraille qui offrait une vue plongeante sur toute la ville. Ils s'agenouillèrent près du muret et tentèrent de guigner par-dessus pour voir ce qui se passait en bas.

Mercaglace était composée de maisons ou d'immeubles en pierre constamment recouverts de glace à cause du vent qui traversait les rues et qui projetait en permanence de la neige contre leur façade. La ville était grande et les rues formaient un quadrillage parfait en passant entre les maisons. Des lampadaires en fer forgé figés sous la glace encadraient les rues principales alors que les ruelles adjacentes restaient plongées dans le noir. Le mur de fortification s'étendait très haut autour de la ville en forme d'ovale et il permettait de la protéger non seulement des envahisseurs mais aussi du climat rude de cette région polaire.

Les rues n'étaient pas si peuplées. Le confinement dans lequel la ville était plongée semblait aussi s'appliquer aux habitants qui devaient rester chez eux. En revanche, des groupes de deux ou trois personnes habillées tout en noir faisaient des rondes et dès qu'un passant les apercevait, il faisait aussitôt demi-tour pour ne pas se retrouver sur leur chemin. Jack vit même une vieille dame avec une canne se faire rudoyer par deux malabars qui n'avaient pas l'air commodes.

- La ville est bien gardée, fit remarquer Ellen à voix basse. Même les habitants n'osent plus… s'aventurer dans les rues. On ne va pas passer… inaperçu, même avec… nos déguisements.

- Il faut qu'on… essaie, annonça Jack en sentant un regain d'énergie le gagner malgré le froid ambiant. On n'est pas arrivé si près du but… pour renoncer maintenant. Il faut juste qu'on… reste dans l'ombre, c'est tous…

- Allons déjà essayer de repérer… la crystorite en se faisant remarquer le moins… possible, proposa John.

- Je crois que ton détecteur… nous sera utile pour cette mission, murmura Arianna en tapotant l'épaule de Voltaire.

Ce dernier le sortit de sa poche et l'alluma en prenant garde qu'il soit mis sur silencieux.

- Paré, annonça Voltaire en jetant un coup d'œil à son écran. Pour-le-moment, il-n'y…-a-pas-de-trace-de-notre-pierre.

- C'est normal, lui dit Ellen. Il faut qu'on aille… un peu fouiller la ville et on va finir… par la retrouver.

- Bon, on y va ou… on attend de se faire transformer… en statues de glace ? leur lança Hugo avec agacement. Il faut qu'on se bouge… avant que le soleil ne se couche, sinon vous n'y verrez plus rien… dans la nuit noire et je ne pense pas qu'il serait le… bienvenu de nous éclairer avec une lampe de poche… sur ce territoire hostile.

- Oui, allons-y, approuva Jack en se faufilant le long du muret tandis qu'un mélange d'excitation et d'appréhension le gagnait.

Jack avançait à petits pas et tendait l'oreille pour s'assurer de ne rencontrer aucune patrouille chargée de garder le mur de fortification. Ils finirent par atteindre un escalier en pierre qui descendait à l'intérieur de la muraille.

- Bon, c'est parti, pensa Jack en l'empruntant avec précaution pour ne pas glisser sur les marches recouvertes à la fois de neige et de glace.

Ils arrivèrent dans une ruelle sombre entre deux maisons de plusieurs étages et ils se cachèrent dans la pénombre pour observer le va-et-vient dans la rue principale qui leur faisait face.

- Tout à l'air… calme, murmura Jack aux autres en scrutant les environs. Tu captes quelque chose ?

- Rien-du-tout, lui répondit Voltaire en jetant un rapide coup d'œil à son détecteur.

- Suivez-moi, on va… partir sur la gauche, ajouta Jack.

Après s'être assuré pour la troisième fois que personne ne passerait par-là, Jack se faufila sans bruit jusqu'à la prochaine ruelle. Ils répétèrent ce manège pour remonter la rue principale et ils finirent par arriver devant un pub aux vitres givrées.

- Venez, murmura vivement Jack en leur faisant signe de se cacher dans la ruelle faisant face au pub. Il ne faut pas qu'on nous… voie depuis l'intérieur !

- Oui, ben minute. Ce n'est pas si facile… de se déplacer plier en deux sur cette route… enneigée ! se plaignit Hugo tandis qu'il venait de déraper sur une plaque de glace.

Jack alla se cacher derrière une grande pile de cartons mouillés et défoncés et il se plaça de manière à pouvoir scruter discrètement la vitrine du pub. Il y avait du mouvement à l'intérieur et Jack sursauta en voyant que la porte était en train de s'ouvrir sur quelqu'un. Il attrapa alors Voltaire - qui était le seul à ne pas s'être encore faufilé derrière les cartons - et le tira avec force à l'abri avant de plaquer une main sur sa bouche pour le faire taire.

- … il ne faut pas tarder avant de l'envoyer, on a déjà perdu suffisamment de temps comme ça, dit l'un des deux hommes qui venaient de sortir dans la rue.

Il était long et mince avec des cheveux courts et noirs plaqués en arrière. Ses yeux étaient également noirs avec des paupières toujours à moitié fermées ce qui lui donnait un air indifférent et impérieux. Il portait un trench-coat noir ouvert sur un pull à col roulé en maille noir, un pantalon de la même couleur et des chaussures noires vernies qui ne semblaient pas pratique pour crocher dans la neige. Il se tenait très droit avec ses mains toujours jointes derrière son dos ce qui le faisait paraître menaçant même s'il n'élevait pas la voix.

Jack ne connaissait pas cet homme mais il reconnut par contre presque aussitôt celui qui l'accompagnait, pas à son physique mais à sa voix. C'était la même qu'il avait entendue quand la crystorite avait été dérobée à Ivnor. Il s'agissait donc de l'un des deux voleurs qu'ils poursuivaient, celui qui était un peu stupide et à qui son collègue devait tout expliquer.

Il était petit et rondouillard. Il portait un béret noir qui tombait en partie devant ses yeux et qui dissimulait ses cheveux noirs coupés très courts. Il était moins bien habillé que son collègue, portant une vieille jaquette noire rapiécée de toute part et un pantalon gris – même si sa couleur initiale devait également être le noir - qu'il avait dû retrousser plusieurs fois au fond pour qu'il ne traîne pas sur le sol. Sans parler de ses chaussures noires toutes râpées dont la semelle commençait à se détacher.

Jack fut déçu de constater qu'il ne transportait pas le coffre de la crystorite avec lui mais il était néanmoins très intéressé par ce que les deux hommes se disaient. D'ailleurs, Jack était si captivé par ce qui se passait sous ses yeux qu'il avait complètement oublié qu'il tenait Voltaire avec une main fermement plaquée sur la bouche du malheureux, si bien que Voltaire lui donna un coup de coude pour qu'il le lâche.

- Aïe, désolé, lui murmura Jack en frottant ses côtes endolories sans pour autant détourner les yeux de la scène.

- Mais on n'a pas encore été payé, fit remarquer le voleur. On ne devrait pas plutôt attendre de recevoir l'argent avant de la leur donner ?

- Non, si on retient cette pierre en otage, ils risquent de ne pas apprécier et je n'ai pas envie de les mettre en colère. De toute façon, nous serons récompensés de nos efforts quand les autre Nations seront enfin soumises.

- Mais j'aurais préféré de l'argent…, se plaignit le bandit entre ses dents.

- Ça suffit ! le coupa le type bien habillé avec autorité. Vous avez accompli la mission jusqu'ici avec brio, je dois le reconnaître, mais il reste encore l'étape la plus importante à réaliser. Je veux donc que vous vous occupiez de faire acheminer cette pierre jusqu'à l'endroit indiqué. Et une fois que ce sera fait, nous pourrons rouvrir cette ville. Maintenant va et ne me déçois pas.

- Oui, chef, répondit le bandit à contrecoeur.

Ils s'éloignèrent chacun dans une direction opposée, puis de la fumée noire apparue dans la rue avant de disparaître aussitôt. Jack détacha enfin ses yeux du pub pour constater que tous les regards étaient posés sur lui.

- Quoi ? demanda-t-il à voix basse.

- C'est ce type qui a dérobé la… crystorite surpuissante à Ivnor ? lui demanda Arianna.

- Lequel, le-grand…-ou-le-petit ? demanda à son tour Voltaire en se grattant la tête. Il-y-en-avait-deux…-je-te-signale.

- Si tu avais un peu suivi tu saurais… qu'on est en train de parler du petit. L'autre c'est… son chef qui l'a envoyé accomplir… cette mission, lui expliqua Ellen. Et vous avez entendu ? La crystorite se trouve… encore ici mais plus pour très longtemps.

- C'est cela qui est inquiétant, ajouta John. En plus, ils n'ont… pas dit où ils allaient l'envoyer, donc… on sera bien embêté si elle venait à quitter Mercaglace… avant qu'on lui ait mis la main dessus.

- Il faut qu'on rattrape… le bandit, dit vivement Jack qui venait de se rendre compte de l'urgence de la situation. Il a été chargé de l'envoyer… quelque part sur le champ, il doit donc sûrement se rendre… en ce moment-même vers sa cachette.

- Attendez, où est… Hugo ? demanda soudainement Arianna en regardant autour d'elle.

- J'en-sais-rien-mais-par-contre, je-suis…-sûr-qu'il-était-à-côté-de-moi-pendant-la-discussion-entre-les-deux-sales…-types-car-il-m'a-écrasé-le-pied-quand-j'ai-voulu-réprimander…-Jack-de-m'avoir-bâillonné-de-la-sorte. D'ailleurs-je-n'ai-pas…-beaucoup-apprécié…, commença à se plaindre Voltaire en pointant Jack avec un doigt menaçant.

- Désolé, mais on n'a pas… le temps pour ça, ni pour retrouver Hugo d'ailleurs. Il ne faut pas… qu'on perde la trace du bandit, annonça Jack en sortant de leur cachette.

Ils se faufilèrent alors à pas furtifs en plein au milieu de la rue principale sans plus se soucier d'aller se cacher dans chacune des ruelles qu'ils croisaient. La priorité numéro une était désormais de retrouver ce bandit pour découvrir la cachette secrète de la crystorite, c'était tous ce qui comptait aux yeux de Jack. Ce dernier se mit même à trembler non seulement de froid mais aussi d'excitation à l'idée d'être aussi proche de son but. Ils essayaient de repérer des traces de pas dans la neige qui auraient pu leur donner une indication sur le chemin emprunté par le bandit.

Jack était si absorbé par l'idée de retrouver enfin la crystorite qu'ils pourchassaient depuis des jours qu'il se mit à courir à toute vitesse sans se soucier des environs tandis que le reste de son groupe avait du mal à le suivre.

Il entendit soudain des voix au loin ce qui le fit reprendre conscience de son environnement et il tenta de s'arrêter en bloquant ses pieds dans la neige. Le problème était qu'il avait pris tellement de vitesse que ce soudain freinage le fit déraper sur une plaque de glace et il tomba sur le dos en continuant de glisser. Il finit par arriver en plein au milieu d'un carrefour tandis que deux gardes venaient de la rue adjacente. Ces derniers se stoppèrent net en voyant Jack s'arrêter devant eux.

Rien ne se serait passé si Jack n'avait pas fait tomber son capuchon lors de sa violente chute, révélant ainsi ses cheveux jaunes et rouges qui dénotaient fortement par rapport aux cheveux blancs des habitants. Jack et les deux gardes se regardèrent un moment sans bouger ni dire quoi que ce soit, puis les gardes se mirent à courir en direction de Jack en donnant l'alerte.

- UN INTRUS ! hurla l'un des deux gardes tandis que Jack essayait de se remettre sur ses pieds pour déguerpir.

Jack se releva et se mit à courir dans la direction opposée à laquelle il était venu. Les deux gardes tentèrent de changer de cap pour le rattraper mais ils commirent la même erreur que Jack en freinant brutalement. Ils glissèrent sur la même plaque de glace qui avait fait tomber Jack et ils allèrent s'écraser dans la maison en face d'eux.

- COUREZ ! hurla Jack à ses amis en les dépassant et ils repartirent tous en sens inverse tandis que les gardes se relevaient péniblement.

- DES INTRUS ! cria à son tour l'autre garde en constatant que Jack n'était pas seul alors qu'ils se remettaient à leur poursuite.

- Félicitation. On-a-essayé-de-se…-la-jouer-discret-et-voilà-qu'on-a-toute-l'armée-à-nos…-trousses, le félicita Voltaire qui n'avait pas de mal à courir à côté de Jack tandis que d'autres gardes rejoignaient les deux premiers.

- La ville… est remplie de… gardes. Il faut qu'on… parte… d'ici et qu'on… retente… notre chance une… autre fois, proposa John qui était à bout de souffle.

- On… ne… peut pas. Ils… vont… déplacer… la… crystorite… aujourd'hui, fit remarquer Ellen qui avait du mal à garder le rythme.

- Alors tout… est fichu, ajouta John avec dépit.

Ils couraient en zigzagant parmi les ruelles ce qui n'était pas une très bonne idée car au fur et à mesure qu'ils avançaient, le nombre de gardes les pourchassant ne cessait de croître. En plus, Ellen, Arianna, John et Hector commençaient à fatiguer et à ralentir le pas et les attaques qu'ils tentaient pour ralentir les gardes étaient insuffisantes vu leur nombre.

Jack était en train de se creuser les méninges pour se sortir du mauvais pas dans lequel il les avait tous fourrés mais rien ne lui venait à l'esprit. Mais il n'eut pas le temps de réfléchir d'avantage car il sentit soudain que quelque chose venait de saisir ses deux chevilles et le soulevait dans les airs à l'envers. Jack se retrouva alors la tête en bas tout comme ses amis. Ils pivotèrent ensuite tous sur eux-mêmes pour faire face à l'homme grand et mince qui était sorti du pub tout à l'heure, le chef des bandits.

- J'aurais pensé qu'on nous enverrait plus qu'une bande de gamins pour nous arrêter, dit l'homme en les regardant un à un avec un sourire au coin qui ne présageait rien de bon. Les autres Nations nous prennent vraiment pour des débutants. C'est navrant… . Faisons les disparaître à tout jamais et nous n'aurons plus rien en travers de notre route.

- Ah, mais-on-ne-sait-pas…-ce-que-vous-manigancez, tenta Voltaire pour leur défense. On-est-juste-de-simples…-et-honnêtes-touristes…

- Emmenez-les et enfermez-les avec l'autre gosse qu'on a capturé, dit l'homme à la dizaine de gardes qui les avaient poursuivis dans toute la ville.

- Non, attendez…, lui dit Jack en tentant d'attraper les liens qui lui attachaient les pieds mais il fut surpris de constater que ce n'était qu'une fumée épaisse et grise.

L'homme s'éloigna à grands pas tandis que Jack et son équipe furent tous amenés, la tête toujours en bas, dans une forteresse de pierre sans fenêtres. L'édifice était à la fois immense et austère, surtout à l'intérieur. Il n'était bien sûr pas chauffé alors des plaques de glace se formaient de-ci de-là sur le sol et les murs à cause de l'humidité et les lampes pendantes du plafond n'éclairaient que faiblement les couloirs étroits qu'ils traversaient. Ils finirent par arriver dans une salle où trois cellules s'alignaient. Elles étaient collées les unes aux autres et seulement séparées par des barreaux en fer ce qui permettait aux prisonniers de communiquer entre eux.

Avant d'être relâchés de leurs liens de fumée dans la cellule du milieu, Jack et son équipe furent dépossédés sans ménagement de tous ce qu'ils avaient dans leurs poches. Puis les gardes refermèrent la porte de la cellule avant de dissiper la fumée qui les retenait tête en bas et ils s'écrasèrent lourdement sur le sol avant de se relever.

- Revenez, vous-ne-nous-avez-pas-lu-nos-droits, s'exclama Voltaire en se mettant à secouer les barreaux de la cellule tandis que les gardes quittaient la salle. Vous-ne-m'avez-pas-dit-que-j'avais-le-droit-de-garder-le-silence !

- Tu l'as, le droit de garder le silence, lui dit Arianna pour le faire taire.

- Eh-bien, c'était-vraiment-l'une-de-tes-plus-belles, ajouta Voltaire à l'adresse de Jack. Nous-faire-repérer-de-façon-aussi-rocambolesque-alors-qu'on-devait-être-discret…

- Je n'ai pas fait exprès, se défendit Jack avec amertume. On était en train de perdre la trace du bandit et avec lui la cachette de la crystorite. Je n'aurais jamais pensé que le sol pouvait être aussi glissant…

- Ça n'a plus d'importance, soupira Ellen avec dépit. La crystorite est envoyée en ce moment-même dans un endroit qui nous ait inconnu et on est aussi près de sortir d'ici que de la récupérer.

- Je ne te croyais pas aussi défaitiste, dit soudain une voix très familière depuis la cellule située à droite de la leur.

Ils sursautèrent tous en entendant cette voix et ils se retournèrent pour découvrir qu'il s'agissait d'Hugo qui était caché dans la pénombre et qui se tenait non nonchalamment appuyé contre un mur.

- Toi ! lui lança Jack en fronçant les sourcils. Tu étais où quand on poursuivait le bandit pour découvrir où ils avaient entreposé la crystorite ?

- Alors vous avez remarqué mon absence ? leur dit Hugo d'une voix traînante. C'est touchant. Mais disons que le sort de cette crystorite m'importe peu. J'avais quelque chose de plus important à faire.

- Quelque chose de plus important que de retrouver l'objet pour lequel on s'est cassé la tête à affronter tous les dangers possibles et inimaginables pendant des jours ? lui demanda Jack qui n'en croyait pas ses oreilles.

- Je suis désolé de vous l'apprendre mais pour moi cette crystorite n'a toujours été qu'un vulgaire caillou de feu sans importance. En plus, qui maîtrise ce pouvoir en dehors de ce crétin ? ajouta Hugo en pointant Jack de la tête.

- Alors pourquoi tu as autant insisté pour venir avec nous ? lui demanda Ellen. Si je me souviens bien, c'est toi qui t'es proposé pour nous accompagner ?

- Ça montre que j'ai bien réussi à vous duper, leur annonça Hugo avec indifférence. Car mon seul et unique but a toujours été de venir à Mercaglace pour retrouver quelqu'un. J'en rêvais depuis que je suis tout petit, depuis que j'ai toujours eu à me défendre tout seul contre tout le monde. Je pensais avoir réalisé mon rêve en arrivant ici mais il a été au contraire brisé en mille morceaux puisque c'est à cause de lui que je suis dans cette cage…

Jack se souvint avoir vu un nuage de fumée suivre le chef des bandits après qu'il eut donné l'ordre à son sous-fifre d'envoyer la crystorite quelque part. Jack réalisa alors qu'il avait dû s'agir d'Hugo puisqu'il avait soudainement disparu sans que personne ne s'en rende compte.

- Tu es en train de parler de ce grand type avec les cheveux plaqués en arrière, celui qui donnait des ordres au petit et qui nous a fait jeter en prison ? lui demanda Jack en levant un sourcil. Mais pourquoi est-ce que tu tenais tant à le rencontrer ? C'est qui ce type ?

- Ce type abject et méprisant est mon… père, leur apprit Hugo d'une voix pleine de ressentiment.

Cette annonce jeta un froid sur le groupe. Ils restèrent tous stupéfaits par cette nouvelle inattendue et surprenante.

- Tu voulais juste rejoindre Mercaglace pour retrouver… ton père ? lui demanda Ellen en essayant de comprendre.

- Bien sûr, quel gamin ne rêve pas de cela ? Ma mère m'a raconté qu'elle s'était séparée de lui quand il a commencé à avoir des idées de grandeur. J'étais tout petit à l'époque et nous vivions tranquillement à Sorcasomb mais c'était un peu « trop » calme pour lui. Il voulait renverser les choses, que la société se souvienne de lui, de son nom, alors que je lui répétais sans arrêt que moi je me souviendrais de lui. Mais il n'avait que faire de moi. Il s'est associé à un groupe de malfaiteurs et ils ont dû fuir Sorcasomb car personne ne voulait d'une bande ayant aussi mauvaise réputation. Nous sommes donc partis pour suivre mon père mais ma mère a commencé à ne plus supporter son comportement. Il délaissait sa famille pour répandre à la place le chaos et la désolation autour de lui. Ma mère a alors posé un ultimatum. C'était soit il poursuivait sa soif de pouvoir, soit il s'occupait de sa famille et je vous laisse deviner ce qu'il a choisi puisque nous sommes tous ici aujourd'hui.

Il marqua une pause tandis qu'il se mettait à trembler de colère, visiblement bouleversé parce qu'il avait vécu dans son enfance.

- Elle l'a quitté et elle s'est installée avec moi à Ivnor car elle n'osait plus remettre les pieds à Sorcasomb après que mon père ait fait autant de grabuge là-bas. Et surtout elle espérait m'élever loin de la folie de mon père. Mais l'idée de le retrouver un jour a grandi en moi. J'étais persuadé que je serais capable de le ramener sur le droit chemin mais je réalise aujourd'hui que je m'étais lourdement trompé. Quand je l'ai reconnu devant le pub, je l'ai suivi discrètement mais il a fini par me repérer. Je lui ai alors avoué qui j'étais - c'est-à-dire son fils – mais il m'a ri au nez en disant qu'il n'avait jamais eu de fils. Je lui ai ensuite raconté des éléments de notre passé commun pour lui prouver que je n'étais pas un menteur ou un escroc. J'étais en plein au milieu de mon récit quand il m'a coupé avec un rictus mauvais. Il m'a dit qu'il savait très bien qui j'étais, qu'il m'avait reconnu dès qu'il m'avait vu mais que je ressemblais beaucoup trop à ma mère, que je n'arriverais donc jamais à partager complètement ses idéaux et qu'il ne pouvait se permettre que je me mette au travers de son chemin. C'est pour cela qu'il ne me considérait pas comme son fils. Puis il m'a jeté ici, conclu Hugo en montrant sa cellule d'un geste de la main. J'ai risqué ma vie pour le retrouver et il m'a rejeté de la sorte sans se soucier une seconde de mon sort…

Hugo s'arrêta en voyant qu'Ellen, Arianna et Voltaire pleuraient à chaudes larmes en l'écoutant.

- Non, mais je ne vous ai pas raconté mon histoire pour que vous ayez pitié de moi ! C'était juste pour vous faire comprendre pourquoi je n'en ai plus rien à faire de retrouver cette foutue crystorite volée, leur lança Hugo avec mauvaise humeur.

- Désolé-mais-ton-histoire-est-tellement-triste ! lui annonça Voltaire en s'essuyant les yeux avec la manche de sa veste. J'ai-toujours-cru-que-tu-agissais-en-égoïste-insensible-et-arrogant-pour-te-donner-un-genre-mais-en-réalité-ton-papa-te-manquait.

- Quoi ? Alors déjà je ne cherche jamais à me donner un genre et ensuite mon père ne me manquait pas, je voulais juste avoir une petite conversation avec lui, se défendit Hugo.

- Et tu lui as parlé de nous lors de ta « petite conversation » ? lui demanda Jack d'un air suspicieux car il ne s'était pas laissé attendrir par l'histoire tragique d'Hugo.

- Il se pourrait que je lui en ai touché un mot ou deux mais c'était uniquement pour justifier ma présence à Mercaglace alors que la ville est en confinement, avoua Hugo.

- C'est pour cela qu'il savait qu'on était à la recherche de la crystorite volée. Il a même cru que c'était les autres Nations qui nous avaient envoyés, se remémora Ellen.

- Alors tu nous as vendus ? lança Jack à Hugo avec colère. Tu lui as révélé notre plan sans te soucier de notre sort ?

- Comme je te l'ai déjà dit, je n'en ai rien à faire de cette crystorite de feu. Et en plus - d'après ce que j'ai compris - vous vous êtes très bien faits prendre tout seuls, annonça Hugo à l'intention de Jack qui se mit à rougir de honte. Vous n'avez pas eu besoin de moi pour cela.

- C'était un accident, murmura Jack en croisant les bras mais il fut interrompu par des bruits de pas qui se rapprochaient de leurs cellules.


Hello chers lecteurs et chères lectrices,

Nos aventuriers étaient si près du but mais l'impatience de Jack a réduit leur chance de récupérer la crystorite à néant. A présent ils sont emprisonnés dans cette ville de glace et Hugo leur révèle en plus qu'il prévoyait de les trahir dès qu'ils l'ont accepté dans leur équipe. Mais cette trahison a un goût amer pour ce dernier puisque son père l'a rejeté à nouveau sans se soucier de tous ce qu'Hugo a traversé pour le retrouver.

L'avenir parait très incertain pour notre héro, autant pour le sort qui est réservé à son équipe que pour celui de la crystorite volée. Nos aventuriers devront redoubler de courage pour affronter ce qui les attend.