Yo ! Alors … Forcément, c'est moi qui ai donné le thème alors j'avais des idées vagues mais rien de précis. Du coup le texte est vague. Voilà. Le thème, c'est le titre, Ne vole jamais plus haut que les sapins, ça me donne l'impression que je l'ai bien respecté. C'est donc écrit pour les 24h du FoF, en 20 minutes.

Pour celleux qui auraient lu l'OS L'idiote, la studieuse et la traînée, c'est peut-être l'idiote de cette histoire-là, mais je n'en suis pas encore certain. En tout cas elle sait compter.

Bonne lecture !

Ne vole jamais plus haut que les sapins

Comme un vertige qui te prend, quand tu es allongée là. C'est ton endroit, ton endroit préféré, très précisément. C'est quelque chose qui n'appartient qu'à toi. Tu penses que ta mère ne comprendrait pas. Ta grand-mère non plus. Même le Chien ne comprendrait pas. Lui, au moins, il comprend qu'il ne comprend pas. Il reste assis à l'orée de la forêt, à l'ombre des sapins quand toi tu t'avances. Tes pieds nus s'écorchent un peu contre les cailloux et les épines et rapidement la mousse apaise les brûlures, et puis l'herbe qui garde en elle l'humidité de la terre. Ça sent bon. Qu'est-ce que ça sent bon.

Tu comptes tes pas : tu fais ça pour ne pas te perdre. C'est une des seules choses que tu as apprises, et celle-ci tu l'as apprise toute seule. La maîtresse avait bien essayé de te faire compter. Mais elle disait que tu n'y arriverais jamais. Que tu étais trop bête. Mais tu sais compter tes pas, tu comptes dans ta tête parce que si tu parles ta voix te distrait et tu oublies que tu comptais. Il y a exactement deux cent quarante-huit pas entre la lisière de la forêt et la clairière où tu vas t'allonger. Ces deux cent quarante-huit pas, tu les as faits seize fois, aujourd'hui, c'est la dix-septième, et le retour ce sera la dix-huitième. C'est beaucoup de pas, tout ça.

Deux cent treize, deux cent quatorze, deux cent quinze, deux cent seize, deux cent dix-sept, deux cent dix-huit, deux cent dix-neuf, deux cent vingt, deux cent vingt-et-un, deux cent vingt-deux …

Après le deux cent vingt-troisième pas tu t'arrêtes. Tu regardes à droite parce qu'il y a un oiseau qui chante. Tu fermes les yeux, tu visualises très fort un deux, un autre deux et un trois, pour ne pas oublier mais pouvoir écouter quand même le chant de l'oiseau. C'est difficile, et quand tu ouvres à nouveau les yeux le monde tourne un peu et il y a des points noirs qui font vaciller tes yeux. Tu réfléchis. Longtemps. Tu es un peu essoufflée, et puis ça reprend. Voilà, c'est ça. Deux cent vingt-quatre, deux-cent vingt-cinq … Tu ne sais pas combien de temps dure ce trajet. Tu sais que ça n'est pas long, mais les heures et les minutes sont un monde que tu ne connais pas. C'est quelque chose d'inaccessible, de fatiguant, de strict. Et puis c'est une drôle d'idée. Ta mère a essayé, une fois, de t'expliquer pourquoi parfois il était six heures et il faisait nuit et parfois il était six heures et il y avait le soleil. C'était une drôle d'histoire qu'elle t'avait racontée.

Deux cent quarante-huit, tu es au milieu de la clairière. Tu t'allonges.

Comme un vertige qui te prend. Ou une nausée. Tu te sens aspirée, attirée par le ciel et tu sens que tu voles. Ton corps ne touche plus le sol. C'est ton moment magique à toi, ton estomac flotte dans ton ventre et respirer te fait tout drôle, comme si l'air était soudain plus lourd, suffisamment lourd et fort pour te porter. Tu t'envoles, et tu n'oses plus fermer les yeux. Tu vois le sommet des sapins, et le ciel. Tu plonges, et ce n'est pas grave si tu ne sais pas nager, pas grave non plus si le Chien n'est pas là pour te sauver parce que tu ne peux pas te noyer, juste te perdre un peu, et vivre avec l'assurance légère que personne ne te trouvera jamais ici parce que tu es parfaitement seule, seule avec le monde, et tu sais que tu lui appartiens.

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Voilà ? Je sais pas, ça m'apaise, juste. Je me sens bien.

A bientôt peut-être ?