Il est dix-huit heures lorsque je termine ma journée de travail. Sincèrement, je suis bien content d'en avoir terminé car les clients se sont encore fait rare aujourd'hui. Ma pauvre mère, si elle me voit des cieux, doit se montrer déçue. Pourtant, ce n'est pas faute de faire de mon mieux.

En retirant la clef de la serrure, je suis tout de même content. En effet, j'ai pu tuer le temps en rédigeant quelques lignes au sujet du règlement de Sphéria. Bien sûr, je suis soulagé d'avoir un peu avancé mais je me dois de le terminer rapidement.

Lorsque je me retourne pour décoller, je manque d'entrer en collision avec un passant. Ne regardant pas à quoi il ressemble, je bredouille des excuses mais c'est à sa réplique que mon attention se veut plus précise.

- Tu ne fais pas les choses à moitié quand tu dragues quelqu'un.

Posant les yeux sur la personne qui se tient face à moi, je me rends compte qu'il s'agit de Noah. Content de voir que nos routes se croisent encore dans cette même journée, je reste curieux de connaître les surprises qu'elle me réserve encore.

- Tu viens de terminer ta journée ? Me demande-t-il.

- Oui et tant mieux.

- A ce point ?

Malheureusement ouais. Au tout début, je me suis montré heureux de reprendre l'affaire familiale. Maintenant, je perçois les choses d'une toute autre façon. Bien sûr, je ne vais pas me débarrasser de cette boutique mais je me vois mal y passer une partie de ma vie.

- Tu es d'accord pour qu'on se pose au quartier ?

- Pourquoi pas ?

Ensemble, nous empruntons le chemin du retour et lors de notre progression, l'homme discute. Suite à son achat dans la matinée, il n'a guère perdu de temps. Ne fois arrivé chez lui, Noah a pris une photo par l'intermédiaire de son téléphone portable avant de la faire parvenir à sa mère.

Visiblement, cette dernière s'est montrée conquise.

- Cela me rassure de avoir que l'une des rares ventes de la journée trouve grâce aux yeux de quelqu'un.

- Ton commerce va si mal ?

- Le ventes sont plus nombreuses mais pas au point de me dégager plusieurs salaires.

- Ne baisse pas les bras.

- C'est ce que je fais.

Mais ma patience risque d'atteindre ses limites très bientôt. Bien que j'y réfléchis beaucoup, je ne vois pas de quelle manière je pourrais aider les ventes.

A la prison de O., William s'est vu confier un boulot supplémentaire qu'il s'est empressé d'accepter : celui d'employé de la bibliothèque. Après tout, ce n'est pas parce que les hommes enfermés ici sont des criminels qu'ils n'ont pas le droit à un peu de culture.

Comme quoi, être sous la protection des gitans peut avoir du bon. Cependant, William sait que sa vie sera en danger au moindre écart de sa part.

Tout en rangeant les livres empruntés qui sont revenus, le tueur reconnaît que ce poste sera d'une grande utilité. En effet, il pourra effectuer un repérage parmi les prisonniers en vue d'un éventuel recrutement. Dès que son clan sera complet, il ordonnera un joli ménage.

- Ainsi, adieu la menace gitane.

A plusieurs kilomètres de la structure carcérale, je me tiens assis sur le banc installé sous la fenêtre de mon appartement. A mes côtés, Noah. Depuis tout à l'heure, nous discutons de choses et d'autres lorsqu'il évoque un certain sujet.

- J'ai fait la connaissance d'un mec en venant me poser sur ce banc, tout à l'heure.

- Lequel ?

- Greg.

- Il est super sympa.

- Ouais mais quel bavard !

A cet instant, Noah me recommande d'être prudent avec ce dernier, surtout au niveau de sa langue. Intrigué, je cherche à comprendre le besoin d'une telle mise en garde. Sans langue de bois, l'homme m'explique le pourquoi.

- Il m'a dit que tu souhaites mettre un gang sur pied. Sphéria, si ma mémoire est bonne ?

Là, je ne dis plus rien. Abasourdi par cette révélation, je n'ose croire que Greg balance mes projets surtout lorsque l'un d'entre eux est censé être secret. Sans hésiter, je sors mon téléphone portable d'une des poches de mon pantalon et me voilà en train d'écrire un message.

Pendant ce temps, Noah se fait curieux.

- Tu vas vraiment le faire ?

- A quel propos ?

- Sphéria ?

- Oui.

- Je peux en être ?

- Je ne sais pas.

Après tout, je ne le connais pas des masses. Devant mon incertitude, Noah s'inquiète de la confiance que je lui porte. Tout occupé à envoyer mon message à Greg, je lui dis clairement que je ne tiens pas à faire entrer n'importe qui au sein de mon gang. Vexé, Noah m'offre une confidence.

- Tu sais, si je suis revenu dans le coin, c'était pour toi.

- Ha ?

- Ouais mais il faut croire que tu préfères ceux qui te trahissent.