Vingt-deux heures du soir. La nuit est presque entièrement tombée sur notre quartier qui, peu à peu, se vide de l'animation de la journée. Bien que je me sois restauré avec mon dîner, j'ai ressenti le besoin de m'isoler dans l'ancien local d'Astra.

Depuis la descente, rien n'a bougé ici et je me rends compte que j'ai du mal à me détacher de cet endroit. Portant une cigarette à mes lèvres, j'ai veillé à emmener un bloc-notes pour m'en servir de support. Le futur règlement de Sphéria posé sur la partie rigide, je continue à y allonger quelques lignes.

Plongé dans mes réflexions, je n'entends pas celle qui pousse actuellement la porte d'entrée du local. Dès que Sarah se tient à proximité de moi, je tourne mon regard vers le sien.

- Règlement de Sphéria ?

Aussitôt, je tourne le bloc-notes pour que la femme ne puisse en lire davantage. Malheureusement, sa curiosité est attisée et je vais devoir user de malice pour la conduire dans une autre direction.

- C'est une nouvelle chanson.

- Tu as la passion de l'écriture ?

- Oui et pas qu'un peu. D'ailleurs, ma vie pourrait changer très bientôt grâce à ce loisir.

- Ha bon ?

En guise de réponse, je me contente de hocher positivement de la tête. Pendant ce temps, Sarah passe devant moi afin de se poser sur le canapé. Une fois dessus, le membre féminin libère un soupir qui attise mon indiscrétion.

- Tout va bien ?

- Oui… Je suis juste en train de me faire à l'idée que je vais devoir gérer deux emplois du temps.

- Ha ?

- Ouais. En clair, je suis en train de te faire comprendre que j'accepte ta proposition d'embauche.

- Vraiment ?

A cette nouvelle, un soulagement m'habite brusquement. Désormais, je compte un problème en moins mais une nouvelle tâche va se rajouter à celles en cours. Pourtant, elle ne me demandera pas beaucoup d'action de ma part.

Si je peux, je m'en charge dès demain matin.

- Quand dois-je commencer ?

- Lundi matin, cela te convient ?

- Deux jours pour me préparer… je pense que oui.

- Si c'est trop tôt, on peut partir sur un mercredi.

- Merci mais je serais là lundi.

A la prison de O., William se préparait à dormir dans son lit lorsque du bruit en provenance de l'unique porte se fait entendre. Intrigué, l'homme se relève pour s'asseoir sur le bord du matelas. En guettant la lumière qui passe sous l'accès, l'occupant de la cellule y remarque une activité.

N'attendant pas de ne plus être seul, William se lève et traverse la pièce pour rejoindre le lavabo. Là, il y allume le néon et se tourne vers la porte qui s'est ouverte pendant ses actions.

- Bonsoir, lui lance Scott.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

- Nous devons discuter.

- Je n'ai rien à te dire.

Tandis que le gardien ferme la porte pour que Scott ne soit pas dérangé, ce dernier attrape la seule chaise de la cellule afin de se poser dessus. Une fois installé, mon ami d'enfance n'y va pas par quatre chemins.

- Daryl est venu me trouver dans la journée. Visiblement, tu es au service d'Andalouse.

- Ouais et … ?

- Tu ne recules devant rien.

- Rassure-moi, tu as aussi fait la leçon à Daryl ?

- Oui.

- Bizarre mais j'ai du mal à te croire.

William ne montre aucun signe de crainte, ce qui n'était pas le cas il y a de cela quelques jours. Est-ce le fait d'avoir été recruté par les gitans qui lui a fait gagner de la confiance ? Scott n'aime pas du tout cette constatation.

- Tu sais que tu risques gros ? Poursuit-il.

- Depuis quand t'inquiètes-tu pour moi ?

- Je ne suis pas un monstre, contrairement à toi.

Suite à cette réplique, les nerfs de William ne tardent pas à être à vifs. S'il n'avait pas un bras en écharpe à l'heure actuelle, l'homme aurait tenté de mettre une raclée à celui qui se tient pas très loin de lui. Peut-être solliciter l'aide de ses nouveaux bienfaiteurs en passant par Daryl ?

- J'ignore si tu es au courant mais je risque de sortir d'ici.

- En quel honneur ?

- L'un de tes nouveaux amis a vendu la mèche suite au lavage de cerveau qu'on m'a fait subir.

- C'est impossible !

- Pourtant, je suis des séances avec un hypnotiseur et les premiers résultats ne se sont pas fait attendre bien longtemps.

Doutant fortement des dires de Scott, William tente l'activer en prononçant la phrase magique. Là, l'ancien leader le regarde et lui sourit. Surpris, le criminel recommence une nouvelle fois mais là encore, son visiteur ne bouge pas d'un cil.

- Demandes-toi à quoi jouent tes petits copains.

- Tu ignores leurs projets.

- Et visiblement, je ne suis pas le seul.

Au commissariat de M., la ville dans laquelle je réside, Audrey est en charge de l'accueil téléphonique pour la nuit. Jusqu'à présent, la demoiselle a dû envoyer ses collègues pour une intervention et ces derniers ont fait leur travail sans opposer de résistance.

Avec l'enquête qui est en cours, il est normal que la plupart se montre professionnelle. Cependant, Audrey est occupée sur une toute autre affaire : celle du fameux téléphone portable. D'ailleurs, ce dernier a été confié à une équipe scientifique pour un relevé d'empreintes.

A l'heure actuelle, la policière attend de recevoir les résultats en observant la boîte mail de son lieu de travail. Alors qu'elle effectue une mise à jour de la page, Audrey entend l'ouverture de la porte d'entrée du commissariat. Curieuse, la dame lève la tête et constate que c'est Rachel qui est venue la rejoindre.

Celle-ci s'avance jusqu'à la banque d'accueil et se montre polie :

- Bonsoir Audrey.

- Bonsoir.

- Comment s'annonce la nuit ?

- Tranquille pour le moment.

A sa place, Rachel aurait du mal face à ce manque d'animation. Elle qui aime être sur tous les fronts, comment sa collègue peut rester aussi sereine ? Ne travaillant pas ce soir, celle qui est arrivée évite de se glisser de l'autre côté du mobilier de réception.

- Les résultats du relevé sont tombés ?

- Pas encore et cela m'énerve un peu.

Audrey énervée ? Voilà qui n'est pas vraiment son genre. De toute façon, les deux femmes connaissent déjà une partie de ceux qui ont possédé le téléphone portable. Reste à savoir maintenant qui sont les autres personnes. Selon les noms qui pourraient tomber, des arrestations auront sûrement lieu.

- L'enflure est de service ce soir ? Demande Rachel.

- Il a été relevé de ses fonctions jusqu'à nouvel ordre.

- Il n'a pas dû apprécier.

- Si tu savais…

Audrey était présente le jour où le chef du commissariat a convoqué celui qui pose problème. Au tout début, un grand calme émanait du bureau et la policière fut surprise. Ensuite, un premier éclat de voix a déchiré ce silence, avant qu'une avalanche de protestations et de rage prennent la suite. Lorsque la porte du bureau fut claquée après la sortie de son collègue, la femme pensait qu'une vengeance se serait exprimée mais au final, beaucoup de bruits pour rien.

Cependant, l'incident est encore assez récent et des événements peuvent se produire.

- J'espère que cette merde sera renvoyée définitivement.

- Et condamnée par la même occasion.

Audrey effectue une nouvelle mise à jour et cette fois, un nouveau mail fait son apparition. Ravie, la femme lit son titre et comprend que les résultats tant attendus viennent de tomber.