En me posant sur le banc, ce soir, j'étais loin de me douter à quel point les prochaines heures allaient être difficiles. Lorsque j'avais réalisé que Rachel serait en difficulté pour conduire suite à l'attaque de Scott, mon grand cœur a parlé pour moi. Alors que Daryl tentait l'impossible pour maîtriser le leader, j'ai rejoint la demoiselle jusqu'à sa voiture tout en lui proposant de prendre sa place devant le volant.

Cette dernière ne pouvait refuser, surtout qu'elle s'était montrée incapable d'ouvrir la portière côté passager. En me glissant dans l'habitacle, je me suis penché au-dessus de son siège pour me saisir de la poignée. Attrapant les clefs du véhicule que la collègue d'Audrey me confiait tout en montant sur son fauteuil, je fus rapide pour les glisser dans le démarreur.

Peu de temps après, nous voilà devant le dernier stop du quartier, évitant de regarder ce qui se passe derrière nous. Pourtant, les appels du rétroviseur furent séduisant.

- Où dois-je te conduire ?

Suite à cette question, j'ai enfoncé la pédale d'accélérateur afin de faire avancer le véhicule et mon premier choix s'est porté sur la rue faisait face à la nôtre : celle du château d'eau. Tout en roulant doucement, j'attendais la réponse de celle qui reposait à mes côtés mais silence total. Avec un peu de malchance, Rachel était en état de choc.

•••

Désormais, nous sommes dans le commissariat. Je doute que cet endroit puisse assurer notre sécurité mais j'ai préféré me fier à l'avis de Rachel. Celle-ci, sans daigner un seul regard dans ma direction, s'est empressée d'avaler les centimètres du couloir d'entrée pour mieux s'écrouler sur le bureau d'accueil. Volant à son secours, la gardienne de la paix s'est relevée et a attrapé le téléphone qui reposait sur le mobilier.

- Tu contactes des renforts ?

- Ouais et après, je m'occupe des secours.

Comme elle parvient à se débrouiller, je l'abandonne pour surveiller la porte d'entrée. Si jamais Scott devait se pointer, je pourrais toujours me proposer comme barrage afin d'offrir une chance à la blonde. Tout à coup, j'entends la voix féminine.

- C'est Rachel. J'ai besoin de renforts au commissariat immédiatement. Préviens des collègues et grouillez-vous !

Après cette série d'ordres, un second appel a lieu mais cette fois, ce sont les secours médicales que la demoiselle tente d'avoir. Pendant ce temps, je réfléchis à la situation et je reconnais qu'elle me dépasse.

Qu'est-ce qui s'est passé dans la tête de Scott pour qu'il en vienne à se comporter ainsi ? De plus, il savait très bien qu'en agressant Rachel, il irait aux devants de très gros problèmes.

- Nous n'avons plus qu'à attendre, me dit-elle.

- En espérant qu'il ne sera pas trop tard.

J'ai la crainte que Scott se pointe d'une minute à l'autre mais pour nous rejoindre, il se doit de traverser la ville, ce qui nous laisse une bonne heure devant nous. D'ici là, peut-être que les renforts et les secours auront le temps d'arriver jusqu'à nous. Pour les seconds, je sais qu'ils seront bientôt là. En ce qui concerne les premiers, j'ai le droit d'émettre un sérieux doute. Bien sûr, je parle en connaissance de cause.

Au même moment, Rachel parvient à se déplacer jusqu'à l'un des sièges du couloir et se pose dessus. Là, elle ignore quelle position adopter car sa tête ne cesse de tourner.

- Je crois qu'il m'a cassé le nez.

- Pas besoin de me le dire. En tout cas, je saurais me montrer reconnaissante suite à l'aide que tu m'as apporté.

- J'en doute.

Et c'est vrai car il ne faut pas oublier que Rachel est une parfaite reine des garces. En attendant, un silence s'installe entre nous. Sincèrement, j'aurais aimé que ma soirée soit beaucoup plus calme mais nous ne pouvons pas tout avoir dans la vie.

- Je n'aurais jamais dû écouter William, me confie-t-elle.

- Pourquoi ?

- Tu te souviens de la phrase que j'ai prononcé avant que Scott pète un plomb ?

- Oui.

- C'est William qui me l'a suggéré.

Aussitôt, je lève les yeux au ciel. Depuis le temps, elle devrait savoir que ce mec est une crevure. Après le meurtre de maman, Rachel devrait s'abstenir de faire confiance à ce tueur.

- Pourquoi l'as-tu écouté ?

- Je veux coincer Scott.

- Ben là, je crois que tu as obtenu une excellente raison.

- C'est clair mais j'étais loin de penser à un tel résultat.

- Faut croire que William voulait ta peau.

Si Daryl et moi n'étions pas là lorsque cette attaque s'est produite, dans quel état serait la policière à l'heure actuelle ? Morte ? Je ne pense que Scott se serait permis d'avoir son décès sur la conscience mais suite à ce que j'ai vu…

- J'aurais la peau de William, finit-elle par lâcher.

- Je l'espère. Désormais, je souhaite que tu sois convaincue que je n'y suis pour rien concernant ses agressions en prison ?

- Oui et je me demande pourquoi j'ai douté de toi.

- Parce que ton ambition fait de toi une personne malléable à souhait.

Maintenant, faut espérer qu'elle sera un peu plus sur ses gardes. Peut-être que ma sincérité sera suffisante pour lui ouvrir les yeux. Néanmoins, je doute être le seul à lui dire ses quatre vérités.

Tout à coup, la demoiselle se lève doucement de son siège et parvient à rester debout. Sur le moment, je m'attends à la voir s'effondrer mais Rachel a de la ressource puisque la voilà qui se dirige vers le comptoir.

- Que fais-tu ?

- Je vais chercher la trousse de premiers secours et nous faire du café.

Je n'insiste pas. Après cette montée d'adrénaline dont je me serais bien passé, une boisson chaude serait la bienvenue. Perso, j'aurais voté pour un alcool fort mais vu l'endroit où nous sommes, ce type de remontant doit être proscrit. Alors que je garde toujours mes yeux sur la vitre de la porte d'entrée, j'entends Rachel qui fouille quelque part.

Si jamais Scott devait faire son apparition, serais-je à la hauteur ? Certes, je suis mieux taillé que Daryl mais qu'est-ce qui me ferait croire que c'est suffisant ? Pourvu que l'aide sollicitée arrive à temps. A cette pensée, un sourire fait une apparition sur mes lèvres.

- Tu songes à la correction que j'ai reçu ?

J'aurais pu sursauter à sa voix mais je l'ai vu arriver grâce à son reflet dans la vitre. Dans chacune de ses mains, un gobelet duquel s'échappe une fumée pendant qu'une boîte rouge et rectangulaire est coincée sous son bras droit. Pour la soulager, je quitte mon poste d'observation et me plante devant elle.

Quelques secondes plus tard, je suis déjà de retour mais un gobelet se tient dans mes mains. De son côté, Rachel est de nouveau assise et pose sa boisson sur le siège se situant sur sa gauche. Alors que la gardienne ouvre la trousse de soins, j'avale une première gorgée de café après avoir soufflé dessus.

A la grimace qui me défigure, la légende sur cette boisson au sein du commissariat n'est guère usurpée.

- Vous êtes toujours en vie après avoir avalé cette mixture ?

- La preuve.

Cela relève du miraculeux.

Connaissant mes manières, je n'aurais pas hésité à me mettre en grève pour obtenir un meilleur café. Une chose est sûre : le budget consacré à la police municipale ne disparaît pas dans la cafetière.

- Tes collègues semblent drôlement inquiets pour toi, lui dis-je.

- Si jamais ils ne sont toujours pas là lorsque les secours seront arrivés, je pourrais compter sur toi ?

- Pour une plainte ?

- Oui.

Comme j'ai la sale habitude de constituer des preuves, je pose mon gobelet sur la table basse sur laquelle reposent des magazines à l'attention des visiteurs. Ensuite, je sors mon téléphone portable de l'une des poches de mon pantalon avant de déverrouiller l'écran.

- Tu vas faire une vidéo ?

- Ouais et il serait bien que tu contactes une nouvelle fois tes collègues en précisant que ton appel d'il y a un quart d'heure est resté sans effet.

Rachel aura-t-elle le cran de se plaindre auprès de sa hiérarchie ? Constater que ses partenaires ne sont toujours pas là pour lui venir en aide prouve bien que dans ce métier, la solidarité est fictive. Alors qu'elle se poste face à la banque d'accueil avant d'attraper le combiné, j'active la caméra de mon téléphone pour ne rien louper.

Toutefois, au lieu que l'objectif soit braqué sur Rachel, c'est mon visage qui est au centre de l'écran. Au même moment, celle qui me tient compagnie se retourne pour me parler.

- Tu es …

Surpris de ne pas l'entendre achever sa phrase, j'ai juste le temps de lever la tête avant de percevoir l'explosion d'une vitre dans mon dos. Rapidement, je fais demi-tour et là, ce que je craignais est sur le point de se réaliser.

- Arrête Scott ! Ordonnais-je.

- Reste où tu es et il ne t'arrivera rien.

Désolé mais je me dois de protéger Rachel. D'ailleurs, je glisse mon téléphone dans sa cachette avant de parcourir le couloir des yeux. Dès que mon regard se pose sur l'extincteur, j'y vois là une arme formidable pour assurer notre défense.

Trop occupé à préparer la riposte face à Scott, je ne prête guère attention à Rachel. Cette dernière s'est glissée derrière le comptoir afin de récupérer un revolver planqué dans un tiroir. Pour être sûre que l'arme soit en service, elle contrôle la chambre avant de me rejoindre.

A la vue de ce que la policière tient entre ses doigts, je m'inquiète.

- Tu ne vas pas le tuer quand même ?

- Je compte lui tirer dans une jambe.

•••

Pendant ce temps, une porte se referme à plusieurs kilomètres de là. Un individu se tient à l'entrée d'une petite pièce plongée dans l'obscurité la plus totale. La respiration hasardeuse, la personne s'avance péniblement sans heurter le moindre obstacle.

Soudain, le silence reprend ses droits. Tout aurait pu se terminer ici mais c'est sans compter sur l'apparition de la lumière. Celle-ci, provenant d'un néon reposant au-dessus d'un lavabo, semble avoir connu des jours meilleurs.

Crachant du sang sur la surface émaillée, William effectue un contrôle à travers le miroir. La correction qu'il s'est pris par les matons laissera encore des séquelles, cela ne fait aucun doute. Cependant, au lieu d'être tracassé, l'homme se permet un sourire. Le drame qui se joue actuellement pour Rachel y serait pour quelque chose ?

- Avec de la chance, son cas doit être réglé ainsi que celui de Scott.