Auteur : Mary J. Anna.

Rythme de parution : Chaque dimanche. Je posterais le lien sur twitter donc si vous voulez être tenu au courant suivez moi, je suis trouvable sous le même pseudo et image de profil.

Note informative : J'ai longtemps gardé ce livre pour moi, n'osant le montrer à personne, j'y ai consacré près de trois ans de ma vie sans savoir s'il valait quelque chose. Aujourd'hui, je me sens enfin prête à le montrer au monde, à me confronter aux critiques et à savoir ce qu'il vaut. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture.


Qu'importe ...

Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, qu'importe au final ...


Tout tourne inexorablement, le temps passe et emporte les songes. Fermer les yeux, imaginer une autre vie, un avenir intouchable. Ratée peut être mais inventive. Peindre quelques chimères du bout de nos rêves brisés ne fait de mal à personne.

J'essaye pourtant, rien n'a de sens et tout se perds en un fragment de seconde. Personne ne me caresse les cheveux quand rien ne va. Il n'y a plus que la froide réalité que j'affronte seule. Toujours seule.

Les lettres de refus s'accumulent, l'argent commence à manquer et j'en viens à vouloir qu'on me prenne la main. Tellement pathétique, comme si quelqu'un voudrait de moi. Me baiser peut être, m'aimer par contre serait trop demandé.

Pas le bon profil, pas assez conne, trop indépendante, trop compliquée. Juste pas assez aimable pour me garder. J'ai refermé mon cœur, trop à vif, trop écorché, je n'ai plus la force de jouer à ces jeux interdits.

Je suis l'amante, la fille d'un soir, celle que tu baises sans la gratifier d'un baiser. Celle dont tu te fous complètement. Plus d'illusions, je connais le deal, du sexe c'est tout, je balance mes sentiments aux chiottes et c'est bien mieux comme ça.

Jamais première toujours seconde, c'est l'histoire de ma vie. Éternelle perdante mais au moins je sais à quoi m'en tenir. J'étais toujours dans l'ombre de ma sœur, je vis désormais dans celle du reste du monde. Il faut bien des seconds rôles pour faire briller les premiers.

C'est ce que je suis. Ce que je serais toujours. J'ai trop peur de la lumière de toutes façons. Elle fini toujours par faire ressortir le pire de nous-mêmes. Je vis dans l'ombre et ça me convient. Je suis la reine des losers, celle pour qui ils se damnent.

La putain de lumière dans les ténèbres, la meilleure des éternels perdants. La lumière me brise mais l'ombre me grise et me sublime. Chacun sa place, la mienne est ici, parmi la lie du monde. Nos nuits sont plus belles que leur jours, nos vies plus intenses.

Oh s'ils savaient. S'ils savaient que c'est nous les gagnants. Nous sommes libres, nous sommes beaux parce que nous sommes réels. Parce que nos blessures vous attirent, parce que nos vérités sont froides et immortelles.

Nous mourrons jeunes parce que la vie nous use. Trop intenses, trop vivants, enviez nous parce que c'est tout ce que nous avons et ce que vous n'aurez jamais. Nos pleurs sont de cristal et notre sang de rubis. Nous sommes riches de notre propre existence.

Vous voyez, je n'ai rien à envier aux premiers rôles, ils sont si creux. Alors tiens moi la main, je te montrerais le monde, mon monde. Celui où chaque instant est une éternité et chaque échec une consécration.

J'ai peur parfois, quand tout me semble perdu, quand l'envie d'arrêter devient trop forte. Jamais apaisée, toujours sur le fil, peut être que demain je n'aurais pas la force. Et je continue pourtant, même si chaque seconde n'amène que de la souffrance.

Parfois le ciel s'éclaircit et pendant une seconde la joie me traverse de part en part. C'est tellement intense que j'en pleure parfois. C'est le chant des damnés, celui pour qui les bénis prient chaque nuit en vain.

Tout paraît vide après ça, parce que c'est trop, trop pour qu'on puisse le ressentir à nouveau. Et ça revient comme une marée hurlante. Ça te traverse et te transcende dans un cri de jouissance. C'est le bonheur des laissés pour compte, le plus merveilleux car on ne l'attends plus.

Et les lettres de refus s'entassent sur le sol. Et les bras qui me serrent ne m'aiment pas mais rien n'a d'importance. Mon corps se tends contre un autre et des mains se perdent dans le creux de mes reins. Des lèvres traîtresses cherchent les miennes et je détourne la tête.

Les illusions sont trop destructrices pour les laisser s'enraciner dans mon âme. Un tas de vêtements sur le sol, les râles de plaisir d'un autre. Ma tête cogne le mur en rythme, me maintient dans la dure réalité.

Mes ongles s'agrippent à sa chair pour lui faire mal, pour le marquer, parce qu'il y a toujours un prix à payer quand on fait preuve d'inconséquences. Nos corps se détachent et les vêtements quittent le sol.

La porte claque sur un vague au revoir. Qu'il aille se faire foutre, ce n'est pas comme si j'avais cru qu'il y aurait plus. L'espoir s'est tari il y a longtemps et les anges eux même ne pleurent plus mon sort.

Le temps m'a rendu forte et froide. Ma force ne déclinera plus. Demain je sortirais, j'irais boire et oublier. Je danserais sur les tables et embrasserais des inconnus. Dans la nuit parisienne, je me laisserais aller un instant.

Quand le soleil décline et que les gens bien vont dormir, le monde devient nôtre jusqu'à l'aube éternelle. Vampire des temps modernes nous vivons au crépuscule de vos vies dans l'ombre et la démesure.

Seigneurs de la nuit dont on scelle les lèvres de baisers impudents. Il n'y a ni règles, ni limites. A quoi bon quand personne n'est apte à les suivre. Le silence n'existe pas en ces lieux, la nuit résonne de cris et de rires, de soupirs et de désirs secrets.

Tout est si laid vous savez, les corps faméliques s'entrechoquent et les enfants désabusés boivent jusqu'à la dernière limite. Oui c'est immonde mais tellement beau, quand le masque se brise et que tout apparaît tel qu'il est réellement.

Il n'y a pas de place pour le mensonge, la lueur de la lune ne le permet pas, dans le crépuscule les ombres ne peuvent mentir. Si le soleil sublime et enjolive, la lune montre la vérité dure et crue. Pas de pitié sous le ciel nocturne.

Juste le désespoir et le besoin pathétique de s'accrocher les uns aux autres. Frères et sœurs d'une nuit dont on ne se souvient pas le lendemain. S'empêcher de tomber un instant puis se poignarder par négligence. Point de pardon ici, nul ne sait quand il doit se fâcher.

Nous n'avons pas votre fierté, ni votre grandeur d'âme. Nous n'avons que nos larmes et nos déceptions pour juger. Alors on se tait, nous sommes nos seuls juges et refusons d'infliger aux autres nos jugements.

Personne n'est innocent et nul n'ose jeter la première pierre. Peut être qu'on se respecte mieux en refusant de prendre parti. Nos foules ne s'enflamment jamais ni par haine, ni par amour. Indifférents aux autres.

Notre égoïsme fait moins de mal que votre dévouement malsain au final. Et le jour va bientôt se lever et rien ne change. L'aube embrasera le monde et j'irais dormir. J'ai fini par abandonner le jour, il n'apporte que l'horreur et n'a jamais fait que me briser.

Voilà ce que je suis, une branleuse de vingt ans bonne qu'à se faire baiser et cracher sur les gens heureux. Je vais pas mentir je me déteste probablement autant que les autres le font. Je suis méprisable, improductive et ma vie ressemble à une série pour adolescente névrosée.

C'est peut être ce que c'est. Je le vois bien présenter comme ça, avec des épisodes au lieu de chapitre un peu comme Heroes mais à l'envers. Vous en faite pas y aura pas de saison deux, je serais sûrement déprogrammée au neuvième épisode.

Il y aura pas de logique, ni de chronologie et pas de putain de puzzle à remettre en place. La vie, en tout cas la mienne, c'est le chaos et c'est comme ça que je vous la présenterais parce que c'est la seule chose qui soit putain de vrai.


Posté le 13 Septembre 2020.

Merci pour votre lecture.

A la semaine prochaine.

Mary J. Anna.