Note :Enfin un chapitre en temps et en heure. En espérant que cela vous plaira. Bonne lecture !


Épisode 3 :

Well It's not over.

No reason ? More fun.


Je suis déraisonnable. Je fais trop la fête, je dépense sans vraiment compter tant que j'ai un nouveau verre devant moi. J'embrasse des inconnus, laisse des mains anonymes courir sur ma peau. Je joue avec le feu et je me brûle délicieusement. Je perds le compte.

Combien de nuit, combien de verre, combien de baiser ? J'aime Paris, je l'aime désespérément. Les nuits parisienne n'ont nuls pareils. Je ne parle pas des boîtes où les gens branchés vont et se jugent. Je parle des bars, des lieux de perditions où tu peux t'entendre.

Je n'aime pas les boîtes, on s'y ennuie et on ne peut rien se dire. Je veux pouvoir dire que je veux arracher le jean du barman et qu'on m'entende, je veux pouvoir flirter avec des mots choisis et ne pas avoir à me répéter.

Les bars sont fait pour s'amuser vraiment, sans barrière, sans frontière, sans foutu jugement. Tu me veux dit le mais ne te frotte pas à moi comme un porc. Un peu de classe voyons. Les bars en ont, et ça va avec mon fonctionnement.

Les boîtes sont vulgaires et enfantines : "toi danser avec moi, toi baiser avec moi". Les bars ont de la classe et de la sophistication. Si je commande un blue lagoon c'est pour aller avec mes yeux. J'ai l'esthétisme de l'alcoolique.

Je veux parfois sentir la brûlure de l'alcool dans mes veines, des mains effleurer mon corps sans dépasser les limites, des lèvres sur les miennes, sans promesse, sans attache, sans sexe à la clé, juste un jeu parmi tant d'autres.

Je veux danser jusqu'à pas d'heure et oublier ma propre vie. Je veux des discussions futiles sur les meilleurs villes pour faire la fête avec un Cardiffien, rire avec un inconnu des noms saugrenus de certains cocktails.

Je n'ai qu'un bar et c'est ma seconde maison, je m'y sens à l'aise, en sécurité pour laisser mes fardeaux à l'entrée. J'en ai assez des moralisateurs qui me reprochent d'avoir mes habitudes dans un lieu de fête. Chacun sa came.

Moi je suis accro à ça, à l'abandon d'une nuit, au rire facile, à la descente décomplexée. Je suis une fêtarde, c'est dans mon ADN je crois. La musique me donnera toujours envie de me défouler sur la piste et d'être une autre.

Je suis sûre de moi dans l'atmosphère tamisée de ce bar, je suis fière et forte, je suis moi sans les limites que ma timidité naturelle m'impose. Je n'ai plus peur, je n'ai plus froid, je suis vivante, je suis grande, je suis une putain d'immortelle dans ces moments là.

Qui n'aimerait pas cela ? Qui n'aimerait pas être cette personne qui prends et donne sans hésitation ? Qui joue, gagne et perds avec la même insolence ?

J'aime être cette fille, elle a l'assurance qui me manque parfois, elle n'hésite pas, prends des risques. J'aimerais l'être plus souvent, avoir cette force de caractère ailleurs que dans ma zone de confort. Alors je suis déraisonnable, parce que je me sens vivante dans ces moments là, parce que ce serait trop ennuyeux de respecter la raison.

Parce que je suis une enfant insolente qui pense tout savoir mieux que les autres. Je vis, je rêve, je bois, j'embrasse, j'aime, je cris, je fume et j'en crève. Comme tout le monde. La raison n'empêche personne de mourir, elle brime c'est tout et je ne veux pas qu'on me brime.

Je suis libre, plus que la plupart des autres et j'en paye le prix chaque jour. Les regards, les remarques insultantes, la peur de l'avenir, de m'être trompée, de ne pas pouvoir survivre en marge du monde.

Parfois j'ai des pensées si ignobles que je me sens malade, la peur fait de moi un monstre mais je sais que je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas revenir dans le système, perdre ma liberté, je m'y accrocherais jusqu'au bout parce qu'elle est tout ce que j'ai, tout ce que je veux.

Quand on est libre le monde est différent, nos rapports aux autres sont différents, tout est comme plus intense, moins formaté, plus ouvert. Libre, le monde est un éden terrifiant. Enchaîné, c'est une prison rassurante.

Parfois j'envie les autres, ceux qui ont réprimé ce qu'ils étaient pour rentrer dans le moule. Je les envie parce qu'ils n'ont plus peur. Eux m'envient ma force, ma détermination à être moi et pas un pantin.

Ils ont tort sur un point, ce n'est pas de la force, je ne peux juste pas faire autrement, que je le veuille ou non. Je ne peux juste pas nier qui je suis, tout est trop connecté, trop finement entrelacé pour que nier un fait ne m'efface complètement.

Et je continue à venir me ravager dans ce bar parisien. J'aurais toujours cette même sensation de vide quand je pars de Paris, cette même émotion quand j'y retourne. Cette nostalgie et ce mot qui me vient aux lèvres "Enfin".

Je voudrais parcourir le monde mais Paris aura toujours mon cœur. Les rues familières, l'agitation d'une fourmilière tout le temps sauf à ces heures merveilleuses à l'orée du jour. Le RER et même le métro, les même regards, la course quotidienne, l'effervescence : est-ce que je serais à l'heure aujourd'hui ?

La peur qui me tenaille parfois dans un éclair de lucidité, il est 4h je suis seule dans la ville, seule face à mille danger soudain. Mais rien n'arrive jamais et la peur reflux, Paris n'est dangereuse que pour ceux qui en ont peur. Elle protégera toujours ceux qui l'aiment sans la juger.

J'aime ses ruelles, ses quartiers au charme désuet, sa mélancolie, la façon dont se mêle modernité et tradition. J'aime ses quais et ses fontaines, son passé et son présent. J'aime me sentir chez moi entourée de touriste qui découvre, avoir l'impression d'appartenir à un tout qu'ils ne peuvent que photographier sans jamais en capturer l'essence.

C'est un état d'esprit, une manière d'être que les cadres bien proprets et les gens importants ne comprendront jamais. Être parisien c'est sentir la ville vibrer sous ses pieds, flâner sans but juste pour s'imprégner de quelque chose de plus grand que soi, aimer trop fort et vivre trop vite.

Vivre à l'excès et dans l'ambivalence, se perdre et se retrouver, tricher et gagner jusqu'à ce qu'on nous découvre alors fuir. Fuir sans se presser parce qu'on ne peut dire adieu à une telle ville, ce ne sont jamais que des ''au revoir".

Paris n'a rien de tentaculaire, c'est un cocon et si on s'y perds parfois la sortie n'est jamais loin. Alors je m'y perds souvent, mentalement et physiquement parce qu'elle a une foutue âme et que celle-ci me touche et me fascine.

Parce qu'elle m'a adopté quelque part et que je ne connais pas meilleur parent. J'ai grandi trop près de son ombre pour ne pas la reconnaître, trop près de ses tourments et de ses tentations.

Je hais les gens propres sur eux, avec leur mode de vie sain, leurs beaux cheveux lisses, leurs vêtements sans un pli, sans une tâche. Ils me donnent l'impression de ne pas avoir envie de se salir les mains, pas envie de prendre le putain de risque de vivre vraiment.

Ils sont toxiques à mes yeux, ils te pourrissent la tête de chiffres, de données, de statistiques pour mieux de dire "Regarde tu te détruis". Non connard, la vie me tue, là je profite, nuance. Toi aussi tu te chieras dessus le jour venu, tes jolies fringues bien repassées n'y changeront rien.

Je voudrais leur prendre la main et les emmener de mon côté, là où rien n'a d'importance tant que tu aimes ce que tu fais, où les risques valent toujours la peine d'être pris. Ils se sentent tellement au dessus des autres en plus, ça a tendance à me foutre en rogne.

Leurs petites piques condescendantes, leurs regards réprobateurs à la moindre clope que j'allume alors qu'il y a deux minutes ils s'en grillaient une aussi. Ils ont un argument pour ça, ils ne sont pas à une hypocrisie près.

Ils te le sortent droit dans les yeux "Non mais moi c'est juste en soirée". C'est connu si c'est juste en soirée c'est pas fumer, ni boire, ni baiser, ni se droguer. D'ailleurs on peut même violer pendant qu'on y est tant que "c'est juste en soirée" ça compte pas.

Foutue bande d'hypocrites, je leur ferais bouffer moi leur sois disant mode de vie sain. C'est de la connerie, c'est se donner bonne conscience et avoir en échange une vie de merde. Non merci, niveau vie de merde j'ai déjà donné, maintenant je prends ce que je peux et tant pis pour la morale.

J'en ai bavé pour survivre toutes ces années, pour pas me foutre en l'air, je vais pas me pourrir avec de la bouffe insipide et une vie du même acabit. J'ai trop lutté, trop souffert pour qu'on juge les plaisirs simples que je m'offre.

J'aime mes putains de clopes, j'aime l'alcool et j'aime la malbouffe. J'aime même baiser sans sentiments et je le vis bien merci, mieux qu'eux d'ailleurs je pense. Ils se frustrent eux mêmes, un jour ils vont péter un plomb et se faire une telle orgie qu'ils en crèveront sur le coup.

Plus assez habitués à vivre, ils y iront trop vite, trop fort, se consumant aussi vite qu'une de ces clopes qu'ils haïssent tant entre les lèvres des autres. Tant pis pour eux, ça m'en fait plus pour moi. La raison pour laquelle je leur en veux c'est qu'ils prennent mes amis petit à petit et les font devenir comme eux.

C'est dur de voir des gens géniaux devenir des clones de connards moyens, de les voir arrêter de s'amuser, d'être fier de suivre les directives d'un petit groupe. C'est dur quand ils te sortent "Mon copain/ma copine m'empêche de fumer mais c'est pour mon bien t'sais".

Non c'est te contrôler. C'est nier qui tu es et te transformer à leur image. C'est te tuer.


Posté le 22 Novembre 2020

Merci pour votre lecture, j'espère que vous avez passé un agréable moment.

Mary J. Anna