Note : C'est parti pour le dernier épisode, la fin du rêve. Bonne lecture !


Épisode 9 :

The end of the dream

Lonely


J'ai pas eu d'amis avant mes douze ans et encore c'était juste des potes de colonies de vacances. J'étais la tête de turc de mon collège mais je m'en battais les couilles. Ça m'atteignait peut être une fois par an mais le reste du temps, je me portais bien.

Je ne ressentais pas le besoin de me mêler à eux. Ils étaient trop différents de moi, je ne m'intégrais pas et de toute manières je ne m'acceptais pas. Je me cachais derrière une image lisse et sage de première de la classe et je laissais croire aux autres que c'était moi.

Et ils étaient assez stupide pour y croire. Je crois que je les fascinais autant qu'ils me haïssaient. Ils voulaient me faire mal certes, mais ils voulaient surtout exister à mes yeux, savoir que je n'étais pas totalement indifférente à eux.

Les humains sont une créature étrange. Ils ne supportent pas d'être invisible et ceux qui les ignorent en payent le prix. Je l'ai payé, je le paye encore mais qu'importe, c'est un sacrifice acceptable pour être extraordinaire. Ceux qui font l'unanimité ne sont jamais ceux dont on se souvient à la fin. Je voulais pas qu'on m'aime, je voulais être moi-même.

Ma sœur était mon opposé. Elle courrait après l'amour comme si ça changeait quelque chose. Elle a vingt-cinq ans et tout ceux qui ont compté pour elle l'ont abandonné. Parce qu'à force d'être gentille et lisse, ils l'ont oublié.

Tout le monde disait qu'elle ne serait jamais seule, qu'elle savait s'entourer. Ils avaient torts. Les choses ne tournent jamais comme on le croit. Alors que ma sœur perdait peu à peu chacune des personnes qui l'entouraient, le peu avec qui je m'étais liée m'est restée fidèle.

J'ai perdu des amis comme tout le monde, mais je ne suis pas seule, je ne le serais jamais. Mes amitiés ne tenaient pas au fait de devoir se côtoyer tout les jours mais au plaisir renouvelé de se voir quand on le désirais, que ce soit chaque semaine ou tout les six mois.

Je ne croulais pas sous les sollicitations, j'ai choisi scrupuleusement chaque membres de mon entourage et ça a payé. Je n'ai pas eu peur de faire des vagues, plus après m'être muselée de la maternelle à la troisième.

Quand j'ai craqué au cours de la troisième, je me suis promis de ne plus jamais me cacher pour coller à l'image que les autres se faisaient de moi.

Je n'ai pas peur de moi, j'ai peur des autres. J'ai peur de votre violence, de votre haine, de vos jugement à l'emporte pièce, pas pour moi mais pour vous. Je vous vois vous détruire et je ne peux rien faire, je vous crie la vérité mais vous ne voulez pas l'entendre. La vérité c'est que beaucoup me haïsse parce qu'il voudrait être moi.

Pas en tant que telle mais pour ce que je représente, pour ma folie et mes choix insensés. Parce que je suis libre, vraiment libre. Je n'ai pas peur de prendre des risques, de faire un métier que tous m'ont déconseillé et pour lequel je suis au final extraordinaire.

J'aurais pu passer ma vie derrière un bureau, me bousiller la santé -physique comme mentale- pour un salaire qui peu importe le montant n'aurait jamais été suffisant. Courir après l'argent et la reconnaissance. J'aurais pu m'oublier pour cinquante ans d'une vie qui n'aurait pas été la mienne.

J'ai dit non, j'ai dit que je valais mieux que cette vie qu'on avait tracé pour moi. Mieux que l'argent, mieux que l'approbation de gens dont je me fous. Je me suis choisie. Je me choisirais toujours au final, parce que j'ai trop conscience qu'il s'agit de ma vie, pas de la vôtre.

Et je danse, et je bois, et je baise. Qu'importe à quel point ça n'a aucun sens, l'essentiel c'est de ressentir, n'est ce pas ? Se sentir vivant, vraiment, au plus profond de soi. Et c'est ce que je ressens. Je me sens survoltée, sur-excitée, sur-vivante. Et c'est ce que je suis au final.

Pas un foutu héros, pas une foutue rescapée d'une catastrophe. Juste plus vivante que la plupart ne le seront jamais. Sans jamais perdre la tête, sans jamais perdre le contrôle, j'ai beau me gaver de substances, je ne dépasse jamais la limite. Je veux rester consciente de la vie que je mène.

Je suis juste trop fatiguée de jouer un rôle. Je veux pas choisir entre être heureuse ou entrer dans le moule. Entre l'acceptation des autres et la mienne. La vérité c'est que vous n'en valez pas ma peine. J'ai pas besoin d'être aimée tant que je m'accepte moi.

J'ai pas besoin de vous tant qu'il s'agit pas de baiser et dommage pour vous, je peux être une odieuse connasse et le faire quand même. Alors allons-y, jouons au jeu le plus connu de l'univers. Dansons ce soir, ce matin, ce midi, cet aprem', n'importe quand, n'importe où, tant que c'est toi et moi.

Tant que je me sens encore en vie. Je peux jouer à ce jeu longtemps tu sais. La question est : peux-tu tenir la distance ? Quand tes bras tremblent, que ton corps est secoué de spasmes incontrôlable et que le plaisir est si fort qu'il en devient insupportable ? Peux-tu le supporter ?

Je peux pas te promettre que je t'aimerais toute ma vie, ni que j'irais pas ailleurs mais je peux te promettre que tu ne regretteras jamais ce que je te ferais ressentir. Je suis pas une gentille fille, je peux pas t'offrir ma pureté, mon honneur et encore moins ma foutue virginité.

Mais j'ai tellement mieux. Je peux te faire perdre la tête, oublier ton nom et celui de toutes les autres personnes que tu ais jamais connu pour le remplacer par le mien. Te le faire répéter dans une unique prière à un dieu tout aussi unique : moi.

Je l'ai dit, je veux pas jouer le jeu, je veux pas être fade et sage. Je veux pas être ordinaire, effaçable, facile, comprise. Je veux être moi, folle, différente, compliquée, unique et une putain de légende. Je veux que tu cries mon nom jusque dans ton sommeil, que tu ne puisses plus jamais en toucher une autre sans penser à moi.

Je veux pénétrer ton âme et y apposer ma marque. Et je l'ai fait. M'avoir c'est se condamner à me vouloir encore, qu'importe le temps qui passe, qu'importe les promesses, qu'importe que tu passes à autre chose. Tu m'as dans la peau, pour toujours et à jamais.

Parce que c'est ce que je fais aux hommes. Le seul moyen de me quitter vraiment c'est de s'éloigner le plus possible de moi ou que je te jette encore et encore jusqu'à ce que tu te résignes. Rien d'autre ne marche. Oublie les gentilles filles, ce que tu veux vraiment c'est une femme assez forte pour te mettre à genoux.

Et je le fais, encore et encore. Je te refuse ce que tu veux, je refuse d'être tienne parce que je ne prête serment qu'à moi-même. Je suis mon unique grand amour, la seule foutue personne assez intéressante pour que je ne m'en lasse pas. Avoir des personnalité multiples doit aider.

Ce sera toujours la plus grande différence entre nous. Vous cherchez la personne qui pourra vous faire vous sentir complet, votre âme sœur. Vous partez à la recherche d'une chimère éternelle alors qu'elle est en nous. Je suis mon âme sœur, la seule personne qui compte vraiment.

Je n'ai pas besoin de vous pour me sentir en paix, je le suis déjà. Je n'ai pas besoin de vos promesses, de votre amour, de votre main dans la mienne. Je n'ai besoin que d'un instant de paix, juste moi et moi. Tant que je m'accepte qu'importe vos jugements.

Qu'importe votre haine et vos cris, votre violence et votre mépris. Vos emportements ne me concernent pas, nous ne sommes juste pas au même endroit. T'es encore sur le quai que je suis déjà arrivée à destination.

La vérité c'est que je vous hais tous depuis ma naissance. J'aurai dû suivre mon instinct sur ce coup plutôt que tenter de vous cherchez des excuses. Trop bonne, trop conne, comme d'habitude. Je veux plus jouer les faire-valoir.

Passer ma vie à attendre que vous remarquiez que je vous ai baisé et largement. Je suis pas comme vous, je le serais jamais. Je suis pas comme vous, je suis meilleure et je l'ai toujours été. La vérité c'est que vous l'avez jamais digéré.

Alors allez tous vous faire enculez et dite bonjour à Satan pour moi le jour où vous irez expier vos conneries. Ce sera sans moi, je passe mon tour. Je vais vous laissez prendre conscience de vos conneries mais comptez plus sur moi pour nettoyer votre merde.

Super Drunkgirl a décidé de lâcher l'affaire. L'humanité devra trouver un autre pigeon parce que moi j'arrête les frais. De toutes façons tout ce que ça m'a apporté c'est un paquet de clopes et une future cirrhose.

Alors non, on ne m'aime pas, on m'adule, on m'adore, on me déteste, on me hait mais on ne m'aime pas. On aime une image, un reflet qui se reflète à l'infini dans un miroir. Une illusion qui se dissipe à chaque fois que je brise un cœur. Mais moi on ne peut m'aimer.

On a dit de moi que j'étais comme les étoiles, trop lointaine pour vraiment être atteinte par les autres. On a oublié de dire que comme les étoiles, je fascine les hommes sans jamais avoir à leur rendre leur regard. Ils m'aiment d'un amour unique et parfait parce qu'ils savent que je ne les aimerais jamais.

Pas comme il le faudrait, pas comme ils le voudraient. Mais suffisamment pour qu'ils veuillent encore essayer. Pour qu'ils espèrent encore. Alors non, je n'ai jamais eu beaucoup d'amis. J'ai été seule la plus grande partie de ma vie, mais ça n'a aucune importance.

Je n'ai pas besoin d'être entourée, de vivre dans une illusion de soutien alors qu'au moindre remous, amis comme amants te quittent. Je n'ai pas besoin de vos artifices et de votre morale implacable et surtout incorrecte. Je m'appartiens, complètement, et ça vaut mieux que toutes vos vaines promesses.


Posté le 2 Mai 2021.

Merci pour votre lecture. Nous arrivons à la toute fin, encore 3 chapitres et ce sera terminé.

Mary J. Anna