Auteure : Mary J. Anna.

Note : Juste un texte écrit un soir d'ivresse, rien d'important. Demain viendra et j'oublierais.


Seule


Oh sweetie, tu ne sais pas. Tu n'as aucune idée de qui je suis, de ce que j'endure au quotidien. Tu ne sais pas et ton ignorance est une bénédiction. Je suis l'Autre, celle que tu rêves d'incarner mais tu n'as pas le courage. Tu ne sais pas que pour moi ce n'est pas un choix.

Tu es contrôlé par ta peur, par les règles. Je ne les comprends, je ne sais pas jouer, je n'ai jamais su. Je suis celle que je suis et c'est tout. Ce n'est pas un choix, pas quelque chose que je fais consciemment, je le subis. Et tu m'envies et tu te dis « Si j'avais son courage ».

Mais sweetie, c'est pas du courage, c'est de la folie, ça l'a toujours été. Je suis réelle dans un monde qui n'est qu'apparence. Je suis une anomalie du système, un bug dans la matrice, tout sauf un exemple à suivre. Tu vois ma force mais pas le prix à payer.

Ouais je suis libre, libre de la morale, de certaines chaînes qui te retiennent en arrière mais ce n'est pas toute l'histoire. J'ai aussi mes limites, les miennes ne sont pas les vôtres. Et je me sens seule, si seule dans ce monde que je ne comprends pas, dans cette vie qui m'ennuie.

J'ai trouvé les raccourcis, j'ai eu les bonnes cartes et je m'en suis servie. Et j'ai fait les choix les plus durs, ceux que personnes ne fait. J'aurai pu faire n'importe quoi, j'ai choisi le seul endroit où je n'étais pas à ma place, où je devrais me battre pour m'imposer. Et je l'ai fait.

Votre monde m'ennuie au fond, alors je cherche un challenge mais quand on est douée pour tout, quel intérêt ? Quoi que je fasse, j'y reviens toujours, cette foutue perfection qui me colle à la peau. Je peux me diminuer, m'ajouter toutes les difficultés du monde. Les autres rendent les armes.

Pas moi, j'assume mes failles sans hésitation, parce que je m'en fous. Je suis la meilleure, quoi que je fasse, où que je sois, quoi qu'il arrive. Il y a les premiers rôles, si parfait en surface, si creux à l'intérieur et il y a moi. L'Autre. Oh prends moi la main, si tu l'oses.

Je te montrerais autre chose, j'assume le pire, cache le meilleur mais ça transparaît quand même. C'est pire, l'alcoolique de service qui te mets la raclée ça fait mal. Peu importe mon taux d'alcoolémie, à quel point je me diminue je te fous la honte et ça.

On peut se battre, sweetie, mais quel intérêt pour moi ? Je suis une Déesse dans un monde d'homme, meilleure en tout sans effort et le pire je m'en fous. Je ne l'ai jamais voulu, mon rêve était d'être ordinaire. Rêve vain, je suis celle que je suis et je n'y peux rien.

Alors haïs moi, envie moi, rêve de me détruire. Je t'y encourage, ça me va très bien. Je suis une anomalie et j'en ai conscience, c'est injuste pour vous. Je ne devrais pas être, je suis trop pour vous et je le sais. Alors détruis moi, ça me convient.

Et tu me hais pour ça aussi, hein ? Parce que je ne t'en veux pas, que je te le demande, qu'au fond ça aussi je m'en fous. Je suis meilleure que toi, même dans mes moments de faiblesse et ça, ça te rend fou. Ça te donne envie de me péter la gueule. Et vas-y sweetheart, je n'attends que ça.

Mais tu ne peux pas, hein ? J'ai l'air si douce, si fragile, si angélique. Et au fond tu sais que je le suis, je ne m'en prends jamais qu'aux plus forts, qu'à ceux qui ont oublié leur force et qui ont besoin d'un rappel à l'ordre. Je suis parfaite mais ne t'en fais pas, moi aussi je hais ça.

C'est pas une vie tu sais. Toujours se souvenir, toujours être juste, toujours se faire passer en dernier. Et se sentir nulle en permanence, seule, incapable d'être ordinaire. Tu te dis que je dois me sentir bien, tellement loin de vous que je n'en ai que faire. Mais je me sens seule, juste seule.

Et je m'ennuie dans votre monde, je m'ennuie à en devenir folle. Je me fiche d'être la plus forte, tout ce que je désire c'est un égal, quelqu'un qui me regarde et vois mes failles plutôt que ma perfection. Je ne suis qu'humaine au fond. Et si tu l'ignores, moi je ne l'oublies pas.

Alors admire l'Autre, haïs là, elle peut l'encaisser. Mais regarde la femme derrière. Regarde là et souviens toi qu'elle se sent seule. Fragile. Ordinaire. Terriblement humaine derrière l'image parfaite. Parfaitement ordinaire et très loin de l'image qui lui colle à la peau.

Seule, c'est tout.


Posté le 23 Septembre 2020.

Merci pour la lecture.

Mary J. Anna.