Chapitre 4

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Partie 1

« Monte préparer tes affaires Eaven. »

Eaven regarda avec hésitation son tonton, ne sachant pas s'il devait ou non lui obéir. Puis après avoir pesé le pour et le contre dans sa tête, il se précipita en haut pour aller dans sa chambre et aussitôt qu'il disparut du champ de vision des adultes, la dispute reprit. Sa tata était rentrée chez elle un peu plus tôt dans la journée, et peu de temps après son départ, ses grands-parents et son tonton avaient commencé à se disputer.

Gabriel était en colère. En colère contre ses parents mais surtout contre cet instituteur. Et puis il était aussi en colère contre lui, contre tout le monde en fait. Parce que personne n'avait rien vu… et surtout pas lui. Et il ne comprend pas pourquoi il est le seul à s'agacer ainsi. Ses parents comme sa sœur avaient pourtant, tout comme lui, bien entendu le récit d'Eaven. Lui arracher la vérité n'avait pas été facile du tout, mais ils avaient eut raison d'insister, quelque chose tracassait l'enfant et ne pas chercher à comprendre aurait été une erreur.

Eaven c'était heureusement confié. Il leur avait fait confiance. Et malgré ça, malgré son refus de retourner à l'école et de se nourrir, les autres n'arrivaient pas complètement à le croire. Gabriel avait l'impression d'halluciné.

En haut, Eaven ne mit pas longtemps à rassembler ses affaires, il n'avait pas tout prit, seulement le plus important pour lui. De toute façon à part ses vêtements et quelques jeux, il n'avait pas grand-chose à lui. Et puis le sac que lui avait passé son tonton avait beau être grand, il n'était pas non plus sans fond.

Eden dormait tranquillement dans le lit de l'enfant. Pour Eaven il était hors de question qu'il laisse son chat ici. L'adolescent rouvrit son sac et mit son chat à l'intérieur. Il le cala bien entre ses vêtements de sorte à ce qu'Eden ne soit pas trop balloté lors du trajet. Le chat sortit aussitôt sa tête du sac et observa les alentours, déboussolé.

Eaven porta difficilement son sac et lentement, descendit en bas. Malheureusement Gabriel n'avait pas fini de crier sur ses parents et Eaven était triste et perdu. Il ne voulait pas que sa famille se fâche comme ça. Il s'arrêta à l'entrée du salon et les observa sans savoir quoi faire.

« Comment oses-tu dire que c'est de notre faute !? » L'invectiva sa mère.

« Je n'ai pas dit ça mais je dis que vous avez une part de responsabilité dans tout ça. Vous auriez dû mieux le surveillez ne pas le laisser seul !

-On ne pouvez pas savoir qu-

-Si ! » Gabriel serra les poings essayant du mieux qu'il put de contrôler sa fureur. « Ce taré lui donnait des cadeaux et ça ne vous a pas inquiété ?

-Désolé mais on ne voit pas le mal partout comme toi. Et puis c'est bien beau de nous faire des reproches mais tu as entendu comme nous ce qu'Eaven a dit. Si tu es objectif tu reconnaîtra qu'il ne sait pas passer grand-chose. Et puis qui ne nous dit pas que le petit n'en rajoute pas un peu, il fait tellement de bêtise tu sais. » Lâcha son père, l'air de rien.

« Oh ce n'est pas vrai, je rêve ! Ne me dis pas que tu crois vraiment qu'il est innocent ?

-Je n'ai pas dit ça Gabriel... nous avons nos torts ta mère et moi et nous allons faire de notre mieux pour arrangés tout ça. On aurait dû directement aller voir ce professeur quand il a commencé à faire des cadeaux à Eaven. » Soupira Hervé.

« Enfin à quoi bon s'énerver maintenant, cet instituteur n'exerce plus dans l'école primaire de Eaven, il n'était là que pour un remplacement. » Essaya de dédramatiser Cassiopée.

« Ce qu'il ne faut pas entendre ! » Ragea Gabriel.

Cela faisait plusieurs minutes que les retraités se faisaient crier dessus et Cassiopée était bien décidée à rendre coup pour coup.

« Mais tu n'es pas parfait non plus. » S'énerva-t-elle.

« Tu nous fais des reproches quant à notre manière de l'élever, mais nous au moins on s'en occupe. Toi tu l'appelles juste de temps en temps et puis c'est tout. ». Jeta sa mère en faisant quelques pas.

« Si c'est tant une corvée pour vous je veux bien m'en charger et... »

Gabriel s'interrompit, puis soupira. Qu'est-ce qu'il racontait encore ? L'année scolaire ne se terminait que dans 3 mois, il ne pouvait pas juste emmener son neveu comme ça. Et puis son appart n'était pas très grand et…

Il décida de repousser ses réflexions à une autre fois. Il releva alors la tête et vit qu'Eaven était à. Le gamin les regardait avec de l'incompréhension dans les yeux.

« Hey mon grand tu as fait vite, j'en connais un qui est pressé de partir ! »

L'oncle du petit ne savait pas encore ce qu'il devait et fallait faire pour Eaven et ce n'était certainement pas une décision à prendre sur un coup de tête. Mais pour l'instant c'était les vacances scolaires alors pour les quelques jours à venir, Gabriel pouvait bien garder Eaven avec lui, au moins pour que le brun change un peu d'air.

« Gabriel je ne te permets pas ! Pour qui tu te prends pour venir ici et nous l'enlever juste parce qu'on a manqué de vigilance ? C'est bien beau de nous accuser mais toi tu étais où ? C'est facile de dire que nous somme responsable quand ce n'est pas toi qui t'occupes de lui 24h sur 24h et 7/7jours. Toi tu te contentes d'appeler quand tu as un petit moment histoire de te donner bonne conscience. Mais qui est là quand il est malade ? Qui est là quand il faut payer sa carte de bus et ses affaires scolaires ainsi que ses médicaments !? Sûrement pas toi alors tais-toi ! On ne peut pas compter sur toi Gabriel et ne compte pas sur moi pour te confier le gamin alors que tu n'es même pas capable de garder une copine plus de deux mois. »

Cassiopée la mère de Gabriel n'avait pas mâché ses mots et elle mettait son fils au défi de lui répondre. Son mari qui regardait la scène de ménage sans rien dire, se demandait s'il ne devrait pas réagir, les choses commençaient doucement à aller trop loin.

« C'est vrai, je suis un gamin pas capable de garder quelqu'un… De toute façon j'ai toujours été le vilain petit canard c'est bien pour ça que je me suis cassé dès que j'ai pu. » Il lâche un soupir dédaigneux. « En attendant moi j'ai jamais fait pleurer Eaven et je l'aime sincèrement. Vous vous occupez de lui simplement pour oublier à quel point vous avez été horrible avec Rose et Thierry ! Si vous aimez vraiment le petit, vous le laisserait partir. Il n'est pas heureux ici. »

Gabriel regarda une dernière fois sa mère avant de se diriger vers son neveu qui peinait à retenir ses larmes. Eaven était triste que sa grand-mère et son tonton se disputent à cause de lui. Il ne voulait pas ça, il ne voulait faire de mal à personne. S'il avait su il n'aurait jamais parler. Avouer ce qu'il s'était passé. Pourquoi ça se passait comme ça ?

M. Ménard ne l'avait jamais menacé ni frappé ni autre chose finalement...il avait juste posé sa main… Mais n'était-ce pas déjà trop ? Est-ce qu'il ne pouvait pas passer à autre chose ? Sa maitresse était revenue et il ne reverra normalement plus jamais M. Ménard.

« J'ai menti. » Lâcha t-il la voix nouée.

« Quoi ? » Hervé essaya de se rapprocher de son petit-fils mais celui-ci se serra dans les bras de son tonton.

« J'ai menti ! Je suis un menteur ! Pardon… » Hurla t-il.

Il éclata en sanglot et ses pleurs serrèrent le cœur des trois adultes dans la pièce.

« Eaven… » Tenta Gabriel.

« Je v-veux partir ! Je veux plus vivre ici. Fais-moi partir ! »

Eaven hoqueta, sa crise de larmes était si forte qu'elle faisait trembler son corps.

« D'accord, mon bonhomme. Je ne te laisse pas seul. On part. »

Gabriel se baissa complètement et porta Eaven dans ses bras, l'enfant enfouit aussitôt sa tête dans le cou de son tonton.

« Je sais qu'on n'est pas d'accord sur beaucoup de choses, mais le mieux est certainement que tu gardes le petit avec toi pendant quelques jours…on verra comment on s'organise plus tard. » énonça difficilement Hervé.

Cassiopée alla se perdre dans les bras de son mari, la honte et la culpabilité la frappant avec force. Comment en étaient-ils arrivés là ? Elle voulait juste qu'Eaven aille mieux et apparemment son bonheur passait par un éloignement.

« Très bien. » Déclare Gabriel qui n'avait plus le cœur à se disputer.

Une demi-heure plus tard, Gabriel et Eaven quittaient la maison familiale, direction Rennes et le petit appartement du blond.

Ils arrivèrent en début d'après-midi et Gabriel acheta une pizza qu'ils mangèrent devant la télé. Eaven était silencieux et ça inquiétait le blond. Eden trainait dans le salon, reniflant les coins et miaulant de temps en temps. Cela attira l'attention de Gabriel qui s'empresse d'installer sa litière, pour ne pas se retrouver à devoir nettoyer les urines du chat.

Quand il vint s'asseoir de nouveau à côté de son neveu, celui-ci pleurait silencieusement.

« Hey mon bonhomme c'est à cause de moi que tu pleures ? »

Eaven secoua vivement la tête et se dépêcha d'essuyer ses larmes. Il se considère comme un grand garçon à présent et c'était la honte de pleurer alors qu'il avait déjà 11 ans.

« Je ne voulais pas que vous vous disputiez.

-C'est rien Eaven, tu sais tout le monde se dispute avec ses parents. Surtout quand ils sont aussi chiants que les miens. Et puis il faut dire que j'aime bien les embêter. »

Gabriel pouffa, appréciant le sourire de son neveu. « Ton chat s'appelle bien Eden ? » Eaven acquiesça. « Il est aussi mignon que toi. »

Eaven souriait plus franchement maintenant. Eden était son ami et il était content que même en appartement, il puisse le garder avec lui.

« Je l'ai appelé Eden comme ça il a un nom qui fait référence à la religion, comme nous. »

Gabriel rigola, lui se serait bien passé de ce genre de référence. Malgré les protestations de ses parents, il n'était pas croyant pour un sous.

« Il fait vraiment parti de la famille comme ça.

-Exactement. »

Eaven savait que son tonton aurait tout de suite compris sa démarche.

« Moi je te crois Eaven. » Lança Gabriel, qui faisait référence à ce qu'il s'était passé chez ses parents.

« Et ce sera toujours le cas, alors j'espère que tu me parleras toujours. »

Eaven sentit de nouveau les larmes venir et se pelotonna dans les bras du blond.

« Merci tonton. »

xXx

Nolan raccrocha quand il était plus que certain que personne ne lui répondrait. C'était bizarre. Peut-être que la maison de son ami était vide ou qu'ils dormaient encore, enfin le brun avait assez de mal à y croire. Mais Nolan n'avait plus vraiment de temps à perdre à se poser des questions, son bus passait bientôt.

Il mit ses chaussures, prit son sac avec ses affaires et se dépêcha de sortir en faisant bien attention à fermer la porte à clé. Il eut son bus de justesse et resta à côté du chauffeur pour être sûr de ne pas rater son arrêt.

Son père et sa sœur étaient partis très tôt ce matin parce qu'ils avaient un long trajet à faire. Son papa était tout de même venu lui dire au revoir et lui souhaiter bonne chance. Il lui avait même donné quelques conseils. Rémi ne s'inquiétait pas plus que ça pour son fils, Nolan était le meilleur et de loin. Il allait gagner, il en était certain.

Nolan non plus n'était pas vraiment inquiet, enfin pas trop. Il s'en fichait de gagner ou de perdre, il n'était pas comme Mélodie à vouloir gagner à tout prix. Montrer qu'elle était la meilleure. Lui voulait juste s'amuser et progresser. C'était sa première compétition et il voulait vraiment revenir avec une bonne nouvelle pour faire plaisir à son père. Mais il savait que ça allait être difficile. Quoi qu'il fasse, il serait vite éclipser par les prouesses et le palmarès de sa sœur ainée. Et dire que celle-ci trouvait toujours le moyen de se plaindre.

Ce qui l'inquiétait là c'était de ne pas avoir de nouvelle de Ciel. De plus il n'avait pas pu le voir de toute la semaine, trop occupé avec l'école et ses entrainements. Ciel devait venir le voir normalement.

Il lui avait promis et une promesse était une promesse.

Quelques minutes plus tard Nolan arriva à destination, la salle était grande et il y avait beaucoup de monde. Beaucoup de parents surtout, c'était une compétition pour les enfants après tout.

Le brun avait du mal à se repérer, heureusement en vint l'aider et il put alors se préparer, la compétition allait bientôt commencer. Dans les vestiaires il se lia rapidement d'amitié avec les autres. L'ambiance était bon enfant, la plupart voulaient juste s'amuser. Nolan en était heureux, pas qu'il fût stressé, mais il était plus détendu à présent. Et puis ça faisait du bien de parler à d'autres enfants qui faisaient aussi du karaté.

Très vite le tournoi commença et le calme qu'il avait réussi à gagner au vestiaire s'envola. Quand il remarque que son ami n'était pas là, ce fut encore pire. Nolan avait beau regarder partout il ne le voyait nulle part, pourtant il lui avait dit qu'il serait là.

« Durand Nolan. »

Nolan sursauta, c'était à son tour. Il regarda une dernière fois autour de lui avant de finalement se faire une raison. Il s'avança sur le tatami le cœur lourd.

Il était tout seul.

xXx

Nolan tritura son assiette n'ayant pas vraiment faim. Son père et Mélodie étaient arrivés à la fin de la compétition ou plutôt lors de la remise des médailles. Nolan avait fini premier comme son père s'y était attendu. Sa famille l'avait félicité, fier de lui, avant de parler de la compétition de Mélodie.

Pourquoi ça n'étonnait même pas Nolan ?

Et comment Mélodie avait effectuer un superbe « Moroto Uke » ou encore comment elle avait fait toute sorte de « Tsuki Waza » à la perfection.

Nolan se taisait parce qu'il n'avait rien à dire. Lui c'était juste une compétition d'enfant, rien de bien sérieux comme aimait lui rappeler sa sœur. Elle c'était du sérieux ! Nolan détestait sa sœur quand elle était comme ça. Mélodie ne vivait que pour le karaté, elle mangeait et buvait karaté. Plus jeune quand Nolan avait commencé le karaté et qu'il c'était avéré plutôt bon, sa sœur lui avait criée dessus pour lui dire qu'elle le détestait, Nolan était un garçon, il avait simplement des facilités.

Quoi qu'elle fasse, son frère parce qu'il était un garçon, serait toujours plus fort qu'elle. Aujourd'hui Mélodie avait beau être meilleure que lui, elle savait que ça ne durerait pas, un jour la technique ne pourrait plus faire la différence.

Un jour Nolan la dépasserait, il était assez fort pour.

Nolan lui ne comprenait pas pourquoi sa sœur en faisait toute une histoire.

Mélodie n'était pas méchante, c'était juste qu'elle manquait de tact. Elle restait tout de même le modèle de Nolan. Elle avait beau être une fille, il n'arrivait pas à la battre. Elle était plus forte, plus grande, plus talentueuse que lui et il n'était pas sûr que ça change un jour.

Rémi lui, trop occupé à échanger avec sa fille, ne vit même pas que son fils n'était pas dans son assiette. Lui-même dans sa jeunesse avait fait du karaté et avait eu l'honneur de devenir champion de France. Sa plus grande fierté. Après ses enfants bien entendu. Il conseillait souvent ses enfants pour pouvoir ainsi leurs permettre d'avancer.

« J'ai sommeil. Je peux aller dormir ?

-Oh vas-y, la journée a dû te fatiguer après tout. »

Nolan n'attendit pas plus et monta dans sa chambre. Il se mit en pyjama avant d'aller se brosser les dents.

Il était maintenant assis sur son lit, sa médaille dans les mains. Il avait gagné. Il soupira, ça avait été une sacrée journée. Une sacrée déception oui.

Nolan jeta sa médaille à la poubelle avant de se mettre au lit.

xXx

+ Morote uke fait partie de l'ensemble des techniques de blocage.

+ Tsuki Waza ou attaque directe des membres supérieurs présentent des trajectoires courtes. Attaque rapide et puissante