1ère Partie

Prologue

La mer est calme sur la Zone 56. Mon regard se perd au loin sur cette étendue bleue, cherchant en elle le réconfort et l'apaisement pour mon esprit qui lui est en feu. Le monde d'hier n'est plu. Qu'avons-nous fait pour en arriver là ? Ou pas fait. Mais surtout que pouvons-nous faire pour y remédier ? Le pouvons-nous encore ? Trop de questions, de doutes qui m'envahissent sans cesse.

Cette incapacité à agir me frustre et m'enrage.

Depuis quinze ans, nous avons perdu. La guerre et les maladies ont travaillé à réduire de deux tiers la population mondiale. Plus de Nations historiques. Plus de démocratie comme elle nous l'était présenté à l'école. Voilà dix ans que nous sommes gouvernés par un État-Universel, ou plutôt totalitaire, conditionnant un semblant de paix, annihilant toutes notions de libertés sous couvert d'une sécurité illusoire. Berner par la peur de perdre notre petit confort égoïste nous les avons laissées s'installer, pensant qu'après un certain temps nous reprendrions nos vies et nos acquis. Erreur ! L'Homme prend goût au pouvoir et à cette impression de toutes puissances sur ses sujets.

Je suis coupable à mon niveau. Aveuglé par la propagande et l'inconscience de mon jeune âge. À l'époque, j'ai participé, par mon engagement, à la mise en place de cet État Universel, à cette escalade de violence et cette entrée en guerre hors de nos frontières et qui s'est gangréné sur nos propres terres. Capitaine dans l'Armée Universelle, j'ai participé à des missions et fait couler le sang de dissidents qui en fin de compte semblaient bien plus avisé que moi.

La culpabilité me rongeant, je ne savais plus comment supporter cette vie que l'on me dictait.

Et pourtant un matin, des scientifiques sont venus se présenter à mon domicile, pour m'exposer un projet qui répondrait à toutes mes interrogations et mes envies d'actions. Avec force d'arguments et de folies, je me suis accrochée à ce nouvel espoir. Qu'avais-je à perdre ?

Seule devant cette mer qui va et qui vient, je me replonge dans ce souvenir.

«- Si vous pouviez revenir à un moment de votre existence, de votre naissance à aujourd'hui, par une sorte de saut dans le temps, où iriez-vous? À quelle époque? Et que feriez-vous?

Vous ne seriez pas un doublon de vous-même, vous intégreriez votre propre corps avec toutes vos connaissances actuelles. Tout en sachant que chaque décisions ou actions risqueraient de modifier votre futur.»

J'avais ri. Pourquoi moi ?

Qui n'a jamais rêvé de revenir à un moment de sa vie ? Pour changer un mauvais choix, revivre cet instant magique, juste pour s'assurer qu'il l'est toujours autant. Profiter un peu plus d'un proche parti trop tôt, et pour bien d'autres raisons encore.

Ma première question fut d'en chercher le but. À cela une simple réponse.

« - Pour la science.»

Bien sûr, je m'étais posé la question sur ce que je ferais si j'avais la possibilité de remonter le temps :

- La signature du XIIIe amendement.

- Rencontrer Nikola Tesla.

- L'assassinat de J.F Kennedy.

Tous ces faits sont antérieurs à ma naissance. Durant mon existence, je ne connais que la fin de la guerre froide, la chute de l'U.R.S.S, la guerre du Golfe, et les attentats continus menant à cette guerre sans fin…

« - Quelles devront être mes actions ?

- Aucune. Première mission d'observation. Nous aviserons ensuite. »

Point de choix dans la destination, celle-ci étant déjà déterminée par le rôle de ma mission. Effectivement une observation historique et une analyse des différents facteurs qui mèneront à aujourd'hui.

Remonter le temps ? Pour moi, le temps est figé comme la définition qui l'illustre dans les dictionnaires.

« Le temps est une durée mesurable. Durée dans laquelle se succèdent les événements, les jours, les nuits… les avants et les après. »

Alors, comment définir ce que je m'apprête à vivre ?

J'ai signé, une nouvelle fois, pour une expérience de vie que je ne contrôlerai pas entièrement, dans l'espoir qu'un jour je sois maîtresse de ma vie.

Ce soir, j'admire une dernière fois le soleil se coucher entre mer et nuages.

Demain sera un autre jour, celui d'un temps passé.