- Pourquoi tu me suis ? Tu ne sais rien de moi. Tu ne te préoccupes même pas de ce qui t'entoure.

Je crois que c'est à cet instant là que j'ai réalisé à quel point j'étais étranger à toutes ces choses qui semblaient normales pour les autres.

L'amour, l'amitié, la tendresse, la tristesse, la colère.

Etaient des sensations que je ne savais pas différencier.

Je n'avais jamais vraiment pensé par moi-même, je m'étais contenté de suivre le mouvement, comme un mouton.

Je me demande maintenant si tous ces sentiments sont des choses qui s'apprennent, comme faire du vélo, nager ou encore marcher et parler, ou s'ils sont innés et je n'ai tout simplement pas eu de chance dans la loterie de la vie.

Une chose est certaine, j'ai l'impression que je viens de naître, la veille de mes dix-huit ans.

Ma mère avait eu le malheur de tomber enceinte à seize ans et à l'époque, mon père et elle avaient été obligés de se marier pour s'occuper de moi, ensemble.

Cela pourrait sembler absurde maintenant mais autant ma famille maternelle que paternelle avaient des principes bien ancrés quant à l'idée d'une famille et aucune discussion n'avait été possible.

Je ne suis pas certain que l'amour soit resté bien longtemps entre eux mais, ils n'ont pas eu les moyens quand j'étais enfant de partir vivre leur vie chacun de leur côté tout en prenant soin de moi.

Et quand ils ont enfin eu l'argent, la routine s'était installée et il était plus pratique de continuer ainsi.

Ils ne se prennent jamais la tête mais je vois bien que ça fait longtemps qu'ils vivent comme des étrangers.

Malgré tout, je n'ai jamais manqué de rien.

Un cadeau pour Noël et mon anniversaire, des vêtements neufs pour chaque rentrée scolaire mais quelque chose à commencé à s'insinuer en moi.

De la jalousie, comme je peux désormais la qualifier.

Je me suis mis à devenir jaloux des autres enfants à l'école, qui étaient accueillis par leurs parents après une longue journée avec une étreinte et un baiser sur le front.

Mais je ne vous ai pas emmenés là pour que vous vous apitoyez sur mon sort.

Non, simplement pour que vous compreniez pourquoi j'ai finalement eu un déclic et que j'en suis venu à disparaître à l'aube de ma majorité.