Jugeant le train trop cher en ce début de vacances d'été, je n'avais pas longtemps réfléchi avant d'opter pour le bus.

Les horaires vers l'inconnu étaient plus réguliers, ce qui était parfait comme je comptais quitter les environs au plus vite.

Je jurais avoir entendu mon porte-monnaie pousser un soupir de soulagement lorsque je fis ce choix, ce qui me fit sourire pour la première fois depuis longtemps.

Autant quant à l'absurdité de la situation que parce que je venais de prendre ma toute première décision.

Toujours se contenter des petites victoires.

Selon la professeure de français que j'avais eu en seconde, la vue de divers paysages est toujours sujet à la réflexion et l'inspiration.

J'aurais pu lui rire au nez tant ces mots n'avaient pas de sens pour moi à l'époque mais désormais, je la remerciais d'avoir pu faire entrer cette phrase dans mon crâne immature.

Je n'en touchais pas encore toute la portée mais je sentais que je pourrais un jour l'apprécier à sa juste valeur.

Je n'ai que très rarement quitté ma petite ville et quand c'était le cas, jamais plus loin que quelques patelins environnants.

Je ne suis jamais allé en voyage scolaire, pas par manque de moyens, mes parents se seraient toujours débrouillés mais je n'avais simplement jamais ressenti le besoin de me mêler aux autres en dehors des cours.

J'étais parfaitement ancré dans ma routine et il ne m'était jamais venu à l'idée d'y changer quoi que ce soit jusqu'à récemment.

Les heures s'égrainèrent sans que je n'eusse le temps de les compter, mon regard trainant à l'horizon par la fenêtre du bus.

J'avais rapidement fourré mes écouteurs dans mes oreilles, les laissant s'emplir de musiques quelconques.

Aimais-je vraiment ces genres de musiques ?

Je n'en étais pas certain mais je tachais de les apprécier une par une à leur manière pour enrichir mon répertoire.

Le gargouillement de mon ventre, qui perça à travers un refrain me fit quitter l'état semi-méditatif dans lequel je m'étais plongé.

J'extirpais un des écouteurs de mon oreille et pris le temps de regarder ce qui se passait autour de moi.

C'est entre le grésillement de la radio et le rire d'une petite fille que je dénichais un paquet de gâteau dans les affaires jetées pelle mêle dans mon sac.

Un coup d'œil à l'heure me fit comprendre qu'il était vraiment temps de manger.

Seize heures.

Cinq heures que nous étions sur la route et je n'avais pas mangé depuis le matin.

- Monsieur ? Monsieur…

Je me réveillais en sursaut, le regard flou et frottais mes yeux en essayant de tout remettre en ordre dans ma tête.

Le chauffeur du bus était là, devant moi, un sourire embêté sur les lèvres.

- Nous sommes au terminus, je vais fermer le bus pour la nuit. Il faut que vous descendiez…

Je lâchais un « merci de m'avoir réveillé » qui sonnait presque intelligible à mon oreille et passais l'une des lanières de mon sac sur mon épaule avant de me lever de mon siège, les jambes encore engourdies de sommeil.

Une fois sur le parking de terre battue et de cailloux, je libérais mon portable de ma poche pour constater qu'il n'était que dix-sept heure trente.

Il me semblait pourtant avoir dormi une éternité.

Une pointe d'angoisse perça alors ma poitrine alors que mes yeux se baladaient sur ce paysage inconnu.

Bon sang mais qu'avais-je fais ?

Comment avais-je pu être aussi idiot pour claquer tout derrière moi sans réfléchir bien longtemps ?

Je pressais mes pouces contre mes tempes avant de faire volteface et de retourner vers le chauffeur du bus qui verrouillait le véhicule.

- Est-ce que…Vous connaissez un peu la ville ?

Il me lança un regard interloqué, rapidement remplacé parce que je décelais être de la compassion.

- En face de l'hôtel où je loge, il y a une auberge où je vais manger le soir et le matin avant de repartir. Il n'y a que des jeunes de passage qui y travaillent, en échange d'un petit pécule et d'une chambre où dormir. Ce n'est pas très grand mais c'est convivial. Ça devrait t'aider le temps de te retourner.

Sans que je n'aie le temps d'acquiescer et de prononcer le moindre remerciement, il me fit signe de lui emboîter le pas, désignant un petit bâtiment peint en bleu clair à tout au plus cinq cents mètres devant nous.

J'eu le temps de détailler la clôture en bois où grimpait du lierre et qui devait délimiter un grand jardin au vu des grands arbres que je pouvais apercevoir.

Ce devait être un lieu agréable les soirs d'été, à la tombée de la nuit.

Le chauffeur du bus me laissa devant les doubles portes vitrées et me lança un « peut-être à ce soir » après avoir traversé la routé.

Pendant quelques minutes, je restais planté là, pesant le pour et le contre avant de finalement actionner la poignée, la gorge tremblante.

Je n'avais pas fait trois pas qu'une dame qui devait être dans la cinquantaine s'avança vers moi, les lèvres peintes d'un sourire avenant.

Elle tendit une main vers moi avant d'enlever en quelques mots les pierres qui plombaient mon estomac.

- Un petit chat à la recherche d'un toit ?