Chapitre 2

Lui

"Lee est malade, on manque de gars. Tu peux reprendre ce soir ?"

Je ne sais même pas pourquoi j'ai allumé mon téléphone. J'aurais dû le savoir. A chaque fois que je rentre de vacance, je me retrouve de garde directement.

Je réponds rapidement que je serai là et descend de l'avion. Je suis mort. Je n'ai pas réussi à fermer l'œil durant le vol du retour. 16 heures... Pourtant, tout ce que je voulais, c'était dormir pour essayer de la voir.

L'aéroport d'Incheon est grand et je mets un petit bout de temps pour sortir de là avec mon sac de randonnée. Min Ho me répond que je suis le meilleur. Tu parles...

- Laissez-moi prendre votre sac monsieur Park.

Je lève le nez de mon téléphone et regarde le chauffeur de ma mère me tendre le bras, le corps incliné vers l'avant. J'en lâche presque mon téléphone. Vraiment ? Je regarde autour de moi et me retient de me mordre la lèvre.

- Comment elle a su ? Je lui passe mon sac mais il préfère esquisser un sourire plutôt que de me répondre. "Ouai... j'imagine, ne dites rien."

- Comment était votre vol Monsieur ?

- Fatiguant... et bruyant.

- Vous étiez en classe éco, Monsieur ?

Une fois dans la voiture, il me regarde via le rétroviseur. Il sait bien que malgré mes envies instinctives de fuir la vie que mes parents espèrent pour moi, je ne peux pas faire l'impasse sur le confort que peut offrir la classe VIP d'un vol long-courrier. Surtout aussi long.

- Madame Park a préparé le dîner pour vous souhaiter un bon retour.

Moi qui rêvais de retourner dans mon appartement et manger un Jajamyeon avant d'aller travailler.

- J'imagine que je n'ai pas trop le choix... Il sourit derrière son volant. "Je suis de garde ce soir, vous pourrez me conduire à la caserne après ?

- Sans problème Monsieur

Je regarde mon père, amusé. On essaie d'être discret. Ma mère parle depuis le début du repas de son amie dont la fille est avocate. En fait, elle me parle surtout de la fille avocate qui serait ravie de me rencontrer.

- Écoute maman, je n'ai pas besoin de la rencontrer aussi rapidement, d'accord ? Je lui prend la main et lui souris. "Je viens de rentrer et je dois aller travailler"

- Pourquoi t'obstiner à être pompier ? C'est si dangereux !

- Maman...

- Un mot et tu prends ton poste dans le groupe ! Ton père a travaillé toute sa vie pour que tu puisses hériter de l'entreprise.

Elle commence à bouder. Je soupire et lance un regard à mon père pour qu'il m'aide. C'est le cheval de bataille de ma mère depuis ma naissance. Sauf que moi, je rêve de camion de pompier depuis mon enfance.

- Il a 27 ans, il a encore le temps. Et je n'ai pas l'intention de mourir dans un futur proche. Mon père se redresse et pose ses baguettes sur la table. "Et quand ce moment viendra, je suis sûr que Hyeon saura quoi faire."

Son regard sur moi et sans équivoque. Oui, il me laisse faire ce qui me plaît, mais ce n'est que pour un temps. Je reprendrai le groupe Park Corporation un jour l'autre, quoi qu'il arrive. Cette société ne m'intéresse pas. Les affaires ne m'intéresse pas. Ce qui me plait, c'est venir en aide à la population. La Corée est mon pays, Séoul est ma ville, mais la caserne de pompier est ma maison.

- Monsieur, la voiture est là

Je me tourne vers la gouvernante de ma mère et la remercie. Je me lève et embrasse ma mère sur la joue. Elle est surprise de ce geste tendre, mais cela apaise sa moue boudeuse et contrariée.

J'articule un remerciement à mon père et quitte la maison familiale au pas de course.

Au garde à vous, je reste immobile le temps que notre capitaine fasse l'appel. Il est 22 heures et je me demande quand je vais pouvoir rencontrer cette femme que j'ai croisé à l'aéroport. Son regard a fondu dans le mien et je l'ai senti. J'ai senti ce lien qui crépite jusque dans les doigts, qui me fait comprendre qu'elle est comme moi. Qu'elle vit littéralement ses rêves.

- Park Hyeon !

- Oui, chef !

Je salue mon Capitaine quand il m'appelle et garde ma position. J'écoute ce qu'il explique mais ne peut m'empêcher de revoir ce regard.

Je sais qu'elle est comme moi, et ce sera la première fois pour moi d'aller visiter le rêve d'une autre personne. Avoir la pleine maîtrise et conscience de nos rêves n'est pas à la portée de tous, à peine de quelques-uns sur Terre.

Et très peu savent que cette capacité s'accompagne de la possibilité de visiter ceux de notre espèce. Si je sais tout ça, c'est parce qu'un vieil homme m'a tout appris. Je l'avais sauvé d'un incendie il y a quelques années, et nous regarder dans les yeux lui avait permis d'entrer dans un de mes rêves.

- Hyeon, va faire des exercices d'échauffements.

- Oui, chef !

Une fois en position repos, je m'entraîne sur les différents poste d'échauffement.

Ses yeux étaient marrons, je m'en souviens comme si elle était devant moi maintenant. Ses cheveux sont bruns, courts et ondulés, elle semblait même avoir des reflets aux pointes. J'ai failli ne pas la regarder, je marchais en regardant mon passeport et elle m'a bousculé. Nos épaules se sont choquées et elle m'a tenu le bras dans son élan pour s'excuser.

"Oh ! Pardonnez-moi, je suis vraiment désolé !"

C'est là que je l'ai regardé. C'est là, que nos regards se sont croisés. Je n'ai pas eu besoin d'un traducteur pour comprendre ce qu'elle me disait. Cette femme parle avec ses yeux.

Je suis fasciné et excité à l'idée de visiter ses rêves, partager ceux de Monsieur Kim avait été fantastique. C'était une expérience hors du commun, une poussée d'adrénaline.

- Hey, tu rêves vieux ?

Je cligne des yeux et observe mon meilleur ami qui est posté devant moi, les bras croisés contre son torse. Il a ce regard supérieur qui veut me faire croire qu'il est plus fort que moi.

Je préfère ne pas répondre et reprend mon exercice de traction.

- Alors, cette randonnée ?

- Super, j'ai fait plein de circuit

- Et les filles ?

- Quelles filles ?

Je saute sur mes pieds une fois mes cents tractions finies. Je frotte ma nuque avec ma serviette, puis mon torse déjà en sueur. Min Ho me fixe avec cette lueur dégueulasse de coureur de jupon. Même s'il n'a jamais vraiment rien couru...

- Oh arrête Hyeon, tu déconnes ? Il me pointe du doigt. "Déjà c'est scandaleux ce que tu es sexy, alors essayes de t'en servir, OK ?! Sinon, prêtes en un peu aux autres !"

J'éclate de rire. Min Ho n'a rien a m'envier mais ma timidité l'agace, j'en ai bien conscience.

L'alarme de la caserne résonne et j'enfile en urgence mon haut avant de courir vers les vestiaires avec mon meilleur ami. Première intervention d'urgence dès mon retour. C'est comme si je n'étais jamais parti. Être rapide, précis et sans marge d'erreur. C'est ce que j'aime, ne pas réfléchir, suivre les ordres et aider le maximum de personne. Mes muscles tremblent, près à réagit à chaque instant.

- Qu'est-ce qu'on a ? Je termine de mettre chemise correctement pendant que le camion traverse les rues de Séoul.

- Un carambolage, il y aurait trois véhicules légers et un bus.

Mon Capitaine nous donne les ordres et je croise le regard de Min Ho, nous sommes concentrés et ne devons rien laisser passer de nos émotions. Il y a aura beaucoup de victimes et le sur accident est toujours à craindre. C'est le genre de grosse nuit que je n'aurai pas pensé commencer en rentrant de mes vacances.


Comme vous pouvez le constater, deux points de vues.

Elle et Lui.

Qu'en pensez-vous ?